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 « Restez-moi fidèle, chef, tout ira bien pour vous. » Ce qu'il a fait. Il a baissé la tête, il est devenu un homme Teflon. Pour autant, il ne sait rien sur elle. Il ignore à qui elle rend des comptes. « Travail au noir, chef. Noir, noir, noir », lui a-t-elle dit en l'engageant. « Comme si nous n'étions pas assez noirs. » En riant de sa plaisanterie. D'une voix légèrement enrouée, toujours calme."

On pourrait penser que la littérature policière sud-africaine se résume à l’excellent Deon Meyer  mais il existe évidemment  d’autres grands romanciers qui savent également prendre le pouls de la société sud-africaine post apartheid.

 Parmi eux, Mike Nicol, qu'on avait eu la chance de croiser lors des Quais du Polar en 2018,  nous offre régulièrement de troublantes plongées dans une Afrique du Sud où les élites sont souvent corrompues, et la police peu efficace,  quand ce n’est pas l’inverse.

 Mike Nicol ( à ne pas confondre avec le presque homonyme cinéaste regretté de Closers ou du Lauréat) , journaliste de formation n’aime rien de plus qu’utiliser le polar pour donner des nouvelles pas très reluisantes de son pays.

  Après Power Play il y a quelques années,   "L'agence",  sa dernière parution française en date,  ne change pas la donne tant son si beau pays parait une nouvelle fois  rongé par la corruption aux plus hauts niveaux de l’État et que Mike Nicol ne se prive pas pour lui adresser une violente charge .

A travers son agence, un service de renseignement sud-africain dont le fonctionnement laisse assez dubitatif , c'est tout un pan des hautes strates de la société sud africaine et notamment le palais présidentiel,qui est visé.

Même s'il nest pas cité, on comprend bien que Jacob Zuma, l'ancien président de l'Afrique du Sud, est pris pour cible dans le roman, et à travers lui tout un  système de corruption et  de népotisme  que Nicol semble execrer. 

On aime toujours autant dans ce roman foisonnant  le style  rugueux et retors de  Mike Nicol  qui sait  assurément construire des personnages réellement ambigus, aux motivations souvent contradictoires, façonnés aussi bien par leur histoire  personne que par celle de leur nation.

Nicol est particulièrement habile à mener son intrigue, oser des variations de ton assez étonnantes  et insuffler d'une bel esprit de répartie des dialogues cinglants et punchy 

 Dans ce nouveau polar,  Nicol  réussit également et plus  largement à donner une belle fluidité à sa narration pour faire de l'agence  un polar aussi  vibrant que trépidant.  

Il a récemment publié dans son pays un autre roman, "Sleeper", encore inédit en france une histoire encore assez folle, dans  laquelle il imagine l'assassinat du ministre de l'énergie, bref, encore  un dézingage des rouages et une peinture des dérives de la société sud africaine  à prévoir !  

L'agence; Mike Nicol / traduit de l'anglais par Jean Esch
Gallimard/ Série Noire-  septembre 2019
560 p.  22 €