Et vous, vous faisiez quoi le 20 novembre 2016?

 

Quatre lignes au sol pour les quatre murs d’une chambre d’étudiant. Une caméra pour une voix, un visage. Quatre angles d’un écran tv pour des milliers, des millions de spectateurs. 1h avant la fin d’un calvaire qui aura duré 18ans. « C’est l’heure, c’est mon heure ».

Sebastian n’est pas né dans le bon monde. Ou bien c’est le monde qui n’est pas bon. Il est vrai que la liste est longue de ceux auxquels il se retient de cracher à la figure, et bien pire encore : nazis, catholiques, turcs, fonctionnaires… tout le monde y passe. Mais c’est l’école, comme lieu est comme institution, qui cristallise son dégout.

Et c’est peut-être là son analyse la plus percutante : moqué, rejeté, stigmatisé par les élèves comme par les profs,  il est le produit de la machine à broyer les plus faibles de ce système sensé donner à chacun sa chance.

Loin de l’idyllique chemin de l’école, il met au jour l’angoisse, la honte, la frustration qui le pavent pour beaucoup d’enfants qui se taisent.

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Trop longtemps justement, que lui aussi se tait et ravale son fiel. Mais aujourd’hui, 20 novembre 2006, après deux ans de préparatifs, les choses vont changer. Pourtant solitaire, Sebastian ne veut plus jouer tout seul. Cette fois il veut que d’autres participent, et que d’autres, encore plus nombreux, regardent.

Quelques minutes plus tard : une fusillade au milieu du lycée en guise de suicide, et une vidéo diffusée sur la toile en guise de journal intime.

Si le texte de Lars Norén retrace l’histoire réelle de Sebastian Bosse en Allemagne en 2006, et fait écho à plusieurs semblables à travers le monde et l’histoire contemporaine, il pose surtout la question du traitement de l’actualité, du dit « fait divers », au théâtre. Le dramaturge, à l’invitation d’une commande, écrit dans les mois qui suivent l’évènement.

Il ressort de cette fraicheur quelque chose de cru. Non pas tant dans la violence du texte, mais dans l’absence de maturation artistique. Comme servi cru depuis sa source documentaire.

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Dans la mise en scène qu’en propose Elodie Chanut, cet aspect brut vient servir une scénographie à l’économie pertinente. L’acteur, Nathan Gabily y trouve juste de quoi évoluer comme un animal pris au piège de ses propres pensées et aspiré par le geste qu’il s’apprête à commettre. Surtout, ce dénuement permet, à l’acteur comme au spectateur, une concentration extrême sur le texte, ainsi que sur le jeu de dédoublement entre le corps présent devant nous et son image filmée, travaillée pour rester dans les mémoires, dans l’histoire.

Enfin, dans ce flot de paroles qui étouffe parfois par sa logorrhée haineuse, Nathan Gabily nous offre les respirations de ses compositions musicales qu’il joue en direct à la guitare électrique. Une astuce de mise en scène, bien sûr, mais aussi une façon de redonner sa sensibilité, son humanité à un adolescent pris dans une spirale qui le dépasse.

 

Le 20 novembre

Spectacle vu le 13 mai 2019 à MC2 Grenoble

Texte de De Lars Norén
Traduction Kathrin Ahlgren
Mise en scène Élodie Chanut

Avec Nathan Gabily (interprétation et création musicale)