Synopsis : Hinako est une jeune fille qui revient sur les terres de son enfance pour ses études, mais surtout pour surfer. Un soir, son nouvel appartement prend feu suite à la maladresse de jeunes qui lançaient des feux d’artifice. Le pompier qui vient la sauver est Minato. Ils vont sympathiser et commencer à sortir ensemble jusqu’à ce qu’un évènement les sépare brutalement...

 

  
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Une bien étrange petite histoire

 Le film pourrait être inspiré d’un fait divers. La fiction existe dans l’aspect parfaitement circulaire de la narration, circularité qui est répétée à son tour au sein même de la narration, avec la répétition du mantra « ride your wave » tout au long du film, mais aussi l’idée d’un retour chez soi, du souvenir et d’éléments visuels qui se passent d’un personnage à l’autre.

L’environnement et les activités des personnages sont très réduits. Ils alternent entre la plage, la caserne, le vieux café et le nouveau café, tant est si bien que le spectateur n’est jamais perdu, mais il n’a également aucune surprise.

 Que dire sur le personnage d’Hinako. C’est une belle jeune fille un peu maladroite, dont le monde est simple. Elle aime surfer et elle fait tout son possible pour le faire. Elle n’est pas bête ou niaise, elle est seulement simple, un peu maladroite mais heureuse comme tel. Le problème est qu’elle est censée être la protagoniste du film, car il est raconté de son point de vue et se concentre sur son personnage. Son monde s’effondre quand elle rencontre Minato. Son monde s’effondre même plus à leur rencontre que lorsque le destin les sépare.

 

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La première chose dérangeante est que dans cette relation, incompréhensible, Hinako est complètement passive. Cette relation existe parce que Minato l’a voulu. Il est toujours montré comme celui qui fait, qui entreprend, qui explique. Les deux personnages, à leur rencontre, sont parfaitement antithétique et leur visions de la vie s’opposent presque et le problème est que celle d’Hinako, qui a sa valeur, est complètement gommé au profit de  celle, plus conventionnelle, de Minato. Un monde où la valeur première est le travail, où règne l’organisation et le perfectionnement et où chacun est destiné à quelque chose.

Le personnage de Minato n’a en soi rien de problématique, c’est comment la relation parfaitement improbable entre ces deux êtres, et les rapports qu’ils entretiennent dans cette relation qui est vraiment gênant. Le pire peut-être est que le spectateur n’a pas la moindre idée de ce qu’il aime chez elle, sachant que le seul et unique compliment qu’il lui fait, le seul et unique moment où elle le surpasse, c’est sur l’eau.

Ainsi, le vrai problème du film est qu’Hinako, qui était une jeune fille complète et épanouie, une fois que Minato entre dans sa vie, apparait alors comme si elle avait un manque que lui seul, parce qu’il est « supérieur », pourrait venir combler. Cette idée est très dérangeante dans un film qui s’adresse à un public plutôt jeune et en construction.

 

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Le problème est que ce schéma ne se limite pas seulement au couple Hinako/Minato, mais semble être caractéristique de toutes les relations qu’entretien le jeune homme. Il reproduit donc le même schéma avec son ami Wasabi ou avec sa soeur Yôko, ce qui les rend misérable le premier, et en colère la deuxième.

L’idée encore une fois n’est pas du tout de dire que Minato est un mauvais personnage, car il ne fait rien de particulier, à part se placer un peu naturellement au dessus car il est assez sûr de lui et avoir tendance à expliquer une peu beaucoup aux gens plutôt que les laisser vivre. L’idée est de dire que c’est la présentation du personnage et sa mise en scène comme modèle qui est dérangeante.

 Une fois ce gros écueil passé, si c’est possible pour un film entièrement basé sur ses personnages, on peut alors apprécié pleinement l’amour profond qu’à Masaaki Yuasa pour l’eau. Il l’aime l’animer, la voir se mouvoir. Il cultive son aspect magique et son aspect salvateur. L’eau ici est ce qui unie et ce qui sépare, c’est un élément destructeur, mais jamais présenté comme menaçant.

 Beaucoup risque de ne pas reconnaitre le film qu’ils ont vu dans cette critique, car il s’agit d’un film très plaisant à regarder, une jolie histoire d’amour avec du café et des omelette au riz et un film sur la difficulté de la séparation. Un film sur des jeunes qui arrivent dans la vie active et qui cherchent leur voies. Là est peut-être l’histoire de que Masaaki Yuasa a voulu raconter.

Mais sous la bonne volonté de Minato, cette idée qui donne son titre au film que chacun à son propre don, que chacun peu faire quelque chose de sa vie, se ressaisir et s’accomplir, il y a une réelle pression, et c’est ce que traduit le personnage de Yôko. Il y a une pression des pairs. Une pression sur une jeune génération japonaise et même mondiale qui ne sait pas forcément quoi faire et qui se trouve opprimé devant la liberté et la nécessité de trouver ce pourquoi ils sont fait. Ceux à quoi il seront utile et ce dans quoi ils devront s’accomplir pour qu’on les laisse être des être humains indépendants.

Alors, plus que la voie de Minako, c’est peut-être celle des débuts de Hinako, quand le monde était encore simple, ou bien celle que Yôko vient rappeler à Wasabi, « tracer son propre chemin et cesser de se comparer aux autres », qui serait plutôt la voix à suivre, bien plus que celle du « ride your wave ».

 

 

 

  RIDE YOUR WAVE

De Masaaki Yuasa

Avec Rina Kawaei, Ryôta Katayose, Honoka Matsumoto, Kentarô Itô,...

Date de sortie Prochainement

Durée : 1h 35 - 95min

Note 2.5/5