3185880853 Souvenez vous : nos rédactrices parisiennes étaient plus que ravies de leur concert des Goguettes à l'Alhambra pour le concert de sortie de leur nouvel album,  "Globalement d'accord", le 9 octobre dernier.

Entouré de la très talentueuse pianiste et directrice musicale Clémence Monnier, le formidable trio, composé de Stan, Aurélien Merle et Valentin Vander dépoussièrent avec une vraie réussite l’art un peu désuet des chansonniers, grâce à leur humour décapant et particulièrement incisif.

 Ces quatre auteurs-chanteurs-musiciens piochent allègrement dans le répertoire de la chanson populaire française pour (mal)traiter  l’actualité.

 Figurez vous que les lyonnais que nous sommes vont pouvoir vérifier sur place l'immense talent de ces artistes puisque Les Goguettes arrivent sur Lyon, plus précisemment au Radiant Bellevue de Caluire le 18 janvier prochain et c'est une des excellentes nouvelles de ce début d'année 2020.

Et pour parler de ce concert et de plein d'autres choses autour des goguettes, nous avons eu la chance de récemment échanger  (le 17 décembre dernier, entre deux concerts à Ruel Malmaison) avec un des quatre membres ce trio/quator, Aurélien Merle : 

 
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Baz'art : Vous allez vous produire sur Lyon dans quelques semaines, mais savez-vous déjà quels morceaux vous jouerez ce soir-là? J'ai cru comprendre qu'une soirée des goguettes ne ressemblait forcément pas à la précédente et que vous ne décidiez parfois que quelques heures avant de monter sur scène quelles goguettes vous allez jouer, vous confirmez?

Aurélien Merle  : 
En fait, cela était plus le cas il y a quelques années de cela, maintenant notre setliste est quand même plus figée.

Il nous arrive encore, heureusement, de tester des nouvelles goguettes en spectacle, ça m’est encore arrivé hier, mais c’est devenu plus rare...

Maintenant qu'on a une mise en scène plus calibrée (NDLR : le metteur en scène Yéshé Henneguelle est venu récemment apporter son expertise au groupe) , c'est quand même un peu moins souple et un peu plus compliqué de changer l’ordre des chansons, d'intégrer de nouveaux morceaux à la dernière minute.

Dans ce cas-là, au niveau mise en scène, cela va rester assez rudimentaire, on ne va pas se permettre une mise en scène de fou, il vaut mieux se concentrer bien sur le texte, lorsqu'on n'a pas encore bien les paroles en bouche, c'est vraiment le principal .

Et puis cela pose aussi quelques contraintes aux techniciens, si l'on change trop notre liste de morceaux à la dernière minute.

Si vous leur posez la question, je suis sûr qu'ils vous diront qu'on change encore bien trop à leur gôut la set list, mais franchement,  on s'est bien calmé là dessus (rires) ..

 

Baz'art: Et quel est le paramètre qui vous incite à incorporer telle ou telle nouvelle goguette, c'est en fonction de l'actualité, principalement?

Aurélien Merle  : Oui bien sûr, c'est le premier critère et là, c'est sûr qu'actuellement, la goguette que l'on a écrite sur la réforme des retraites est particulièrement bienvenue (sourires).

Mais ce n'est pas le seul critère, par exemple, on s'adapte aussi à l'endroit où nous sommes...

On a remarqué par exemple que les goguettes sur des sujets comme les start up ou sur les bobos avaient plus d'impact sur le public à Paris et dans les très grandes villes de province que dans les régions moins urbanisées,  donc on les joue moins dans ces coins-là... 

Et puis nous avons quelques « classiques » que le public attend et que l’on reprend régulièrement dans nos spectacles, je pense à "Merci macron » ou « Bygmalion ».

Je pense aussi à « Elle est vegan » que Valentin risque encore de chanter pendant pas mal de temps ! 

 

Baz'art:  Mais s’il vous arrive encore de vous séparer d’une goguette d’une représentation à l’autre, j’imagine que cela doit générer une part de frustration importante,  non ?

Aurélien Merle  : Importante, la frustration,  n’exagérons rien. Disons que c’est la loi du genre.

Par définition, une goguette sur l’actualité perd de sa valeur de façon assez immédiate. Donc on est habitué à faire le deuil d’une goguette qui est obsolète, même si on l'aimait bien.

Et en même temps, certaines de nos goguettes peuvent être abandonnées quelques temps et être réutilisées au gré de l’actualité politique. Vous n’êtes pas sans savoir que celle-ci a tendance à un peu bégayer (sourires), on peut donc puiser dans notre stock d’anciennes goguettes pour les remettre au goût du jour.

Par exemple, on a avait écrit une goguette à l’époque de Fillon  : "Moralisez moi "sur le "Déshabillez-moi "de Juliette Greco, et bien , on a fortement pensé à la remettre en selle pour Jean Paul Delevoye, ça fonctionnerait tout autant (rires)

Baz'art : Pourquoi avoir fait appel à un metteur en scène- Yéshé Hennegelle- alors qu’à l'origine vous faisiez sans ? C'est dans l'optique d'aller plus du côté du théâtre plus que du concert? 

Aurélien Merle : C’est une évolution assez logique :  on a créé ce spectacle dans la pure tradition du cabaret, piano voix, mais petit à petit on a eu envie d’apporter un peu de dynamisme et de variété.

Sur un spectacle de plus d’une heure, il était nécessaire d'améliorer un certain nombre de choses, et notamment faire un véritable travail de mise en scène.

Notre public n’est pas forcément très jeune à la base, c’est normal, cela vient de cette tradition de cabaret que l’on revendique, ce n’est pas particulièrement à la mode. Mais en cassant un peu ces codes, en utilisant davantage de guitares, de synthés, et avec une mise en scène plus travaillée, on capte aussi des spectateurs plus jeunes et a priori pas très enclins à aller écouter des chansonniers.

Après, pour répondre à votre question, non on ne vire pas de plus en plus vers le théâtre; notre prestation reste vraiment dans le format concert, là dessus on est assez clairs entre nous.

Baz'art : Dans l’absolu, c’est la musique qui détermine l’écriture des textes ou cela serait plutôt le contraire ?

Aurélien Merle :  Les deux cas de figure sont possibles : cela nous est arrivé de vouloir absolument détourner une chanson en particulier, et de chercher un thème qui lui conviendra. 

Mais cela reste assez rare et c’est plus souvent l’inverse qui se produit : ce sont les thématiques et les textes qui nous orientent en général vers le choix de la chanson.

De toute façon, on ne va pas forcer les choses. Si on s'aperçoit rapidement que la chanson ne se prête pas naturellement au détournement, on laisse tomber. Cela veut dire que cela ne colle pas et on en choisira vite une autre.. 

Baz'art : Comment travaillez-vous exactement? Vous écrivez chacun de votre côté ou vous écrivez vos goguettes à plusieurs mains?

Aurélien Merle : Non, en général on écrit notre goguette dans notre coin, on la propose au groupe et après on valide ensemble ou pas.

On les soumet à Clémence, notre pianiste,  qui se charge de toute la partie direction musicale, c'est à dire les orchestrations, les arrangements, le choix de la tonalité.

La mise en place se fait souvent assez rapidement. Celui qui a écrit la goguette la chante, les autres l'accompagnent avec choeurs et vocalises, c'est assez bien réglé, depuis le temps . 

On a essayé d'écrire à plusieurs mains, mais sincèrement, ce ne sont pas celles qui ont le mieux marché. 

D'expérience il vaut mieux gérer l'écriture de sa goguette de A à Z : celui qui a eu l’idée au départ va au bout de son idée. Mais il arrive aussi qu'on propose telle ou telle modification, ce n’est pas fermé.

Baz'art: Selon vous, faut- il forcément que la chanson soit célèbre pour avoir de l'impact sur votre auditoire ou pourriez-vous partir d’une mélodie totalement inconnue du grand public ?Vous êtes,avec votre comparse Valentin, également auteur compositeur, avec votre propre répertoire : est-ce que vous avez envisagé de faire un peu comme  le fait des gens comme Frédéric Fromet, écrire des paroles satiriques mais sur des mélodies à vous?

Aurélien Merle  : Très franchement, je n’en ai jamais eu l'envie. Et je ne vais pas parler à la place de Valentin mais je ne crois pas qu'il y ait songé non plus… 

  Ça fait partie du jeu avec le public, les gens essayent d'anticiper les paroles du refrain à venir, de devenir comment on a détourné le texte original, on demande à son voisin si on n’arrive pas à reconnaître la chanson…

 Alors oui, bien sûr, on tombe plus facilement dans des tubes qui parlent à tout le monde. Généralement ça tombe pas mal sur les tubes des années 70 et 80, car les chansons de ces époques-là parlent à toutes les générations et toutes les couches sociales.

Mais même quand le morceau est moins connu, si la chanson est bonne, la mélodie est marrante, ça peut marcher. On a aussi permis de découvrir ou redécouvrir certaines chansons.
Par exemple, en écrivant sur une chanson de Renaud « Tu vas au bal »… elle n’est pas très connue mais elle marche toujours très bien.

En tout cas il n’y a pas de snobisme à avoir quand on fait des goguettes. Il faut chercher dans tous les genres de répertoires de chanson si on veut vraiment s’amuser. Il faut un peu décloisonner la « grande » chanson et la chanson populaire.
D’autant que parfois, même si on n’aime pas forcément la chanson au départ, on découvre en la travaillant qu’elle n’est pas si bête qu’elle en a l’air et qu’elle peut même être très plaisante à interpréter, c’est extrêmement formateur en fait.

 

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Baz'art : Vous revendiquez à fond  le coté cathartique de la goguette, qui permet au public d’entendre des choses notamment sur le monde politique qu’il pense tout bas et qu'il est heureux d'entendre tout haut?

Aurélien Merle  : Ah oui parfaitement, et on essaie de taper un peu sur tout le monde, même si ce sont généralement les gens au pouvoir qui morflent davantage, et donc les macronistes en ce moment.

Mais oui, d’ailleurs à la base il s’agit de nous défouler nous-mêmes de tous ces agacements ou colères que l’actualité produit en nous. Donc ça marche aussi avec le public, c’est un travail collectif ! 

D'ailleurs, dernièrement à Saint Etienne dans une manifestation contre la réforme des retraites, on a eu la surprise d’entendre quatre de nos goguettes diffusées dans la sono d’un syndicat enseignant, et ça nous a fait super plaisir parce que ça sert à ça, une goguette, à être appropriée, voire encore récrite, transformée...

  Baz'art : Vous vous produisez dans des salles de plus en plus grandes comme cela sera le cas au Radiant, vous connaissez un succès de grande ampleur depuis deux ans, comment percevez vous cela de l'intérieur?

Aurélien Merle  :Le Radiant, avec ses 1000 places environ, c'est quand même la plus grande salle qu'on a jamais faite depuis le début; on stresse un peu d'ailleurs,  il faut quand même remplir, la jauge ( sourires)..

Mais on va aussi faire la Cigale en 2020, c'est vrai que cela nous change du Lieu-Dit et du Limonaire, les restaurants-spectacles de nos débuts. Il a fallu s'adapter à ces nouvelles configurations, là encore, c'est quelque chose de très formateur.
Et vous savez, médiatiquement on n’existe pas beaucoup. Ce qui fait le succès du spectacle depuis le début, c’est le bouche à oreilles, le fait que les gens reviennent en bande de copains, en famille, avec leurs parents ou leurs enfants, et grâce aux réseaux sociaux. 

Sinon, à part "Rire et chansons" qui nous soutient et diffuse certains de nos morceaux, et Laurent Ruquier qui nous aime bien et nous invite de temps en temps dans les Grosses Têtes de RTL, c’est vraiment difficile de faire parler de nous..

Baz'art : Je ne me fais aucun  souci, je suis certain que le Radiant sera complet pour aller vous applaudir et hurler de rire à vos goguettes...

Aurélien Merle  :  Et bien, cher baz'art, que les gens puissent vous entendre,  c'est tout ce qu'on vous demande! ( rires) ! 

 

 

Pour assister au concert du  18 janvier 2020 au radiant de Caluire : 

 https://radiant-bellevue.fr/spectacles/les-goguettes-933/

Pour connaitre l'actualité des Goguettes : 

Site officiel.

Page Facebook.

Page YouTube 

Pour commander le disque, "Globalement d'accord."

 Crédit Photo :    © Marylène Eytier

Merci à l'Espace Gerson pour cette interview   !!