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 " On critique parfois ceux qui ont profité de la notoriété de leur père pour se faire connaître, mais est-ce que Jésus Christ, je pose la question, je ne veux faire le procès de personne, n’a pas, plus que les autres, exagérément utilisé la notoriété de son père pour faire carrière dans la messianie ?"

Chaque vendredi matin sur France Inter, François Morel  livre ses billets d'humeur, sorte de chroniques mordantes, salutaires, souvent assassines, toujours réjouissantes.

L'ensemble des écrits de Morel, au théâtre ou à la radio, est empreint d'une humanité et d'une générosité qui nous touche et nous enchante.

Afin de  prolonger ces bonnes impressions de départ, je me suis récemment plongé dans son livre "Je n'ai encore rien dit: recueil de chroniques qu'il livre  chaque vendredi matin sur France Inter, et comme je n'écoute pas la radio, j'ai pu me rattraper et j'ai apprécié à sa juste valeur la façon dont Morel réussit à assaisonner l’actualité pour le bonheur de ses auditeurs et de ses lecteurs. 

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"On voudrait rire du gendarme, mais on ne peut plus.
On aimerait se moquer du gendarme, mais on n'en a plus le coeur.
Rendez nous la lumière, rendez nous la beauté: on voudrait ajouter des paroles à la chanson de Dominique A. Rendez nous l'insouciance , rendez nous la légereté."

Pour le plus grand bonheur de ses lecteurs et de ses auditeurs, Je n’ai encore rien dit, est l'occasion de retrouver ou découvrir ses célèbres chroniques

Qu'il glose sur la possible instauration d'un hypothétique d'un ministère du Rire en France qu'il donne à ses auditeurs en une veille de fête Des conseils pour lutter contre la gueule de bois, qu'il évoque avec tendresse et émotion les disparitions de Jean Rochefort, Robert Hirsh, Jean Pierre Mareille ou qu'il se lance dans un  hymne pas piqué des hannetons au camembert, cette compilation de chroniques est un véritable antidote à la morosité ambiante.

" Si des enfants allongés sur des couvertures continuent d'occuper des trottoirs sur lesquels passent des passants qui finissent par ne plus voir des enfants, des êtres humains, et finissent par admettre l'inadmissible.
Heureux enfants qui ne s'ennuient que le dimanche."

 La particularité de la plume de Morel, c'est certainement cette poésie qui ne dit pas son nom, cette mélancolie amusée, et que l'on retrouve à chacune des pages et qui, contrairement à la plupart des chroniques sur l'actualité de ses compères (Guillon, Aram, Ferroni...) restent assez  intemporelles et toutes aussi savoureuses les unes que les autres.

L'ensemble, parfois drôle, souvent tendre, touche férocement et forcément au coeur.
Et on se dit une fois notre lecture achevée que François Morel, c'est le genre de type qu'on a l'impression de le connaître, le bon copain sympa et toujours pertinent dans ses conseils.
Cerise sur le gâteau, pour la première fois, le recueil est illustré des très inspirés  dessins de François Boucq, qui signe également  la couverture.

FRANÇOIS MORELJe n'ai encore rien dit/ Editions Denöel, depuis le 25 septembre 2019

. Chroniques 2017-2019  Illustrations de François Boucq