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 Le cinéaste chinois Johnny Ma avait réalisé en 2016 le long métrage « Old Stone",  un film resté inédit en France mais qu'on avait eu la chance de voir autour de la descente aux enfers d'un chauffeur de taxi chinois victime d'un engrenage bureaucratique incroyable  après avoir effectué une bonne action.

Comme pas mal de ses confrères chinois, dont on peut voir les films au gré des festivals internationaux,  on pouvait percevoir le cinéma de Johnny Ma comme celui d'un pourfendeur de la Chine contemporaine en mettant en évidence les absurdités de l'administration et la mentalité douteuse de certain de ses compatriotes, mais de façon subtile pour ne pas perdre la face devant les autorités.

 

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Dans "Vivre et chanter" , son nouveau  long métrage, qui sort en salles le 20 novembre prochain après avoir été présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes cette année, Johnny Ma ( voir photo)  met de côté le genre du thriller noir et sombre. 

Ainsi, sa critique des dérives de la société chinoise est ici un peu plus édulcorée, tout en continuant néanmoins à dire des choses passionnantes sur la Chine d'aujourd'hui .

Son nouveau film parle en effet de l’importance culturelle de l’opéra chinois, une discipline actuellement en pleine mutation et trouve son origine dans un documentaire de la télévision chinoise qui suivait une petite troupe d'opéra ambulant..

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On suit ainsi une petite troupe de  chanteurs d’opéra traditionnel chinois, une troupe traditionnelle d’opéra de Sichuan, ,petite province située au centre de la Chine que l’on suit dans son quotidien et notamment dans ses difficultés à survivre à l'heure où la démolition de son théâtre est programmé.

A mi chemin entre la fiction et le documentaire ( Johnny Ma a travaillé un certain nombre d'années en compagnie de la troupe, dont les membres jouent ici leurs propres rôles)  , le film nous dit pas mal de choses sur l'Empire du Milieu.

Le scénario suit les coulisses de ce milieu forcément passionnant à suivre que constitue l’art traditionnel de l’opéra chinois, avec ses coutumes et ses et ses costumes, mais qui dans l'évolution actuelle du monde, n’attire plus autant de monde que dans un passé pas si lointain.

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Grâce au regard tendre et parfois gentiment cruel que le réalisateur porte sur ses personnages, on s'attache énormément à cette compagnie et on suit avec grand intérêt les extraits d'opéras joués qui pourraient sembler un peu abscons pour les occidentaux que nous sommes. 

Le film est selon les intentions de l'auteur,  à la croisée de deux longs métrages incontournables du 7eme art :  les "Herbes flottantes" de Ozu et "Les Chaussons rouges" de Pressburger et Powell, deux films qui donnent une vision absolue de l’art avec lesquels le film de Johnny Ma, forcément plus modeste dans son son fond et sa forme, poursuit une filiation évidente .

Malgré une dernière partie plus absconse (la partie opéra est malheureusement  privilégiée au détriment de la partie vie de troupe), le film de Johnny Ma, en tout cas ne cesse de clamer l'importance de l'art, du processus créatif  et de l'entraide dans la vie de tous les jours et face aux révolutions sociétales, et en cela,  on ne peut que chanter les louanges de "Vivre et chanter", et son beau programme annoncé par son titre!