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 Parlons un peu d'une grande plume de la chanson française, la formidable chanteuse Clarika, à l'occasion de la sortie de son huitième album "À la lisière". 

Après son album Joker paru en 2005 qui lui a permis de se faire connaître  un peu mieux du grand public, Clarika  avait surtout fait parler d’elle avec son album "Moi en mieux " en 2009, à l’écriture moderne et élégante., avec son tube  "Garçons dans les vestiaires,. 

Avec quelques autres artistes comme La grande Sophie, Clarika  a su imposer une nouvelle forme d'écriture féminine et poétique, avant  que viennent prendre le relais les  Jeanne Cherhal ,Juliette Armanet,  Clara Luciani, Angèle, et d'autres, elle a un peu servi de grande soeur dans ce monde jadis très macho de la chanson française, a montré la voie en quelque sorte à pas mal de comparses actuelles.

 Elle était revenue en force début 2016 avec son septième album "De quoi faire battre mon cœur",  marqué par une rupture amoureuse,  rupture qui donnait alors le ton de tout cet album triste mais sans aucun pathos.

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 Clarika nous parlait d'absence de solitude et surtout de cette thématique à la fois éculée et sans cesse renouvellée de l'amour qui s'en va .  Pour son huitième album conçu en tandem avec le compositeur Florent Marchet, À la lisière,  l’autrice et interprète française  parle de l'après séparation, et qui pense avec nostalgie  ses fameux  vertiges de l’amour (chers à Bashung et à Jean Faulque) ainsi que  les grandes bascules de l’existence  , comment elle a consommé la séparation et comment on s'en nourrit ( le très beau Désamour) . 

On retrouve Clarika fidèle à elle même  dans ce  portrait éclaté d’une femme  meurtrie, aux prises avec les affres de son époque.

L'album commence sur son titre éponyme, ce sublime instrumental de près de deux minutes  qui laisse ensuite Clarika nous sussurer que "Tout est devant, tout est derrière, Quand on est juste à la lisière ! La mer est calme, le temps est clair, L’horizon haut, deux bras offerts !"

Un beau bilan d'une vie à mi parcours , qui ne se laisse pas apesantir sur le passé, et qui ose aussi regarder  droit devant soi

 Plaquant comme les plus grands savent le faire des textes tristes et mélancoliques sur des mélo­dies souvent pop et sautillantes, l'album oscille entre  mélancolie et amertume, avec sa poésie habituelle, affichant cette  sensibilité féminine à fleur de peau pour chanter les failles et les fêlures d’une relation passée.

On est toujours autant touché par cette immense profondeur de ses mots,  et par cette façon de raconter sous un angle souvent inédit des sujets que l'on croirait raconté des milliers de fois avant.  

  Plus que jamais, Clarika s'amuse à prendre à rebours  les clichés ( notamment dans "Venise ", bien beau duo avec Pierre Lapointe)  et aborde des sujets délicats d'actualité, comme la situation des migrants dans le bouleversant " L'azur"  qui clôture le disque.  

On notera la qualité d'ensemble des très beaux arrangements pour un ensemble qui se positionne parfaitement à la lisière d'une  pop sautillante et légère et d'une chanson à texte exigeante et  élégante. 

Dans le très réussi premier single  "Même pas peur," Clarika raconte  à quel point elle n'a pas peur d'affronter ses tourments mais le dit avec cette dérision et cette  distance  qui caractérise ses textes, cette façon de dire parfois le contraire de ce qu'on pense vraiment. 

Clarika , qui réussit en tournée à capter un public très fidèle, montre qu'elle est  pas du tout endormie sur quelques lauriers , et qu'elle reste toujours et plus que jamais une grande auteure .

 Clarika – A la lisière  mars  2019 –  11 titres – 38’57/Label : Athome