Finissons le week end  avec le génial Christophe Honoré, cinéaste de magnifiques films comme "Plaire, aimer et courir vite",   "Les chansons d'amour",  le sous estimé mais splendide  "les Biens aimés".

Il est celui désormais de "Chambre 212", présenté lors du dernier festival de Cannes que j'ai eu la chance de voir en avant première  en juin dernier ,plusieurs mois avant sa sortie ce 9 octobre 2019 et qui confirme tout le bien qu'on pense de ce cinéaste aussi inventif que sensible et délicat.

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Un an après Plaire, aimer et courir vite, et après une activité théâtrale ("Mes idoles" en fin d'année dernière et son beau roman Ton père qui vient de sortir en poche) le prolifique Christophe Honoré fait  son retour sur grand écran avec une œuvre absolument délicieuse et faussement légère et mineure. qui aurait pu tout à fait prétendre à la compétition de Cannes cette année encore..

Christophe Honoré nous l'a confié lors de notre merveilleuse rencontre faite au Comoedia il y a quelques semaines, c'est en regardant un soir « The Awful Truth » de Leo McCarey,  avec  Irene Dunne et Cary Grant en mariés proche du divorce,  qu'il a eu envie de faire son propre film sur la conversation conjugale et s'interroger, lui qui est en couple depuis un certain nombre d'années, sur la longétivité du couple.

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Prenant ainsi  pour modèle les comédies du remariage de l’âge d’or hollywoodien,  lui qu'on a tellement affilié, à tort ou à raison, à un cinéma français très nouvelle vague, Christophe Honoré imagine une reflexion sur la conversation conjugale mais qu'il saupoudre de merveilleux et de fantaisie proprement jubilatoires.

 Le temps d’une remise en question, et d'un adultère un de plus (on appréciera ici que le personnage féminin soit habillée des oripaux qu'on attribué habituellement aux personnages masculins) que son mari va découvrir, Maria prend une chambre dans l’hôtel juste en face du domicile conjugal. 

Vont alors venir à elle quantités de fantômes du passé et autres personnages imaginés par Maria qui vont venir obstruer sa réflexion et lui permettre in fine à établir un diagnostic sur sa vie de couple.

Si Chambre 212  convoque en filigrane les comédies du remariage de l’âge d’or hollywoodien, persiste encore en lui cette sorte de grâce venue de nulle part que le tournage fait en quelques semaines nimbe d'une urgence revigorante. qui prend le contre pied parfait de son précédent film.

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   Parce que l’usure des sentiments, la confession d’un adultère inattendu, la crise existentielle. que traverse un couple après presque 25 ans de vie commune pourrait donner lieu à un drame noir et sombre à la "Noces Rebelles" ou  de "Qui a peur de Virginia Woolf?", Honoré opte pour un parti-pris ludique distance salutaire qui lui permet d'explorer le sujet avec un apétit  salvateur .

Le film d'Honoré opte pour le droit à la frivolité avec  une fougue et une humour indéniable.  Cette fantaisie qui utilise une  distanciation bienvenue fait finalement plus penser à du Guitry, du Resnais- ou même du Bertrand Blier pour l’absurde et la sublime présence de Carole Bouquet dans une très belle scène- qu'un film holywoodien des années 50.

Mais l'important pour Christophe Honoré, qui a toujours pleinement assumé ses références,  c'est de réussire à faire un film qui ne ressemble finalement qu'à lui.

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Enfin, après Non ma fille tu n’iras pas danser,  et surtout l'éblouissant "les Biens aimés" cette "Chambre 212" montre de brillante façon qu'Honoré sait  vraiment filmer et magnifier Chiara Mastroianni, qui est un peu sa muse, comme sa mère peut l'être pour un André Téchiné.

Honoré voulait retrouver "les fossettes d'ironie et de tendresse" de Chiara, et il avait tout à fait raison, tant safantaisie et le sourire mélancolique font encore une fois merveille.

Bref, vous l'aurez compris, ce "Chambre 212" est sans aucun doute l’une des tribulations amoureuses les plus virtuoses vues depuis longtemps!! 

CHAMBRE 212 de Christophe Honoré / BANDE-ANNONCE - TRAILER