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Contrairement au prix Renaudot de l'essai remis aussi pour un livre sur le cinéma, mais qui interpelle terriblement, le  prix médicis de l'essai  nous a paru cette année  amplement mérité.

Il a été attribué en effet  à  la très belle autobiographie de la comédienne Bulle Ogier, "J'ai oublié"  ( très joli titre pour des mémoires, d'autant plus qu'il décline ce concept à tous les chapitres)  mis en mots par la journaliste Anne Diatkine. 


"J'ai oublié dans quelle circonstances j'ai pris du LSD avec Jimmy Hendrix. Je n'en ai jamais parlé à personne, et surtout pas à Barbet que cela agace. Je ne sais ni pourquoi ni comment, Jimmy Hendrix, très peu de temps avant sa mort en 1970, et qu'il me semble n'avoir jamais rencontré nulle part et certainement pas dans les endroits ou je dansais, est entré dans ma chambre avec sa guitare"

A 80 ans l'immense Bulle Ogier, formidable comédienne  au cinéma chez Rivette, Chéreau , Alain Tanner et  Barbet Schroeder (son mari  dont elle chante les louanges)  mais qui a aussi foulé les planches des théâtres de France avec une immense grâce egrène ses souvenirs sans véritable chronologie, et  raconte sa vie à travers les époques, et la lecture de ses mémoires prouve combien elle est importante pour les cinéphiles même si le grand public la connait sans doute assez mal . 

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"J’ai oublié mes nuits à La Coupole, où j’ai rencontré tous les gens que je connais. Ou plutôt que je connaissais. Mes amis meurent. Je suis sur cette pente de la vie. Je n’ai pas oublié mes nuits à La Coupole, mais elles reviennent à moi, comme une seule et gigantesque vague réjouissante qui m’aurait emportée pendant une ou deux décennies."

Elle y parle beaucoup de sa fille Pascale, jeune actrice prodige vue chez Rohmer et décédée à l'age de 26 ans , mais aussi de ses débuts comme mannequin avec Coco Chanel et ses succès au cinéma, ( la Salamandre en 1971 ou Vénus Beauté 25 ans après) et surtout pas mal d'épreuves personnelles comme la disparition tragique de sa fille ainsi que les terribles viols qu'elle a connu dans sa jeunesse, l'un par un commissaire de police l'autre par le médecin qui a procédé à son avortement .

 

Ce que Bulle nous raconte est parfois d'une tristesse insondable et d'une profondeur terrifiante, mais Bulle Ogier parvient à exprimer tout cela avec élégance et légèreté voire humour et une délicatesse qui est tout à son honneur.

 

"J'aimerais mieux connaitre les jeunes cinéastes, si je les ignore c'est à cause de Donald Trump qui colonise mon temps et mes forces psychiques.Je ne vais pas assez au cinéma, je ne lis pas assez de littérature, je ne vais pas assez au théâtre, et meme ce qui se passe dasn la France en miettes m'échappe en parties, alors que des Gilets jaunes marchent sous mes fenêtres. " 

Bulle Ogier avec Anne Diatkine, J’ai oublié, Seuil « Fiction & Cie », septembre 2019, 240 p., 19 €