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 Le pitch de Donnybrook, un long métrage américain  de Tim Sutton, présenté l'an passé en compétition Sang Neuf au Festival de Beaune,  pourrait laisser penser, de prime abord,  à un film de baston un peu bourrin comme on avait tant dans les années 80/90 avec Jean Claude Van Damme ou Dolph Lundgren dans les rôles principaux ("Kickboxer," "Bloodsport," cela parle à quelqu'un ?) .

Jugez plutôt :  le DonnyBrook en question est le nom d'un tournoi où s'affrontent  à poings nus et dans des cages bien fermées,  des têtes brulées dont un seul sortira vainqueur et remportera l'importante dotation mise en jeu.

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Mais quelques minutes de film suffisent à nous rassurer, s'il est bien question de combats humains illégaux,   on est plus dans l'ambiance de films récents comme  Les Brasiers de la colère,  ou De rouille et d’os, où l'action et les scènes de gros bras sont largement secondaires par rapport à la peinture de vrais margineux de l'Amérique profonde et rurale (on est ici dans l'Indiana, un pays particulièrement sauvage et économiquement dévasté).

Adapté d'un roman du même nom de Frank Bill, Donnybrook est une sorte de western moderne,  sordide,  cru et percutant. 

Les personnages  qui peuplent ce récit concentrent tout ce que l'Amérique profonde a de plus déviant et  de plus déglingué à la manière de films comme Joe  de Tye Sheridan ou Mud de Jeff Nichols .

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Suivant plusieurs personnages en alternance, Donnybrook est une oeuvre chorale qui suit la destinée de ces hors-la-loi qui vont les amener à se retrouver tous dans ce tournoi sans foi ni loi.

Toutes ces gueules cassées et ces oubliés de l'Amérique des laissés pour compte ne sont pas forcément tous d'un même intérêt pour le spectateur et le réalisateur Tim Sutton a parfois quelques difficultés à donner du liant à ces différentes parties, et l'ensemble est trop bancal et inabouti pour convaincre totalement.

Mais Donnybrook présente quand même pas mal d'attraits, dans son portrait sans fard d'une Amérique qui ne laisse aucun cadeau à ceux qui ne sont pas nés sous une bonne étoile, comme dirait Iam (euh, ça parle aussi à quelqu'un?)  et qui ont abandonné depuis longtemps un semblant de valeur morale. 


Le soin apporté au travail crépusculaire sur la lumière-  que l'on doit au directeur de la photographie David Ungaro- est une autre qualité à mettre au crédit du film de Sutton.

Ce sordide Donnybrook vaut également et surtout par son casting attractif et réussi. 

Parmi eux, on notera la performance assez solide de Frank Grillo  qui interpréte avec pas mal de subtilité  une brute pourtant bien épaisse   accroc à la méthamphétamine tandis que, dans le rôle de sa jeune soeur (Margaret Qualley, aussi radieuse que brillante comédienne) imprime totalement l'écran.

Et en tête de ce casting, Jamie Bell , la jeune découverte de  Billy Elliott et le Tintin pour Steven Spielberg  détonne vraiment (après une performance déjà saissisante  en nazi repenti dans le Skin de  Guy Nativ) dans le rôle de Jarhead, intense et sobre en père de famille prêt à tout pour défendre les siens et à tenter d'approcher le Graal...

Les laissés pour compte de l'Amérique de Trump cherchent à gagner de largent facilement, mais y parviendront ils? Voyez cet inédit "Donnybrook" , vraie nouveauté dans cette immense période de vaches maigres cinématographiques, pour avoir une réponse. 

Alors que  si la sortie en Blu-ray et DVD de Donnybrook est repoussée en raison des événements récents, le film sortira en exclusivité ce mercredi 25 mars sur toutes les plateformes VOD.