disent

« Mariche explose. Elle accuse Ona d’être une rêveuse.

Nous sommes des femmes sans voix, répond Ona avec calme. Nous sommes des femmes en dehors du temps et de l’espace, privées de la langue du pays dans lequel nous vivons. Nous sommes des mennonites apatrides. Nous n’avons nulle part où aller. Les animaux de Molotschna sont plus en sécurité que les femmes dans leurs foyers. Nous, femmes, avons toutes des rêves donc, oui, bien sûr, nous sommes des rêveuses. »

 

Vivant dans les préceptes de l’Ancien Testament, dans la crainte de Dieu et du Diable, les Mennonites espèrent le paradis et redoutent l’enfer. En communauté loin du monde moderne, ils parlent le bas-allemand, une langue qu’eux seuls comprennent.

Le quotidien est géré par les hommes qui travaillent dur aux champs, les femmes toutes illettrées s’occupent de la maison sans aucun contact avec l’extérieur. Les enfants vont à l’école jusqu’à douze ans où ils étudient des textes religieux. Une société bloquée au XIXème siècle, loin des vices et de la corruption du monde moderne ?

Pourtant dans cette communauté mennonite Bolivienne, entre 2005 et 2009, de nombreuses femmes âgées de trois (oui vous avez bien lu) à soixante-cinq ans ont été victimes de viols à répétitions pendant leur sommeil. Des hommes, après les avoir droguées avec un anesthésiant pour chevaux, les battaient et les violaient durant la nuit. Au matin les victimes  se réveillaient le corps en sang et couvertes de bleus, sans aucun souvenir.

Pour les mennonites, les femmes sont une sorte de chainon manquant entre l’homme et l’animal, soit les victimes mentent pour masquer leurs turpitudes, soit elles sont victimes des attaques de Satan qui les puni de leurs pêchés. Lorsque les bourreaux seront reconnus par une femme qui se réveille en plein viol, une question se pose alors, les mennonites peuvent-ils reconnaitre la justice des hommes ?


« Salomé poursuit : Et quand nos hommes nous ont usées jusqu’à la corde, quand ils ont fait de nous des femmes qui, à trente ans, ont l’air d’en avoir soixante, des femmes avec un utérus qui, littéralement, menace de tomber sur le sol immaculé de notre cuisine, des femmes finies, ils se tournent vers nos filles. Et s’ils pouvaient nous vendre à l’encan ils le feraient sans hésiter. »

 Elles sont huit femmes, dans un fenil, cachées du regard des hommes, elles ont quarante-huit heures pour décider de leur avenir. Se venger est un passeport pour l’enfer, pardonner serait un accès direct pour le paradis.

« Ceux qu’elles disent » est un livre rare, un précipité philosophique sur des vies contrôlées par la peur. Une conversation profonde sur  la culpabilité, la résilience et le possible pardon. Que peut l’innocence face à la barbarie ordinaire et institutionnelle ?

Miriam Toews, qui connait parfaitement ces femmes, leur donnent la parole pour la première fois de leur vie dans un roman bouleversant. Une lecture qui marque.

 

 

 

 

Ce qu’elles disent           Miriam Toews