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Le cinéma aime les films de revenants ( sans parler des films de morts vivants, notamment avec les récents films de Jarmush et de Bonello); ceux ci donnant souvent lieu à des films d'une grande poésie et d'une vraie mélancolie.

Si, dans le genre,  nous sommes totalement restés hermétiques à la poésie froide du" A Ghost Story " de David Lowery , nous restons évidemment, plus de trente ans après,  avec en tête le souvenir merveilleux des anges compatissants à nos chagrins au dessus de Berlin du sublime  "Les ailes du Désir"  de Wim Wenders .

A notre grande joie,  Vif-Argent, premier long métrage de Stéphane Batut (en salles le 28 août) , lorgne plus du côté de Wenders que de Lovery.

Avec son jeune fantôme  qui  erre dans  un Paris  vidé de ses habitants à la recherche de personnes qui vont très prochainement mourir afin de recueillir leur dernier souvenir avant de les faire passer dans l’autre monde, la filiation avec le prix de la Mise en scène à Berlin en 1987 est d'une évidente simplicité.

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Certes, un peu de temps  est nécessaire avant que le récit ne se mette en place et qu'on puisse totalement adhérer à cette ambiance, éthérée et alanguie, qui mêle fantastique et naturalisme à la française dans un seul et même élan.

Toutefois, au bout d'une demi heure, et l'arrivée de la radieuse Judith Chemla, Vif Argent prend alors toute son envolée et cette fable poétique sur la mort et l'amour impossible entre une vivante et un fantôme bouleverse autant qu'elle ne séduit. 

" Vif-argent"  parvient largement à faire naitre du merveilleux avec presque rien, en partant du prosaïque et du quotidien le plus banal, et cette idée d'un jeune ange qui vient chercher l'élu de la grande faucheuse toute en douceur et en simplicité dépareille totalement de l'image souvent véhiculée par le cinéma, d'une figure mortuaire aussi brutale qu'inhospitalière .

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Stéphane Batut, qui a travaillé comme directeur de casting pendant près de trente ans, et qui a pris cette idée de recueils de souvenirs des appelés à la mort des différents castings qu'il a pu soumettre aux apprentis comédiens ose, pour son premier long métrage,  une oeuvre aussi ambitieuse que touchante.

Cette oeuvre cherche avant tout, et c'est à toute la beauté du projet, à sonder comment deux êtres qui ne sont pas du même monde, l'un des vivants l'un de l'au-delà, peut tenter de s'aimer, ou, plus tragique encore, tenter de s'étreindre (les séquences d'amour physiques y sont  filmées d'une manière particulièrement intenses ) .

Le lyrisme de la mise en scène (plus prégnante dans sa seconde partie), accentuée par une partition musicale d'une grande évidence, de Prokoviev à Debussy,  enveloppe ce Vif-Argent d'une grâce délicate et profondément enchanteresse que l'achimie du couple Thimotée Robart ( parfait d'innocence contrariée pour son tout premier rôle) et  la talentueuse Judith Chemla ne fait que conforter. 

VIF-ARGENT de Stéphane Batut from Club V.O. on Vimeo.

A noter que le film a récolté le Prix Jean Vigo et connu une belle présentation cannoise à la sélection de l'ACID 2019.