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"Midge se débat pour basculer sur le ventre.Taz aussi. La journée l'attend. Il a encore des lessives à faire. Les draps.Les couvertures.Tout ce qu'ils possedent. Il va devoir prévenir Marko."

 Quel grand plaisir de retrouver au programme de cette rentrée littéraire des auteurs étrangers qu'on aime particulièrement depuis plusieurs années, et en premier  du rang figure certainement, le si délicat et si brillant Pete Fromm,  qui nous avait fait chavirer il y a moins de deux ans avec "mon désir le plus ardent", sans doute une des plus belles histoires d'amour littéraires de ces dix dernières années.

Dans  "Une vie en chantier" lu  en avant première cet été, et que l'excellente maison d'édition Gallmeister publie début septembre, il est toujours question d'une histoire d'amour fou contrariée non pas par la maladie ce coup ci mais par le décès brutal d'un des deux membres.

Marnie et Taz jeune couple vivant en Indiana, même une vie chiche mais heureuse dans l'attente d'un heureux événement, mais la jeune femme décéde en couches et Taz complètement désemparé va devoir apprendre à vivre sa nouvelle  paternité veuf et totalement dévasté.

 "Il referme la porte derrière lui et hésite à pousser le loquet qui n'a jamais été utilisé quand ils s'étaient attaqués aux portes, Marnie avait démonté, décapé, huilé et testé tous les loquets de la maison. Elle voulait que tout soit parfait. Même des loquets qui ne serviraient jamais. Il laisse ouvert et attend que Lauren lui ramène Midge avant de disparaitre dans l'obscurité. "

 Le titre français, "Une vie en chantier" , pour une fois mieux choisi que l'original, sied parfaitement à la vie de ce Taz, qui travaille dans le batiment et dont la vie totalement détruite va tenter de se reconstruire petit à petit, grâce au lien filial qu'il va entretenir avec ce bébé et ses proches qui vont tout faire pour lui faire sortir la tête de l'eau et reconstruire les fondations d'une vie pour éviter que l'eau n'arrive de toute part.

Des proches et des nouvelles rencontres qui serviront de béquilles indispensables à la survie de Taz, et qui donneront lieu à des scènes assez bouleversantes tant elles touchent au coeur et semblent d'une justesse confondantes 

Comme à son habitude, Fromm, écrivain qu'on a tendance à mettre dans la case des auteurs du natural writing comme David Vann ou Ron Rash prouve surtout quel immense romancier il est pour décrire le quotidien, et montrer que dans l'anecdotique peut souvent surgir les plus beaux écrins  et comment la résilience peut se nicher dans les détails les plus anodins de la vie.

Les épreuves de la vie  et la banalité du quotidien sont ici décrites avec une justesse qui force l'admiration et qui surtout confine terriblement à l'universel grâce à l'immense talent de portraitriste de Pete Fromm, à son meilleur.

 Assurément, un des grands romans de cette rentrée littéraire à venir à découvrir en librairie le 5 septembre.