livre sarah

 

 "J’ai vomi tous les souvenirs et j ‘ai vomi toutes les choses qui me passaient par la tête. J’ai vomi des baisers et de l’amour. J’ai vomi son odeur de cigarette et de chewing-gum goût tropical."

Scott et  Sarah se sont connus, se sont reconnus, se sont perdus de vue, se sont retrouvés, ont fait deux enfants, puis se sont séparés…

Anatomie du couple, chronique d’une séparation, journal mélancolique forcément égocentrique et tourmenté. Un professeur d’université, écrivain et poète dilettante raconte son douloureux divorce. Thème battu et rebattu depuis que la littérature existe, c’est dire si l’exercice est périlleux. Et pourtant Scott McClanahan réussit une autofiction, nombriliste et poétique de très haut niveau. 

 "Et puis la vieille baby-sitter a demandé : « Alors comment ça va la vie, qu’est-ce que tu fais de beau ? »

Sarah a souri : «  Oh pas grand-chose. Là je vais divorcer. » Et puis Sarah a ri et puis j’ai ri aussi. La baby-sitter est restée bouche bée, mais ensuite elle s’est mise à rire elle aussi. Sarah m’a montré du doigt et elle a dit : « Je vais peut-être pas bien, mais au moins je vais toujours mieux que lui. Il n’arrête pas de me menacer de se suicider et je crois qu’il rigole pas. » L’ancienne baby-sitter ne savais pas quoi dire. Sarah et moi on trouvait que c’était une conversation normale vu les circonstances et j’ai fait oui de la tête et j’ai souri parce que c’était vrai. Alors  la baby-sitter a dit à Sarah qu’elle était contente de l’avoir vue et elle a filé. »

« Je suis sûr qu’un bouddhiste quelque part est en train de dire : « Toute douleur vient de notre désir pour les choses matérielles et de l’illusion que ces choses nous appartiennent, mais rien dans cette vie  ne nous appartient vraiment. » Alors voilà ce que je dis au bouddhiste : «  VA TE FAIRE ENCULER LE BOUDDISTE. » 

Le romancier nous embarque dans une comédie romantique alcoolisée et masturbatoire. Certes Scott McClanahan le narrateur se roule, avec une belle complaisance,  dans l’auto-apitoiement, mais il le fait avec un humour et une distance qui arrachent des larmes et des rires. Russel Banks, Charles Dickens ou Yasujiro Ozu font une discrète apparition et le lecteur placé à une distance respectable assiste à un stand-up littéraire aux punchlines mordantes ou tendres sur cette chose sainte et sublime : l’union d’un homme et d’une femme,  ces deux êtres  si imparfaits et si affreux…( surtout l’homme ).

 Le roman juif newyorkais de type  Philip Roth n’avait plus de secret pour nous, avec « Le livre de Sarah » nous faisons connaissance avec la littérature Irlandaise des Appalaches, un livre plein de douleur et d’humour,  un drôle de mélange et une sacrée découverte.

 

 

 

Scott McClanahan – Le livre de Sarah

Éditions de l’Olivier,
trad, Théophile Sersiron,
240 pages.