nuit ne dure

 "Ma mère malmène sa bague en toc. Décidément, sa coquetterie la pousse à entrer dans les échoppes ou les aveugles n'iraient pas."

 Jules Gassot  avait publié aux éditions Rivages., "Un chien en ville",   singulier OLNI, une sorte de déambulation littéraire dans  les rues à travers les yeux de 12  chiens différents.

Avec "La nuit ne dure pas", Jules Gassot revient à une narration plus classique, mais toujours avec un ton singulier et plein de dérision.

Un ton qui fait pas mal penser à du Nicolas Rey ou du Fabrice Caro,  deux auteurs qu'on aime beaucoup à Bazart, avec ce  même  mélange de dérision qui frole le cynisme  dont les saillies lucides et noires en même temps font penser à du Oscar Wilde,  mais qui est rattrapé par une vraie tendresse pour ces loosers magnifiques. 

Les punchlines ou aphorismes « Si la mémoire prend des photos, la mienne rate quelques tirages. ") font certes parfois un peu artificielles, mais la plupart du temps on reconnait que le jeune auteur possède vraiment le sens de la formule .

Dans  "la nuit ne dure pas" ,  Gassot   nous fait rencontrer Paul Broca, une sorte de  dandy moderne; tout juste divorcé  qui accepte de passer les fêtes de fin d’année à Genève, chez sa mère tyrannique puis à Méribel, dans "la famille idéale" que forment sa sœur Raphaëlle, son mari et leurs trois enfants. Broca, qui redoute plus que tout de passer toute sa vie à coté ( mais à coté de qoi exactement) a tendance à plus réfléchir qu'agir...


"J'ai passé trois mois à ensevelir notre amour mort sous des litres de vin, je l'avais conquise et cette victoire m'avait mené droit aux enfers sans assurance d'en réchapper."

Sous des tonalités a priori légères et rigolardes, Charles Gassot nous parle de la peur de vieillir,  de la grande difficulté d'aimer son prochain, ou bien encore de  la crainte de la solitude et son anti héros  adulescent et véritablement "attachiant" reste profondément. sympathique ..

Une plume à surveiller, en espérant ,peut-etre , qu'il aille désormais sur des contrées plus amples et moins égocentrées..

La nuit ne dure pas, Jules GASSOT, éditions Rivage, 2019, 185 pages, 17.80€