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"Une évidence m' apparaît et à ce moment là je me trouve presque idiot de ne l'avoir pas pensé plus tôt. Qu'il soit figurant en supermarché n'implique pas forcément qu'il soit dans celui-ci il tourne probablement sur toutes les grandes surfaces du coin. Revigoré, je me lance à l'assaut de ces forteresse de la consommation des messieurs dans cette immense meule de foin l'aiguille qui depuis quelques jours fait des petits trous dans mon cerveau."

  Fabrice Caro, dit Fabcaro, connu au delà du cercle des initiés depuis le triomphe, il y a quelques années de sa BD,  "Zaï Zaï Zaï Zaï"  avec plus de, 250.000 exemplaires vendus et une adaptation théatrale triomphale qu'on retrouvera bientôt sur Lyon avait, avant son exquis et génial Le Discours, sorti un premier roman en 2006, soit douze ans plus tôt, Figurec,  que Folio a récemment réedité vu le succès actuel de l'auteur.

Il est amusant de remarquer à quel point ce formidable récit, inventif et drôle, qui voit le personnage principal, un anti héros cher  à Fabcaro  passer son temps à assister à des enterrements  juste pour tromper l'ennui avant de faire connaissance avec une société secrête intégrée dans les pans de la société ( mais chut n'en disons pas plus, on risquerait de spoiler les belles surprises du récit)  contenait  déjà tous les  prémisses et  les grandes problématiques  que l'on retrouvera  ensuite  dans  l'ensemble de son oeuvre.

On pense notamment à la solitude, le sentiment  d'être à l'écart  de la société, un sentiment de paranoïa, et évidemment un humour corrosif  totalement salvateur et qui permet de faire largement passer la vision un poil nihiliste et désenchantée ( mais en même temps assez juste, reconnaissons le) du monde de Fabcaro.

Même si il n'est pas  forcément au niveau du Discours ni de Zai Zai Zai,  "Figurec"  reste une lecture particulièrement jubilatoire  et qui,  par rapport à ses oeuvres graphiques, s'autorise plus d'aller vers une dimension sentimentale et fleur bleue, une constatation que j'avais déjà faite avec "le Discours"  et que l'auteur lui -même a reconnu dans une récente interview dans Elle, et qui donne une vision du monde un peu plus  élargie et plus nuancée que dans ses BD.

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. Des BD qui manquent peut- être de nuances, mais qui reste quand même, reconnaissons le également largement d'une efficacité drolatique exceptionnelle. 
Dans Open Bar, dernière création graphique à ce jour, qui vient de sortir chez Delcourt ( après avoir été publié en avant première dans les Inrocks), le jeu de massacre de Fabcaro qui n'épargne rien ni personne ( administrations, institutions, antiracistes, xénophobie, les radicalisés, les adeptes du végan et autres travers de notre monde contemporains) certaines planches sont  tellement hilarantes qu'on a du mal à calmer le fou rire qui nous assaille. 

 " Nous apprenons à l'instant qu'un forcené serait retranché dans une classe de 5e. Selon nos dernières informations, il serait actuellement en train de leur faire faire des divisions à virgules..."

On ne change pas une équipe qui gagne,  Fabcaro  le sait bien et pour le coup reste fidèle à la formule qui a tant fonctionné dans   "Zaï Zaï Zaï Zaï", à savoir : un humour totalement absurde mais qui puise sans source dans notre quotidien et surtout un humour qui provient du décalage très efficace entre des cases particulièrement statiques   et des personnages sans aucune  expression,  et un texte cinglant et corrosif à 200%!
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Si on rit plus dans Open Bar que dans Figurec ( mais pas que dans le Discours qui pour le coup était vraiment tordant), pas la peine dans ses bandes dessinées de chercher  l'émotion présente dans les oeuvres  littéraires de Fabcaro , ici c'est tout pour l'humour, mais on aurait tort de s'en priver, car cela fonctionne admirablement bien!
Bref, la lecture de Fabcaro sous le support que vous voulez, illustré ou non, est forcément recommander en ces périodes estivales !! 
Open Bar, 1ère tournéeFabcaro (Pataques/Delcourt - 56 pages - 13,50 €)