Rencontres autour du Cinéma Italien

 La cinquième édition des rencontres du cinéma italien contemporain, organisées par l'Institut Culturel Italien et l'université Lyon 3, a donné lieu à une soirée au fort accent politique jeudi, avec la projection de Martin Eden de Pietro Marcello et de La Mafia non è piu quella di una volta de  Franco Maresco, au Comoedia.

Passé à peu près inaperçu dans les salles françaises, Martin Eden a eu droit à une seconde vie après sa sortie express en octobre, grâce à sa sélection au festival Télérama et à quelques événements comme celui proposé au Comoedia.

Le film est par ailleurs disponible depuis peu en VOD. Ce second souffle est le bienvenu pour un film aussi fascinant.

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Pietro Marcello adapte le chef d’œuvre de Jack London, publié en 1909, pour lequel l’écrivain s'est inspiré de sa propre trajectoire pour décrire l'ascension d'un marin mal dégrossi qui, par amour, atteint les sommets de la littérature mondiale avant d'exploser en vol.

Marcello troque le San Francisco du début du siècle pour la ville de Naples, rendue intemporelle par une confusion des temporalités : les événements historiques évoquent l'Italie d'avant la Grande Guerre mais de nombreux anachronismes propulsent le film dans les années 70 et même jusqu'à nos jours.

 

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C'est le génie du film de Marcello qui ne conserve du roman que son intrigue pour mieux « italianiser » le reste. Tout en malaxant avec une très grande liberté le roman d'origine, Marcello reste ainsi fidèle à son essence, le récit paradoxal d'un homme qui perd tout au moment même où il réalise sa plus grande ambition.

Marcello décuple l'essence politique du roman de London en embrassant, grâce à sa virtuosité anachronique, plus d'un siècle de politique italienne et européenne, de la lutte entre anarchistes et socialistes à la crise des migrants. Au milieu de ce maelstrom temporel, le récit d'un transfuge qui passe à côté de l'Histoire, parce qu'il a préféré l'individualisme, est lourd de sens.

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Le dispositif de cette adaptation filmique est d'une fluidité et d'une finesse éblouissantes.

La scène finale, dans laquelle se côtoient chemises noires et réfugiés sur une plage, alors qu'un homme annonce la guerre, en est le point culminant. Les inserts documentaires, qui rappelle le début de carrière de Marcello, et la colorimétrie, elle-aussi mouvante, achèvent de faire de Martin Eden un petit chef d’œuvre, le superbe exemple d'une adaptation fidèle et intelligente qui ne cherche pas à illustrer sagement la totalité d'une œuvre mais plutôt à en retranscrire la substance, au prix de multiples trahisons qui la revitalisent.

Confirmation d'un réalisateur, Martin Eden est aussi celle d'un acteur, Luca Marinelli, qui a remporté la coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine au dernier festival de Venise.

 Dans le rôle de cet écrivain devenu fou de solitude, incompris de ceux qu'il a quittés, ses amis ouvriers, comme de ceux à qui il voulait ressembler, les bourgeois, l'acteur italien excelle.

La trajectoire de ce personnage complexe lui permet de démontrer toute l'amplitude de son jeu, alors que ses yeux bleus perçants, dévoreurs d'horizons, virent au gris à mesure que son personnage est gagné par l'amertume.

 

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 Questions formelles et sens politique habitent encore plus frontalement le deuxième film de la soirée, La Mafia non è piu quella di una volta de Franco Maresco, qui mélange apparemment fiction et documentaire, sans que l'on sache très bien de quel genre relèvent les séquences qui composent le long-métrage, toutes plus invraisemblables les unes que les autres.

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Maresco suit en parallèle deux figures de la ville de Palerme aux antipodes l'une de l'autre, à l'occasion de la commémoration de l'assassinat des juges Borsellino et Falcone par la Cosa Nostra, en 1992 : Ciccio Mira, un minable organisateur de fêtes de place, par ailleurs fort bien mis avec la Mafia, qui souhaite leur rendre hommage et Letizia Battaglia,  une photographe engagée depuis des années dans la lutte anti-mafia. 

 

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Quant à Sole de l'Italien Carlo Sironi,  qu'on a pu voir le vendredi soir, un film qui fut sélectionné dans la section Orizzonti de la Mostra de Venise 2019, il s'agit d'un premier long métrage d'un jeune cinéaste visiblement très inspiré par le néo réalisme italien des années 50-60 et se référant surtout à Ernamo Olmi (L'arbre aux sabots, Palme d'or 1978) .

Ce film  qui évoque le marché illégal des nouveaux-nés et propose une réflexion laconique sur la paternité non biologique est surtout l'é tude clinique d' un abandon d' enfant..et un récit d' un apprentissage de la paternité et de la naissance d' un premier amour adulte chez des enfants perdus...

Avec son cadrage 4X3 et ..format cinématographique au plus près des personnages, Sironi opte pour un neoréalisme froid et austère.

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Comme si les frères Dardenne avaient tourné en Italie....

On aime le soin porté à l'image et au son (belle musique électronique créée par la toute jeune compositrice polonaise Teoniki Rożynek) mais le personnage principal, très tête à claque a un peu de mal à susciter l'empathie chez le spectateur .

Un film fragile mais interessant à voir en salles le 6 mai prochain.