a sang perdu

«  Une des motos fit un écart pour prendre la fille par le coté et le motard sauta de son engin pour s’élancer à pied vers elle,  hurlant en espagnol. L’homme avait sorti son arme mais ne tirait pas et sans rien lui répondre elle se retourna et lui fonça dessus, ils tombèrent enchevêtrés au sol. Ce fut elle qui se libéra en premier, roulant dans le sable et le plaquant au sol, lui écrasant les épaules de ses genoux. Le coup de l’homme se plia en se brisant et quelques secondes plus tard elle était à nouveau debout et courait, le fusil de l’homme à la main. »

Wyatt et Lucy, un frère et une sœur, jumeaux fusionnels, vivent seuls dans un ranch isolé du fin fond de l’Utah. La mère d’abord puis le père sont morts. A peine adulte, ils sont seuls à travailler la terre laissée par leurs ancêtres. La violence du monde extérieur les frappe de plein fouet lorsqu’une adolescente abat sans raison des têtes de bétail en blessant Wyatt. Le jeune homme prend en chasse la sauvageonne.

Dans cette course poursuite, Wyatt va rencontrer l’Amérique profonde, l’Amérique de la marge, une Amérique inconnue, pourrissante et florissante, l’Amérique des cartels de la drogue. Un monde perdu entre Phoenix, Albuquerque et Vegas.

Fable initiatique, panthéiste et violente, récit d’apprentissage extrême, la prose de Rae Delbianco, saignante et poussiéreuse entraine le lecteur dans une ballade sauvage.

 Jeune écrivaine  (26 ans) et déjà à l’égale des vieux routiers, elle écrit sec et syncopé.

Un match de Free-Fight littéraire qui ne s’arrêtera pas au premier sang et qui laissera le lecteur groggy.

"À sang perdu",  Rae DelBianco, rentrée littéraire 2019 des éditions du Seuil.