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 SARAH MIKOVSKI est une jeune artiste lyonnaise qui a le vent en poupe. 

Son premier album Pôle Nord, qu’elle  devait  normalement présenter sur scène cet après midi du 22  mars,  sur les planches de la Comédie Odéon, avant que le Coronavirus ne vienne bouleverser les plans de tous les artistes, est sorti il y a un mois et on avait  à l'époque longuement dit tout le bien dont on en pensait 

A cette occasion, on avait également pris le temps d'échanger avec elle-  le rendez vous a pu se faire très facilement, entre lyonnais-  et Sarah avait pris la peine de répondre à toutes nos questions qu'on a pu se poser sur cet album.

Interview de la chanteuse

Sarah Mikovski, 

pour son premier album " Pôle Nord"

 

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Copyright : Arsene Marquis 

Baz'art : Avant la sortie de ce premier album Pôle Nord, tu avais enregistré trois EP. Concrètement,est-ce qu'un vrai album, cela change quelque chose pour toi, notamment en terme de pression d'avant sortie  ?

 Sarah Mikovski  : Disons qu'un EP, c'est une sorte de promesse, on dit à ceux qui vont l'écouter, "voilà ce dont je suis capable, voilà mes influences".

Un album, c'est 12 chansons, donc il faut trouver une unité, une cohérence entre les titres. C'est un vrai défi de composition et d'arrangement à tous les niveaux; c'est assez incomparable en fait .

 Mais tu sais, ce Pôle Nord, je ne le considère pas comme la consécration ultime qui viendrait courronner ma carrière, c'est une étape parmi d'autres, une qui pemet de montrer différentes facettes de ma personnalité, plus que je pouvais le faire dans mes EP où il y avait plus d'unité de tons..

 

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Baz'art : Tu as travaillé sur cet album, pour la première fois de ta carrière, avec Ivan Callot (NLDR:  fondateur des Fatals Picards), qui a réalisé tout l'album. Est-ce lui qui t'a ouvert à des sonorités urbaines qu'on ne trouvait pas forcément dans tes EP ?

  Sarah Mikovski  : Ah complètement, je lui dois beaucoup à ce niveau.

Je pense que j'avais déjà en moi ce germe dans certaines de mes chansons. J'avais par exemple déjà composé "Wiki how" au piano  avant de la proposer à Ivan pour l'arrangement et elle avait déjà ce côté un peu urbain, un peu r and b, mais c'est vrai qu' Ivan l'a encore plus poussé dans ces retranchements là.

J'avais déjà composé et écrit tous les morceaux de l'album avant qu'Ivan ne travaille dessus, mais son travail à la réalisation a vraiment donné une vraie couleur à l'album, et c'est sûr que cette couleur est plus "pop",  plus urbaine que ce que j'avais fait dans mes disques précédents.

  Baz'art : Comment s'est faite la rencontre avec Ivan et qu'est-ce qui a déclenché cette envie de travailler ensemble ? 

 Sarah Mikovski  : Au bout de la tournée que j'ai réalisé avec mon troisième EP, "ma vie en rose" , il me semblait assez logique que l'étape suivante allait être la réalisation d'un album.

J'ai rencontré ainsi plusieurs réalisateurs  pour proposer mes compositions et voir avec qui j'allais pouvoir travailler et avec Ivan, ce fut comme une évidence.

On a matché aussi bien humainement qu'artistiquement , si je peux dire.

Avant de travailler chaque jour sur l'album, on prenait une heure environ pour parler de grands sujets comme la politique , les clips qu'on voyaient ensemble, bref pour échanger sur tout et n'importe quoi.

Il y a vraiment eu une rencontre humaine formidable avant même la rencontre artistique.

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Copyright : Fabrice Buffard

Baz'art : Mais c'est avant tout son travail avec les Fatals Picards qui t'a aussi convaincu du bien fondé de travailler avec lui ?

 Sarah Mikovski  : Oui , bien sûr, cela a joué, mais pas seulement. Ivan est certes connu surtout comme fondateur des Fatals Picards mais ce n'est qu'une petite partie de ce qu'il est capable de faire, et d'ailleurs "Pôle Nord " ne ressemble pas vraiment aux disques des Fatals.

Ivan possède une culture  musicale et une palette artistique très riche  (il écoute énormément de musique, de plusieurs genres très différents) et je pense que le disque que l'on a fait ensemble démontre bien cet eclectisme et cette richesse musicale.

Sur scène, quand il m'accompagne sur les concerts qu'on a pu déjà fait pour promouvoir ce disque, Ivan s'occupe de la programmation des choeurs, de la guitare, et il m'est là encore d'un profond soutien;.

Tu sais, j'ai très souvent joué en solo et cela change vraiment- en positif- d'avoir quelqu'un qui joue avec toi..

Bref, si je veux résumer ma relation avec Ivan, j'ai tendance à dire que c'est ma véritable  "boite à outils" ( sourires), c'est un peu péjoratif certes, mais ca résume bien ce qu'il représente pour moi.

Baz'art : Il y a pratiquement 5 années qui se sont déroulées entre ton dernier EP et "Pôle Nord", pourquoi ce tel laps de temps avant la sortie de ce disque?

Sarah Mikovski  : Oh je ne me suis pas ennuyé, tu sais (sourires).. Au cours de ces  5 ans, j'ai surtout été beaucoup sur les routes en tournée. Au départ, je suis  avant tout une fille qui vient du live, c'est très important pour moi de chanter devant en public.. 

Je peux dire que je suis tout le temps en tournée ou presque, j'adore écumer les salles de la région lyonnaise en premier lieu, mais aussi de toute la France, c'est vraiment dans mon ADN ...

 Et puis j'ai changé de label aussi. Avant,  j'étais chez Neome ; le  label d'Amélie les 2 crayons,  maintenant je suis avec le label 440, ca a pris aussi un peu de temps de consolider cette nouvelle collaboration, mais j'en suis très fière. 

J'ai également eu la chance de faire une résidence d'artiste à Montbrison avec Clarika, une artiste que j'admire énormément, et qui a jeté un regard bienveillant sur mon disque  et m'a donné plein de conseils en terme de mise en scène du spectacle.

Bref, tout cela m'a bien occupé .  Même si ça m’a pris cinq ans pour pouvoir le faire, je ne me suis pas dit " ah enfin, je sors mon disque, je n'en pouvais plus d'attendre " (sourires) .

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Copyright : Arsene Marquis 

 Baz'art : J'ai lu quelque part que ce disque était pour toi celui de la réconciliation. Mais cette réconciliation, tu la situes à quel niveau :  réconcilation de tous les genres musicaux que tu aimes et que tu réunis enfin sur un même disque ou alors réconciliation avec ta propre personne, après avoir vdu lutter contre quelques démons intérieurs que tu n'hésites pas à évoquer sur certaines de tes chansons, je pense  notamment à des titres comme "L'alchimiste" ou "Cicatrices"?

 Sarah Mikovski  : Les deux mon capitaine (rires).  

Tu m'interrogeais, au début  de l'interview, sur l'intérêt de réaliser un album entier, par rapport à un EP et je te dirais que justement, le principal c'est bien de réussir à réconcilier toutes les facettes de moi-même, les facettes musicales et celles de ma personnalité.

Concernant mes facettes musicales , tu sais,  j'ai eu une formation musicale assez pousée  et assez " académique" si je peux dire ( NLDR : elle a été formée à la Maîtrise de la Loire, avant d’enchaîner au Conservatoire de Lyon, section Jazz vocal et chant lyrique) et c'est ce qui fait que je peux aller piocher des influences  aussi bien dans la musique classique que dans le jazz ou la funk. 

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Copyright : Arsene Marquis 

Baz'art : Et ce besoin de te réconcilier avec tes combats antérieurs plus personnels, c'était important aussi d'en parler sur ce disque? 

 Sarah Mikovski :  Oui, tout à fait... par exemple dans "Cicatrices " que je chante  en duo avec la géniale Karimouche,  je mets justement l'accent sur ses douleurs anciennes , un peu comme une volonté  d'écrire de façon catharsistique sur ces douleurs , je n'aurais pas aimé ne dévoiler que ma facette légère et enjouée sans montrer une partie de l'autre versant de ma personnalité, j'aurais eu l'impression de ne pas être totalement authentique sur ce coup là.

 Si ce disque s'appelle  "Pôle Nord",  alors qu'en général je suis plutôt reconnue comme étant une artiste solaire, aux textes et aux mélodies assez légères, c'est  pour dire qu'il n' y a pas que cela chez moi, ce que j'aime avant tout,  c'est de trouver l’équilibre entre gravité et légereté, entre rires et choses un peu plus sombres .

Pour moi, un disque-  mais c'est aussi le cas évidemment d'un concert- réussi doivent être une sorte  de cheminement  émotionnel,  provoquant chez le spectateur ou l'auditeur différents sentiments .

Baz'art : Quand tu t'attaques à un morceau, tu préfères commencer par le texte ou par la mélodie?

Sarah Mikovski  : La mélodie, toujours. C'est définitivement mon langage préféré,  depuis  même que j'ai commencé la musique.

Pour " Pôle Nord" , et là encore c'est certainement lié à cette formation classique et complète que j'ai pu suivre dans ma jeunesse, j'ai  certainement plus insisté sur la mélodie que sur l'écriture. 

Pour moi,  tout passe d'abord par la mélodie, c'est elle qui donne l'impulsion, qui crée le sentiment, c'est ce qui rend la personne qui écoute le morceau, soit heureux  soit plus mélancolique.

Le texte, selon moi, sert ensuite soit à appuyer ce sentiment, ou au contraire, comme j'ai bien aimé le faire sur certains des titres ici , comme "Cicatrices" ou "Désolés", de prendre le contre-pied  de la mélodie et de mettre des textes graves ou sombres sur une mélodie plus  enjouée.

J'aime bien me voir comme une sorte de "marionnettiste",  telle sorte que je façonne ma chanson comme on crée un personnage, lui rajouter ou lui enlever des oripeaux au fur et à mesure de la création et de mes collaborations, c'est très jubilatoire comme sensation. 

Baz'art : Avant même sa sortie, une chanson de l'album " Mon mec d'extrême droite" a beaucoup fait parler d'elle .. Comment as-tu vécu ce buzz un peu malgré toi? 

 Sarah Mikovski  : Tu sais, au départ,  ce morceau, c'était vraiment une  blague, à tout point de vue. C'est à l'origine une chanson qui vient de ma veine des caricatures, mais force est de constater qu'elle s'est vite heurtée à d’autres caricatures encore plus radicales à mon sens.

Les réactions que ce morceau a entrainé n'a pas duré plus d’un mois, ils ont assez rapidement trouvé un autre sujet, une autre victime j'imagine et je ne les ai plus interessés ..

Je l'ai vécu un peu comme un  épiphénomène , surtout avec le recul,  mais en même temps  c'était quand même un truc bien  violent, fulgurant un peu comme si javais été attaquée par un essaim d’abeille.

 Sincèrement, ce n’est pas la première chanson engagée qui traite de ce sujet,  mais je me demande quand même si la violence des réactions ne l'a pas été avant tout parce que le texte est porté par une femme, je pense  vraiment que, plus  encore que ma couleur de peau, c'est mon sexe qui a rendu mes détracteurs fous de rage.

Cette brutalité disproportionnée, ces propos nauséabonds, qui ont pu être écrits  par ces individus grâce à l'impunité que leur confère l'anonymat et le phénomène de collectif prouvent bien, si besoin était, cette  nécessité de continuer à proposer ce type de chanson .

Car si on peut tirer une conclusion de toute cette affaire , c'est que ce genre de réactions donne  encore plus de poids à l'existence d'une telle chanson.

Baz'art : Mais tu n'as pas été frustrée de voir qu'une chanson de ton album a été mise en avant, un peu au détriment des autres? 

 Sarah Mikovski   : Effectivement, cela m'a un peu dérangé qu'on ne parle que de cette chanson et pas vraiment des autres , mais la donne a quand même un peu changé ces dernières semaines .

Avec la sortie de l'album approchant (NDLR:  L'interview a été réalisée une semaine avant la sortie de l'album, soit le 4 février dernier) , j'ai constaté que le focus se met désormais sur d'autres morceaux , comme "Désolés", "Wiki Low", "les gars de mon quartier", "Pente Douce" et c'est sûr que je préfère cette période qu'en novembre dernier où tous les journalistes me contactaient pour me parler de ce morceau uniquement.

Même si je suis ravie d'avoir enregistré et diffusé "mon mec d'extrême droite" , que je ne regrette pas un seul instant de l'avoir inventé,  si on peut parler aussi de tous les autres morceaux de l'album, autant ne pas s'en priver, non? ( sourires) .

Baz'art : C'est ce qu'on va faire chère Sarah,  en insistant bien sur la grande diversité et la richesse mélodique de l'album en entier! Merci beaucoup à toi et longue vie à Pôle Nord !!