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 Suite de notre critique de Chambre 212/ réflexions avec son auteur Christophe Honoré  au Comoedia receuillis  le 14 septembre 2019  : 

Sur la génèse du projet 

"Comme souvent, « Chambre 212 » procède d’un autre film, non tourné, à peine écrit, mais qui en est la source secrète. Je lui avais donné comme titre « Les Fleurs ». J’ai abandonné ce projet qui s’est présenté à moi après la sortie de « Plaire, Aimer et Courir vite », j’ai craint qu’il ne m’entraîne dans une forme trop solennelle. Jee n’ai pas voulu de ce film trop respectable auquel je commençais à rêver. C’était le début de l’été, j’étais au bord du lac Léman, installé au Théâtre de Vidy pour  répéter « Les Idoles », un spectacle qui clôturait un projet d’autofiction en trois volets.

Je ne me sentais pas pressé du prochain film, et pour tout dire presque libéré de n’avoir aucune idée en tête, quand un soir je me suis retrouvé devant « The Awful Truth » de Leo McCarey : Irene Dunne  et Cary Grant en mariés infaillibles d’après divorce. Voilà combien d’années que tu vis en couple, me suis-je soudain demandé ? Puis rapidement après : combien de cinéastes déjà se sont penchés sur la conversation conjugale ? La nuit même, je me suis mis à écrire, avec impatience et bonheur.

Les références assumées du film ??

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" Ecrivant et tournant « Chambre 212 », j’ai croisé souvent sur ma route les films de Sacha Guitry, d’Ingmar Bergman, de Woody Allen,  d'Alain Resnais, de Bertrand Blier, du cinéma américain des années 40 et chacun, sans rien en savoir, avec une fraternité ressentie par moi seul, m’a permis de cerner l’air particulier de ce nouveau film."

Vous croyez en la magie de la fiction avant tout?

"J’ai souhaité que « Chambre 212 » exprime d’une manière sentimentale et têtue, mon  attachement à un cinéma de fiction, où le « faisons comme si » a plus de valeur que le « faisons comme c’est ». La fiction, je l’entends ici au sens de l’enchantement. Je me suis laissé entraîner par elle dans une danse de pas oubliés, charmé par ses sortilèges. Et peu à peu, il m’est apparu que ce n’était pas rien de revendiquer aujourd’hui les outils précieux du jeu, de la métaphore, de privilégier la magie des coulisses, de l’artifice, dans le travail qui vise à faire advenir la vie au coeur d’un film. . Mon histoire, j’ai voulu dès le départ qu’elle ait plus l’allure d’un conte conjugal que d’un rapport sur le couple."

Faisons comme si une femme, Maria, avait une nuit la révélation qu’elle possède le don de voir combien les individus qui l’entourent sont toujours plus nombreux que ce qu’ils ne paraissent. Son mari Richard est aussi Richard son jeune fiancé, et Richard l’adolescent qu’elle n’a pas connu. Faisons comme si tout cela pouvait exister et laissons l'intelligence du spectateur pour qu'il y croie aussi !

L'usure du couple, un sujet qui vous préoccupe particulièrement en ce moment?

«J'ai noté quelque chose récemment : plus j’ai tourné, plus mes amours se sont mises à prendre leur temps. Comme si la fidélité amoureuse me permettait la multiplicité des projets. J’ai bien conscience que c’est assez arbitraire, et peut-être sans pertinence de mettre ainsi sur le tapis ces deux mots, fidélité et films. Pourtant je suis assez tenté de déclarer qu’aimer longuement  m’a certainement autorisé à tourner souvent.

Et oui en effet, une fois qu'on avance dans l'âge, moi qui ai tant filmé la rencontre amoureuse mais plus rarement le couple installé, je me suis dit qu'il était temps de traiter de ces sujets là , vous ne pensez pas?"

 Pourquoi encore Chiara et Vincent?

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 Cela faisait longtemps que j’avais en tête de filmer un personnage qui pense. Et comme cela faisait longtemps aussi que je voulais filmer de nouveau le front soucieux et les fossettes d’ironie de Chiara Mastroianni, j’ai lancé la production de ce film urgemment, et Chiara en était la condition .première, et heureusement elle a très vite accepté le projet . Et cela s'était tellement bien passé avec Vincent dans notre précédente collaboration que je n'avais pas envie d'attendre pour lui proposer un nouveau projet.. Comme j'avais déjà tourné avec les deux, c'était facile de leur proposer des choses, je n'avais pas peur de les contraindre, je sais qu'ils n'étaient jamais choqués ces deux là par ce que je pouvais leur expliquer. 

Comment ce quator de comédiens s'est il entendu sur le tournage?
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"Je sais que ca fait cliché de dire cela, mais j’ai rarement croisé des acteurs aussi souriants et détendus les matins aux loges, que lors du tournage de « Chambre 212 ». Quels qu’aient été les problèmes du jour, de coiffure, de costumes, les lignes de dialogues que j’avais réécrites dans la nuit, l’hiver, les menus de la cantine, je peux dire que pas un matin, je n’ai eu le sentiment qu’ils auraient préféré être ailleurs que là, en compagnie d’un metteur en scène qui lui, intérieurement, ne cessait de se demander pourquoi il avait pris la décision quelques semaines auparavant de ne pas tourner en décors naturels.

Et je n’ai guère d’autre explication que celle-ci, honteusement sucrée et accablante de gentillesse : ces quatre acteurs là se sont bien aimés.

Dans nos grandes idées sur les films et comment le cinéma advient, on oublie cet élément essentiel, précieux et rare : l’amour que les comédiens éprouvent les uns pour les autres. La confiance, l’humour, l’affection, l’amitié qui circulent entre eux, et la chance que parfois nous avons nous les cinéastes, de pouvoir capter ces flux de joie" 

 

CHAMBRE 212 de Christophe Honoré / BANDE-ANNONCE - TRAILER