Dans un contexte où la vie privée existe peu ou pas, et où le politique s’infiltre dans la vie de chaque individu, raconter l’histoire de Yaojun et Liyun revient à raconter un morceau d’histoire de la Chine contemporaine.

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Evoquée à l’aune de ce couple, la Révolution culturelle ou la politique de l’enfant unique, la désindustrialisation et l’urbanisation ne semblent plus si lointaines, et témoignent au contraire de la fulgurance des changements traversés ces dernières décennies par la grande puissance, et par sa population.

On découvre alors une société faite de contrastes et de tiraillements, entre l’appel de l’occident « moderne » et l’attachement aux valeurs communistes, un monde rural à la fois paisible et conservateur et une urbanisation à la fois libératrice et frustratrice.

En quarante ans, on voit la Chine passer du culte du leader et du commun, à celui de la réussite personnelle et matérielle.

Ce sont ces répercutions, de la grande histoire sur l’histoire individuelle, des grandes décisions sur les petits quotidiens, que dépeint à merveille le réalisateur Wang Xiaoshuai.

Fin observateur de ses concitoyens, il interroge particulièrement cette fascinante résilience qui semble moduler le peuple chinois au gré des mesures politiques, comme des aléas de la vie.

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Dans So long, my son, c’est plus particulièrement à la politique de contrôle des naissances que s’intéresse le réalisateur. Instaurée par le régime chinois de 1979 à 2015 avec son lot de pénalisation (amendes, licenciements…), de stérilisations et avortements forcés, elle impacte durablement la société chinoise, et marque le destin des trois couples d’amis mis en scène ici.

Par une parfaite maitrise du montage en flash-back, on reconstitue les brides de vie de ce couple, Yaojun et Liyun, pour qui la parentalité sonne presque comme une malédiction.

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Perdu, avorté ou décédé, illégitime ou adopté, la question de l’enfant unique est démultipliée, loin de l’image d’Epinal véhiculée par le régime. On voit s’abattre en actes les conséquences inattendues (probablement par ses instigateurs eux-mêmes) de décisions arbitraires sur ceux qui les subissent.

Si le couple résiste tant bien que mal, leur situation sociale n’en sortira pas indemne : du déclassement professionnel à l’isolement géographique en passant par la rupture amicale, c’est tous les échelons qui sont un à un déchus.

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Des abords d’un barrage au Sud à ceux de la mer d’une ville industrielle du Nord, à l’image, le cinéaste  Wang Xiaoshuai traite le paysage comme ses personnages : immuable, tourmenté, simple et beau.

Il y projette ainsi  toute la profondeur du temps, un temps  long qu’il s’offre pour ce sublime  film : trois heures de projection, soit plus de quarante années d'une vie pour explorer les causes, les effets, et magnifier malgré tout l’espoir, comme force d’insoumission.

 

 

So Long, My Son

de Wang Xiaoshuai, avec Wang Jing-chun, Yong Mei, Qi Xi.

Durée: 3h05. Sortie le 3 juillet 2019

Ours d'argent Meilleur acteur et Meilleure actrice Berlinale 2019

Note 4.5/5