711_Ibrahim_Maalouf_web_paul_bourdrel-8Il avait à peine commencé à fouler les planches de la scène du Théâtre Antique ,jeudi soir dernier, qu'Ibrahim Maalouf, particulièrement en verve et en forme, nous a confié se souvenir avec une certaine émotion avoir joué pour la première fois aux Nuits de Fourvière il y a tout juste 15 ans pour y accompagner Vincent Delerm et Jeanne Cherhal.

On peut dire qu'il en a fait du chemin, Ibrahim, en 15 ans, tant il est devenu un des musiciens les plus célébrés et demandés de du jazz  contemporain dépassant même allégrement les barrières du jazz  et surtout plus que tout autre artiste sans doute, Ibrahim Maalouf n' a qu'une constante : celle de se renouveler sans cesse.

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Ibrahim Malaouf s'est aussi fait largement remarquer pour l'étendue d'une palette sonore naviguant entre jazz, influences classiques ou orientales et touches electro (et un prochain album prévu pour la rentrée le fera voyager du coté des rythmes afro cubains) .

 Son travail de métissage des genres reconnu  partout, il était assez logique qu'il vienne  travailler avec l’Haïdouti Orkestra et son charismatique chanteur turc Zéki Ayad Çölaş!

Ensemble, ils ont  enregistré la bande originale d'un film l'excellente comédie populaire  de Mohamed Hamidi " La Vache » .

 Ils ont tant apprécié cette collaboration  que cette année, pour 15 dates de la tournée d'été, ils ont décidé d'allier leur force et de présenter un spectacle qui n'avait qu'un objectif, et le plus respectable qui soit, celui de faire danser l'ensemble des spectateurs de Fourvière!

 Ibrahim  n'a  en effet pas ménagé ses efforts pour que les spectateurs aient envie de se dandiner.  

Il nous a prévenu, avant même d'attaquer son tout premier morceau: il fallait que tout le monde dans le public se mette à danser,  refusant de commencer à jouer tant que les spectateurs des gradins n'étaient pas tous debout.

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Pour les moments où cela ne marchait pas autant que l'artiste l'aurait souhaitait, lors de ces petits moments où le public semblait être gentiment revenus sur leurs sièges, Ibrahim Maalouf a mis en place une méthode assez particulière: celle de nous faire compter jusqu'à 16, pemettant d'emmagaziner une énergie prête à exploser au décompte final.

Bref, le maitre mot de la soirée était musique dansante et aussi melting pot musical tant il y avait des nationalités représentées sur scène jeudi soir : il faut dire que Haïdouti Orkestar est un collectif particulièrement cosmopolite, composé de musiciens venant un peu partout d’Europe (Europe de l’Est, Afrique du Nord, Europe du Nord, Andalousie, Moyen-Orient).

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 Ibrahim , lui même,  ne semblait plus s'y retrouver dans les nationalités avec des trucs qui chantent en serbe et les serbes qui chantent en turcs, ce qui est finalement assez logique lorsqu'il s'agit de peuples avant tout nomades..

« A l’origine de tout, il y a des peuples qui se déplacent. Ce sont ces nomades qui ont bâti les cultures sédentaires auxquelles l’immense majorité d’entre nous se sentent appartenir. Depuis que nos existences se définissent selon notre lieu de naissance et nos lieux de vie il est très difficile d’envisager que d’autres puissent vivre autrement. Et pourtant, ces cultures nomades inspirent chaque jour le cinéma, la littérature, la musique, la peinture, la danse, le cirque ..." Ibrahim Maalouf 

ibrahim-maalouf-invite-haidouti-orkestar-photohaiedoutiorkestar3-creuditsmargotmorel-22-moQu'mporte en fait les nationalités, ce qui comptait avant tout, c'est la volonté ardente de fusion  aux résonances jazzy, tziganes et klezmers qu'Ibrahim Maalouf (qui savait s'effacer discrètement derrière sa trompette dès qu'il le fallait) et le fabuleux Haïdouti Orkestar ont partagé à un  public des Nuits de Fourvière

Un public qui semblait forcément ravi de découvrir compositions nouvelles et redécouvertes de quelques pépites de la chanson kurde, rom et libanaise.

Mais au-delà de cette dimension festive, le concert portait en lui quelques morceaux déchirants, inhérents aux contrées des Balkans et  l'Afrique du Nord , ce besoin de chanter le déracinement et la quête (impossible?) d'une liberté , et le fils de pied noir que je suis ne peut qu'être touché par cette connotation là..

Et parce qu'Ibrahim Maalouf est aussi un artiste engagé, il avait également invité  pour l'occasion des enfants de l'association Intermède Robinsons, une association qui lutte contre les préjugés à l'égard des ethnies et des minorités, et c'était  assez génial de voir ces petits bouts d'hommes et de femmes danser et chanter, notamment sur le déchirant Ingelezi, le morceau bien connu de la "BO "du Temps des Gitans de Kusturica...

On a donc été plongés  en excursion musicale au cours d'une soirée résolument  bourrée d’énergie positive!! 

Crédit photo du concert: Paul Bourdel