Baz'art  : Des films, des livres...
20 avril 2020

Rencontre musique : notre interview d'Antoine Elie, révélation pop de 2019.. et 2020!

On continue notre lancée d'interviews d'artistes confinés avec des auteurs compositeurs dont on aime particulièrement le travail. 

Pour celui de ce début de semaine, on a eu envie d'échanger longuement avec le formidable Antoine Elie qui, depuis deux ans maintenant,  affole tous les compteurs

Un Antoine Elie qu'on était allés applaudir quelques semaines avant le confinement en concert à Lyon. 

Et un Antoine particulièrement détendu et très à l'aise qui nous a donné ses impressions d'artiste confiné... 

interview Antoine Elie

  Baz'art : Bonjour Antoine…Permets moi de te dire en préambule que finalement, j'aime pas mal cette période de confinement car cela me permet de discuter avec un tas d'artistes musicaux que j'aime beaucoup. Assurément, tu es en première ligne de ceux-là, tant ton premier album m'a complètement scotché à sa sortie l'an passé. Mais toi, le confinement, tu le vis comment? Tu venais de te produire à la Cigale début mars, et ton album ressortait dans une édition "Prélude". Bref, tu étais en pleine bourre, tu n'as pas un peu le sentiment d'être stoppé en plein vol, quand même ?

Antoine Elie : Tout d'abord, je vais te retourner le compliment, c’est une période que je trouve pas si mal non plus,  vu que cela me permet aussi de discuter avec quelqu'un qui me fait plein de compliments très sympas (rires)...

Blague à part, tu sais, je ne suis pas quelqu'un qui me projette beaucoup dans l'avenir, mon équipe me le reproche souvent d'ailleurs, seul-ou presque- compte à mes yeux l'instant présent.

Donc après ce concert à la Cigale, qui était en effet un très chouette moment, je n'avais pas forcément fait un tas de plans sur la comète, je continuais à faire mes trucs et à me dire qu'on prend les étapes les unes après les autres...

Je suis aussi quelqu'un d'assez casanier, je joue souvent de la gratte chez moi, là, j'en fais juste un peu plus que d'habitude.

Surtout j'essaie de faire partager mes petites reprises environ tous les deux jours à tous ceux qui veulent bien aller voir du côté de ma page Instagram.

Bien sûr, j'ai pas mal de dates qui ont dû être reportées, c'est vraiment dommage car j'avais très envie d'aller défendre mes chansons sur scène dans toute la France, donc l'équipe essaie de toutes les reporter. 

Je crois qu'ils y arrivent bien,  dans l'ensemble. Je suis cela d'un peu de loin, j'ai une équipe formidable qui gère le marketing et la tournée; je ne mets pas forcément trop le nez dedans.

Et puis si tu regardes certaines projections de gens de l'OMS,  tu lis parfois qu'on pourra plus donner de concerts avant 2021, ça donne à réfléchir et à prendre un peu de recul sur la question, quand même..

Baz'art : J'avais vu quelque part que tu as un rapport au temps assez particulier, tu as par exemple un peu de  mal à situer clairement les dates et les époques. Dis moi, cela ne doit pas s'arranger là, avec ce côté " un jour sans fin" permanent, non ?

Antoine Elie : Ahah... En fait, ce qui est amusant, c'est que c'est un peu le contraire depuis le confinement...

Je m'oblige un peu à structurer, à poser et compter les jours, notamment par rapport aux morceaux que je mets sur Instagram, ce qui fait que j'ai légèrement plus de repères que d’habitude. (Rires)..

Enfin, je sens que ca va pas durer, ca va finir par rapidement me saouler de compter les jours, je pense, le naturel revient au galop ( rires)...

Baz'art : Par rapport aux choix des covers que tu proposes à tes fans tous les deux jours sur ton compte Instagram, qu'est-ce qui détermine ta sélection ? Ce sont de très beaux morceaux ("Tears in Heaven" de Clapton, "Répondez-moi" de Cabrel, mais aussi du Léo Ferré, du Tom Waits, Bille Holliday, Balavoine) mais pas forcément très légers dans l'esprit...Tu es sûr que tu le vis si bien que cela, ce confinement, cher Antoine ?

Antoine Elie : (Rires) Ah ça y est, tu m'as percé à jour, je suis un gros dépressif qui ne l'assume pas . 

Non, plus sérieusement, le choix se fait vraiment avec l'humeur du jour, je ne reprends que des titres que j'ai très envie de jouer et que j'ai envie de faire découvrir ou redécouvrir aux internautes.

Cela étant, dans mon appartement confiné, je n'ai que la gratte comme instrument pour m'accompagner. 

Inconsciemment, ça me renvoie sans doute un peu à la période de ma prime jeunesse où je faisais des morceaux guitares voix et là pour le coup j'étais quand même un type bien dépressif (rires)

Bref, peut être que sans le vouloir, ce format "guitare voix " appelle certainement une tonalité de morceaux avec pas mal de spleen dedans.

Après franchement,  mes reprises sur Instagram, c'est vraiment du spontané, quasi de l’expérimental. Je n'ai pas un matos suffisamment costaud pour me lancer dans un truc vraiment pro.

 J’ai tenté récemment deux concerts virtuels en live - des apéros Bla Bla concerts comme je les appelle-, c'était chouette, mais c'est encore à l'état d'ébauche, j'ai même oublié de les enregistrer, c'est dire mon niveau d'amateurisme (rires)..

Baz'art : Les covers, tu leur dois une fière chandelle, quand même. C’est l'une d'entre elles qui a beaucoup compté pour toi et qui a un peu permis de changer ton style musical, d'après ce que j'ai compris, non ? 

Antoine Elie : Oui tu as tout à fait  raison.  Il y a quelques années, j’avais posté une reprise du rappeur SCH en ligne, "Fusil" et cette cover a pas mal marché par rapport aux autres.

C'est à ce moment que  Jean Christophe Bourgeois, le directeur artistique de Sony Publishing, m'a alors poussé à aller dans cette direction pour mes propres compositions. Dans la foulée, j'ai ainsi écrit " Je réponds pas" qui a commencé à affiner mon style à venir .

J’étais  très porté sur la chanson à l’ancienne, guitare-voix. avant que Jean Christophe me fasse réaliser ce qui me plaisait dans le rap à ce moment-là et d’essayer de l’adapter à ce que je fais.

Il y a une liberté dans l’écriture, une volonté de chercher à égratigner avec les mots qui sans doute me transcende plus. 

En plus, avec mes réalisateurs et co-compositeurs Luke et Swing, on a vraiment cherché à continuer dans  cette voie-là, en allant vers des productions très urbaines, on a passé une grande période à expérimenter, à produire des dizaines et des dizaines de sons qui pouvaient alimenter un phrasé plus parlé que chanté.

Baz'art : Mais justement, dans ta période de chansons à l'ancienne, plus « variété » on va dire, tu as quand même écrit et composé "La Rose et l'armure" qui fait partie de ton premier album, et qui, avec sans doute « Nous Liés », dépareillent un peu du reste de ta discographie. Est-ce que tu assumes encore ce morceau au fond de toi. Quand tu vois que "la Rose et l'armure" est de loin le titre qui a rencontré le plus de succès avec 4. 8 millions de vues, tu ne trouves pas que cela cache un peu le reste de ta discographie?

Antoine Elie :  Oui oui, je l'assume totalement ce titre. Tu sais, " la rose et l'armure" me suit depuis si longtemps qu'à la limite j'ai l'impression que le titre m'a un peu échappé, quand je la chante j'ai l'impression que ce n'est pas moi qui l'ai écrite, c'est bizarre.

Je sens très fort quelque-chose y résonner quand je les chante, entre moi et le public.

Il y a quelque-chose qui parle dans ces chansons et qui n’est pas qu’à moi. Le seul truc qui m'ennuie cependant, c'est quand la personne qui adore ce titre ne va pas écouter que celui-ci et ne prend pas la peine d'aller voir ce que j'ai fait à coté...

Baz'art : Et d'ailleurs, ce morceau, tu l'as revisité ce morceau dans une toute nouvelle version, plus urbaine, présente en dernière piste de la réédition de ton disque...c'est l’un des 5 nouveaux titres de la réédition de l’album (Roi du silence, prélude) sorti en Janvier 2020. A ce propos, j'ai une question de candide : pourquoi l'intituler "prélude", alors qu'il vient après ton premier album, c'est pas méga logique, non? ?

Antoine Elie : Ah, le mot "prélude"  fait évidemment référence  à ce genre de compositions que les musiciens classiques affectionnaient et plus particulièrement au Prélude 4 de Chopin qui est présent dans le titre Laura.  Après,  je trouvais pas mal l'idée d'accoler le terme prélude à celui de "roi du silence" car c'est assez antinomique et j'aime bien ce type d'oxymore.

Dans la tradition de la musique classique, on dit que le prélude est une sorte de parcours personnel qui ne peut être déchiffré qu’après des écoutes successives.

J aime un peu cette idée avec mes titres et mes textes qu'il faut plusieurs écoutes pour les saisir totalement...

 Baz'art : à quel moment as-tu créé ces 5 titres supplémentaires, étaient-ce des morceaux qui devaient faire partie de ton album et qui avaient été mis de côté au moment du tri final ?

Antoine Elie : C'est vrai qu'on avait trié pas mal pour l'album, on avait dû composer environ 50 titres  pour n'en conserver que 13. Mais sache que tous ces morceaux sont dans un tiroir et ne sont pas prêts d'en ressortir (rires).

Pour cette réédition, on n'allait pas ressortir du réchauffé, donc on n'a mis que des nouveautés crées après la sortie du l'album et même là d'ailleurs, on a encore pas mal trié, et d'autres titres sont morts nés...

Ce premier album, j’en suis vraiment fier et en même temps, j'avais l'impression d'avoir endossé pour lui le rôle de père et de devoir à un moment le laisser un peu vivre sa vie.

Histoire de le retenir un peu encore, je me suis dit que ça serait pas mal de lui créer quelques petits frangins (rires) ..

Mais en même temps, je ne voulais surtout pas donner l'impression d'une redite, donc ces nouveaux titres apportent quelque chose d'un peu nouveau, histoire de dévoiler une  facette un peu différente de mon univers.

Par exemple un titre comme "Lonesome Pelo" , qui pourrait faire penser à d'autres morceaux que j'ai fait sur les pulsions sacrificielles, celles que j'aime bien gratter au fond de moi, j'ai moins gratté sur le côté doloriste, et j'ai voulu faire quelque chose de plus solaire sur ce thème .

Baz'art Oui,ca marche vraiment bien, j'adore ce titre. Justement, au niveau de tes textes, qui sont effectivement souvent bien noirs, est-ce que tu as besoin d'être dans un état d'esprit bien dark pour les écrire? Autrement dit, tu crois à la dimension cathartique de l’écriture ou tu préfères attendre que la pression retombe et d'avoir le recul et la distance nécessaire pour les concevoir ?

 Antoine Elie : Ah c'est une bonne question et j'avoue que je n'ai toujours pas trouvé la réponse, cela dépend des périodes en fait...

Quand je me pose derrière ma page blanche, la plupart du temps, je n'ai pas vraiment d'idée précise sur où je vais aller.

Si je commence à composer sur ma gratte ou mon piano, je vais alors laisser l'harmonie du morceau me bercer jusqu'à c'que je m'y immerge totalement et c'est vrai que les mots ont souvent un pouvoir libérateur sur moi.

Alors c'est vrai que parfois, j'ai tendance à sortir en moi mes démons, quitte à insister un peu de façon plus ou moins naturelle (rires) car je sais que cela donne souvent quelque chose de plus efficace que si j'ai trop de recul ou dans un état d'esprit trop serein.

C'est un peu comme un état de transe, tu sais. Quand je relis ce que j'ai écrit plus tard, j'ai eu comme l'impression que c'est quelqu'un d'autre, à l'intérieur, qui a parlé, c'est très étrange comme sensation.. 

 C'est assez déstabilisant et en même temps j'essaie de m'intéresser surtout à la musicalité des mots plutôt que leur sens primaire, je n'aime pas trop les morceaux à un seul degrés de lecture, ça ne m'intéresse pas trop en tant qu'auditeur et encore moins en auteur compositeur du morceau .

Baz'art : C'est peut-être ce qui t'est arrivé avec un autre morceau du Prélude, "Paradis", morceau où l'on entend le sample "Stand on the World" du groupe Keedz (2011). C'est un titre très dansant avec des paroles qui parlent d'au-delà, un mélange des genres que tu affectionnes particulièrement, non ? 

Antoine Elie :   En fait, comme à l'origine, le  titre  de Keedz est très religieux, j'avais pour consigne de ne pas dire de gros mots comme j'ai tendance à le faire sur certains morceaux, c'est cela qui a été un peu dur avec mon écriture à fleur de peau, on va dire  (rires).

En même temps, la dimension spirituelle du texte était évidente à saisir.  J'ai voulu ainsi broder autour de ce morceau une histoire de deuil, de douleur et d'acceptation. Cela me plaisait beaucoup de poser des textes très sombres sur la mort de quelqu'un avec ce tempo très danse.

J’aime bien l'idée que dans un premier temps, mes titres donnent envie de bouger et que dès qu'on l'écoute un peu plus attentivement on s'aperçoit que j'y dis des trucs un peu graves...

En même temps, je n'aime pas forcément me lancer dans de trop longues explications de texte, car j'aime l'idée que les écrits résonnent différemment en fonction de l’écoute et de celui qui les reçois.

Baz'art :"Paradis", c'est aussi ton nouveau clip et d’ailleurs  pour le faire, tu as eu une idée sympa et très adaptée à la situation, non? 

Antoine Elie : En fait,  sur Paradis, qui est le nouveau single de cette réédition, j'avais prévu de réaliser un clip mais comme on peut pas sortir, on fait avec les moyens du bord,.

Ainsi, une internaute a d'abord imaginé une lyric vidéo  animée qu'on a pas mal relayé.

Là , l'étape suivante c'est de faire un clip interactif autour du morceau : tous les followers de mon compte Insta ont pu se filmer en train de chanter sur le morceau,.

On va essayer de les prendre tous et de faire un petit collage pour qu'ils soient présents dans le clip, c'est un challenge assez sympa, contraint un peu par le confinement, sur lequel on est en train de bosser assez activement, mon équipe et moi-même ..

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Baz'art : En parlant de réseaux sociaux, tu as de plus en plus de monde qui te suit. Est-ce lié à la première partie de Sting que tu as fait l'an dernier dans les Zenith ?

Antoine Elie :  Ah non, pas du tout. Figure-toi, j'ai été très surpris mais le public de Sting n'est pas très présent sur les réseaux sociaux, ce n’est vraiment pas leur truc en fait.

Après, cette expérience fut vraiment géniale j'en garde forcément un souvenir très ému., écouter des coulisses un artiste comme Sting, ce n'est pas rien quand même !

Non niveau réseaux sociaux, c'est plus quand jai fait la première partie du groupe Kyo- j'adore Benoit, le leader du groupe avec qui je suis devenu bien pote- que ça m'aidé à élargir ma fan base.

Là pour le coup le fan de Kyo est très présent sur Insta.  J'ai récupéré pas mal de leurs fans, et peut etre qu'ils en ont eu un peu des miens aussi, va savoir (rires)...

Baz'art : Mais oui bien sûr, ca marche dans les deux sens..merci beaucoup Antoine pour ces réponses et très bonne poursuite du confinement sur Instagram alors si j'ai bien compris (rires) .. 

 Un grand merci à Polydor, à Nina et à Antoine Elie pour la tenue de cet entretien 

 © 2018 Polydor. Tous droits réservés.

 

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