Trois jeunes romanciers, dont c'est le premier ou second roman partent à l'assaut  de la jungle de cette rentrée littéraire 2019: et la réussite de leurs romans méritent largement d'être soulignée  en ce vendredi lecture :  

1/  Louvre, Josselin Guillois  (édition du Seuil) 

 "On touche pas aux œuvres, n’y pensez pas. Mais ils touchent ! Et sans gants ! Leurs mains ! Vicieuses et velues ! Mieux vaut eux que les Allemands… Mieux vaut eux que les Allemands ?"

 Pour son premier roman, le jeune Josselin Guillois tente un pari audacieux en nous plongeant dans une période charnière de l'histoire, plus exactement à l’automne 1939 où Jacques Jaugard, le directeur du Louvre tente de protéger les œuvres d’art de la guerre, anticipant les pillages allemands qui auront lieu sous l'occupation .

Avec ce joli point de départ, Josselin Guillois refuse le roman historique et un peu scolaire et prend le parti de se mettre dans la tête non pas du directeur mais de plusieurs femmes.

Trois femmes qui ont réellement existé vont servir de fil conducteur à cette histoire, portent ces trois voix féminines dont la destinée va être directement impactées par ce transfert historique d' œuvres d'arts à travers toute la France libre.

Jocelin Guillois va inventer et faire entrecroiser le récit intime de ces trois femmes ayant réellement exité, la femme de Jaugard, Marcelle, la nièce de celle ci, Carmen Leloup, et enfin une comédienne et premier amour de Jaugard, Jeanne Boitel .

Sur fond de visite guidée de l'art mondial, le jeune romancier nous livre un roman polyphonique aussi maîtrisé que captivant et surtout singulier; intime et féministe en diable .

" Tu dois aussi apprendre pourquoi Jaugard a fourni les localisations des oeuvres aux allemands. Sait il seulement qu'en découvrant cela plus d'un réseau serait prêt à le faire tuer? Et par dessus tout, Jeanne il faut trouver le moyen d'entrer dans les salles égyptiennes, il faut voir ce qui se cache là dedans. " 

nom secret

 2/ Le nom secret des choses, Blandine Rinkel (Fayard) 

"Voilà comment tout était parti. Le prénom est un déterminisme comme un autre sauf qu'apparemment- Elia avait entendu dire ça-le prénom, ça pouvait se changer. Alors qu'attendait on? Etait-ce compliqué? Google vous indiquerait vite que ce ne l'était pas. Deux mois de patience, un rendez vous avec un avocat plus de 90% des cas concluants. Mais le plus simple restait évidemment de faire passer en premier son deuxième prénom.
" Tu serais prête à ça, toi?"
Elle l'avait lancé comme un défi.
" Oui j'ai un deuxième prénom, Blandine. Et même un troisième.
- c'est bien, Blandine. Ça te ressemble."

 Une fois le bac en poche, Océane quitte sa province vendéenne pour aller à Paris, suivre des études de lettres.

 

C'est dans la ville lumière aussi magique qu'effrayante, qu'elle va rencontrer des jeunes gens issus d'un milieu social bien plus aisé qu'elle et notamment, une jeune fille, dont la liberté et l'audace vont rendre Océane aussi admirative que fascinée: jeune fille prénommée ( mais plus pour très longtemps) Ellia.

 

Entre elles, va alors se tisser une relation aussi ambigüe que passionnelle dont le dénouement semble inéluctable...

 

Une écriture douce et heurtée , qui commence par la seconde personne du singulier avant d'aller investir le "je" cinquante pages avant la fin une fois que la narratrice prend du galon et de la distance sur cette histoire.

 

Le nom secret des choses est un peu comme l'était "Respire" d'Anne- Sophie Brasme (mais en plus érudit et en moins organique), une histoire d'amitié toxique entre deux jeunes filles, donnant lieu à un beau et fort roman d'initiation et d'émancipation
Un récit qui va essayer de montrer jusque à quel point une jeune provincial est prête à aller pour se faire accepter dans cette ville et dans cette amitié où elle n’est pas sûre d’avoir sa place .

 

Un récit d'apprentissage aussi cinglant et doux amer..

 "Si proches que vous ayez pu l'être, vous ne l'avez jamais été que sous ce mode instable. Une complicité d'ectoplasmes. Entre vous, ni exigences ni promesses. Elle ne t'en voulait pas d'ignorer ses absences, de ne pas les interroger. Tu ne lui reprochais pas d'ignorer tes cernes, de les taire."

3 / Petit frère, Alexandre Seurat  (édition de la Rouergue):

 petit frere

  "Enfant, je lis et relis cette histoire qui me parle d'un monde où chacun aurait sa part, où chacun trouverait sa place."

Avec " La maladroite", qui avait connu un beau succès d'estime en 2015 , Alexandre Seurat nous dressait un portrait terrifiant et fin d'une enfance en grand danger, entre famille maltraitante et administration un peu défaillante.

 

En cette rentrée littéraire, il nous livre un nouveau roman qui traite de l'enfance malheureuse et des blessures du passé mal cautérisées. enquête familiale sur une jeunesse à la dérive..

 

Ce roman écrit à la première personne nous conte l'histoire du petit frère du narrateur décédé d'une overdose alors qu'il était encore jeune, et qui décide alors de faire une enquête mélangeant passé et présent, un peu à la manière d'une Olivia Lamberterie, mais avec le pouvoir de la fiction en plus, pour tenter de percer les mystères de ce frère cadet qui a très vite développé une inaptitude à vivre .

 

Un peu bipolaire, tantôt extraverti, tantôt effacé, multipliant les addictions et conduites à risque, ce frangin ( qui n'est jamais appelé autre que par " mon frère") est surtout mal dans sa peau depuis toujours, alors même que beau, intelligent, aimé, celui-ci avait toutes les cartes en main pour s'épanouir dans la vie.

 

Alexandre Seurat livre un portrait âpre et incisif d'un jeune à la dérive dont la construction déroute au départ puis séduit dans son ensemble. Une écriture brute, sans artifice qui contribue pour beaucoup à la réussite de ce texte.

"Puis je partis à l'étranger pour plusieurs mois et dans ma mémoire tout s'accèlère sans que j'y comprenne rien: au bout de quelques semaines j'apprends que mon frère décroche. L'image d'un alpiniste qui se dévisse."

 

 challenge rentrée littéraire 2019