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Ken Loach donnait une masterclass hier, le  jeudi 17 octobre 2019 au Théâtre de la comédie de l'Odéon dans le cadre du Festival Lumière.
Avant qu'il ne rentre sur scène, un condensé de sa carrière est projeté sur écran. Si le cinéma de Ken Loach a toujours eu l'étiquette engagé, le montage très bien fait montre aussi la place de l'amour, du football, de l'humour, des moments de joie de la vie quotidienne dans le cinéma du réalisateur.
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Interrogé à ce sujet par Thierry Frémeaux, Ken Loach lui répond que "les films doivent respecter la complexité de la vie. Un film de propagande n'est pas un bon film. Toutes nos vies existent dans un contexte. Il existe résolument une connexion quasi ombilicale entre notre contexte social et notre vie privée."
Quand Thierry Frémeaux a demandé en amont de cette masterclass, comment Ken Loach souhaitait orienter cette rencontre, celui-ci a émis le souhait de parler de l'état de la société.
Cela explique la présence sur scène de Clémentine Autin qui était présente lors de la projection du film "Sorry we missed you" (voir notre chronique ici)  au cinéma Le Normandy à Paris, devant une salle de 900 spectateurs très engagés.
Elle se dit particulièrement bouleversée par le film.

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Pour elle, le dernier film de Loach  est la suite  logique de Moi, Daniel Blake,  à savoir la concrétisation de l'ubérisation et ce rêve d'indépendance qui devient un cauchemar.
Elle souligne combien le film montre que la précarité atteint tous les pans de la vie. Il devient alors impossible de prendre soin de soi et par conséquence de prendre soin de quiconque.
C'est un engrenage. Si elle a été profondément émue par ce film, elle tient à préciser qu'il déclenche une émotion qui déclenche une colère (et pas de résignation). 
Pendant plus de 2heures qui passent très vite,  le réalisateur montre qu'il n'a rien perdu de son engagement, de sa combativité, de son espoir aussi.
S'il a fait ce film, c'est parce que face à la montée de l'extrème droite, il est important de comprendre les causes, parce que les fausses solutions arrivent quand on ne comprend pas ce qui se passe et qu'on a tous besoin ensemble, de résister. 

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S'il a réalisé ce film, c'est parce qu'il se trouvait dans un food bank (l'équivalent des restos du coeur) et il il a réalisé que 2/3 des nouveaux emplois étaient des emplois précaires. 
Thierry Frémeaux lui demande alors si l'espérance est le Brexit ? Pour Ken Loach, le Brexit est un distraction. Les problèmes ne datent pas du Brexit, ils étaient déjà là quand la GB faisait partie de l'union européenne. 
Une autre question posée est " Y a t il encore un cinéma engagé ?"
Pour Ken Loach, chaque génération doit faire ses propres films mais le souci aujourd'hui n'est pas le désintérêt politique ou social mais où trouver des financements pour faire des films sur ces sujets. 
A la question de Thierry Frémaux, "A quel moment es- tu devenu si combatif, si engagé ?" le réalisateur britannique  lui répond que c'est au milieu des années 60, lorsqu'il travaillait à la télévision en fiction contemporaine, qu'a eu lieu son réveil politique. il affirme qu'à l'époque c'était so "sexy d'être de gauche". 

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Loach conclut cette formidable  masterclass en reprenant un slogan d'un syndicat américain , American Labor, qui résume parfaitement l'action et l'oeuvre du grand cinéaste anglais  :  "Agitate, educate, organize"!!