Dror Mishani (Israël),  et Sebastien Gendron faisaient  partie des auteurs très attendus du festival Quais du Polar, qui comme l'ensemble des festivals culturels de  printemps a du plier boutique, coronavirus oblige.

Cela ne nous empechera pas de conseiller ardemment  leurs tout nouveaux roman, sortis tous deux dans la collection Série Noire de Gallimard  le 12 mars dernier, juste avant le confinement total, et qu'on devrait pouvoir acquérir facilement sur les librairies en ligne  ou en liseuse : 

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1/ Une, deux, trois de Dror Mishani: un roman noir et féministe à Tel Aviv. 
"Ronen la regarda. Dit qu'il en était parfaitement conscient. Que personne ne savait mieux que lui à quel point Orna était une mère extraordinaire. Elle fut soudain saisie d'une violente envie de le frapper, de poser les mains sur son cou, de planter les ongles  dans sa chair et de serrer, exactement ce qu'elle avait ressenti pendant des semaines, juste après  l'annonce de sa rencontre avec Ruth et la demande de divorce."
Un, deux, trois, comme trois femmes qui vont croiser le chemin du même homme, Guil à Tel Aviv. 
Plus qu'une histoire policière, Un, deux, trois est le portrait de trois femmes aux vies très différentes.
Orna est enseignante au lycée, seule avec son fils depuis son récent divorce lorsqu'elle rencontre Guil sur un site de rencontres pour divorcés.
Emilia est auxiliaire de vie après de personnes âgées, elle a été employée via une agence spécialisée (ces auxiliaires sont très fréquentes en Israël) et est lettone. 
Est ce leur cassure, leur fragilité que Guil perçoit ? et pourquoi aborde-t-il la troisième femme dans un café ?
Ce que j'ai trouvé particulièrement original dans Un, deux, trois 
-Le décor, j'ai peu lu de roman se passant à Tel Aviv et cela m'a plongé dans une ambiance particulière et singulière ;
-La façon dont l'auteur instille peu à peu le malaise et le doute chez le lecteur à travers ceux ressentis par ses personnages féminins ;
-L'absence de sensationnalisme et de construction façon page turner, choisissant comme angle le coeur de la vie de ses femmes. On est d'autant plus touché  lorsque ces dernières sont en danger ;
-Le retournement étonnant que réserve la dernière partie !
Une deux trois, Dror Mishani, traductrice  Laurence Sendrowicz, Gallimard., 12 mars 2020 
 
rédactrice : choco 

2/  Fin de siècle, Sebastien Gendron : une satire cinglante des requins modernes 

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"Pour tout le monde, ici c'est pareil: on vient tous du même monde, on est riches comme plus personne ne peut l'être aujourd'hui parce que l'on goinfre la plus grosse part du gâteau et que même les miettes on se les partage. Si demain la terre explose, on n'a aucun souci à se faire: on aura notre place à bord des vaisseaux qui partira répandre les spores de la race humaine à travers l'univers . Regarde ce qui se passe avec les grand requins."

 Ces grands requins  dont il est ici question, ce sont les mégalodons, ces requins géants revenus, de façon inexplicable, longer les bords de  Gibraltar et de Port Saïd, Les  squales géants revenus des âges  se vengent des hommes  jusqu’au chaos.

Avec ce roman drôle, foutraque, ironique et tendre, Sébastien Gendron rit de notre société actuelle, qui est pourtant en train de tomber complètement à la renverse ( et encore il a écrit avant le coronavirus)

 Son roman, barré et endiablé,  ne ressemble à rien de connu. ou alors aux précédents romans de Gendron car plus que jamais , le romancier parle de notre époque- celui du Coronavirus où très vite la panique et la paranoia l'emporte  avec lucidité et désenchantement mais toujours avec le sourire. 

 Sébastien Gendron réussit l'exploit de nous faire rire d'une humanité à la dérive

Une lecture à apprécier au 15eme  degré mais salutaire pour trouver le recul nécessaire à notre crise sanitaire et économique actuelle 

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rédacteur Poyeto