Au nom du père           Eric Maravélias

 

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« Boris aurait bien aimé être comme son copain, insouciant et je-m’en-foutiste. Mais ce n’était pas sa nature. Enfant, il était déjà ainsi. Un examen, une simple dictée, un rendez-vous avec une fille…et il s’en faisait tout un monde. Il ne pouvait pas s’empêcher d’envisager le pire chaque fois. Et il faut bien dire qu’il se trompait rarement. »

Paris 2023, la ville s’enferme dans un état d’urgence provisoire alors qu’au-delà du périphérique le Grand Paris s’étend tentaculaire et gris. Le Grand Paris n’a pas tenu ses promesses, ou plutôt si. Plus grand, plus peuplé, plus dense, plus dangereux, dans cette grande cité crépusculaire et sans âme, des guerres de territoires et d’influence ont lieu. Trafics de drogue et prostitution, les deux mamelles du grand banditisme rendent, comme toujours, florissante toute une économie souterraine et parallèle.

 Paris 2023, serions-nous en pleine dystopie ? Heureusement comme au bon vieux temps des marlous, des coupe-jarrets et autres pendards, les guerres intestines, les trahisons familiales et les haines communautaires se chargent de faciliter le travail de la Police, cette dernière étant évidemment, invisible, impuissante et débordée. Et puis comme toujours un chef de famille, mâle alpha, prêt à tomber sous le charme d’une femme…fatale bien entendu. Grand Paris 2023 quoi de neuf de l’autre côté du périphe ? Un très grand chaos.

"Derrière le blindage des vitres teintées, la capitale affichait de façon obscène son architecture arrogante. Les toits hérissés d'antennes des tours de la Grande Ceinture crevaient les nuages. Leurs feux rouges clignotaient sans répit, elles ceignaient l'agressive mégalopole d'une véritable muraille. L'Autostrade, comme des douves, courait au pied de cette frontière opaque de béton et de verre plantée entre GranParis et l'IPZ".

Savante construction en miroir et flash-back, destins tragiques, « Au nom du père », tout est dans le titre, est une série noire futuriste qui réussit à faire du très neuf avec du très vieux. Eric Maravélias écrit direct et percutant. Chapitres courts et sans temps mort, le lecteur passe d’un personnage, d’une situation à l’autre sans jamais perdre le fil d’une intrigue savamment ficelée pour arriver à un funeste climax  impressionnant. Une bonne vieille tragédie grecque sous acide. Quand Philip K Dick rencontre Tarantino.

"Au nom du père", d'Eric Maravélias (Série noire, Gallimard, 390 pages); février 2019