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« Ecrire un fait divers, c’est partir sans à priori et rendre à chacun sa part de vérité. La pire des crapules a droit au doute et à l’explication, non pour minimiser ses actes mais pour qu’il ne soit pas le seul à endosser toute la responsabilité de ce qui s’est passé. Qu’on le veuille ou non, le fait divers est une œuvre collective signée du patronyme de la société : elle seule pousse certains plus loin que d’autres. Sans elle, le fait divers n’existerait pas. Un jour, un homme ou une femme dévie de la route, et trouve la conclusion de sa part de vérité dans le meurtre d’une autre personne. Il ou elle devra endosser toutes les responsabilités. Il y a un avant et un après, et un contexte. »

Le 24 septembre 1995, dans une petite ville du Var, un adolescent de seize ans abat froidement douze personnes. La veille au soir, il avait tué sa mère, son beau-père et son demi-frère avec une carabine 22 long rifle. Qui était Éric Borel ? Un enfant non désiré et mal aimé ? Un adolescent en perte de repère ?

Un sociopathe dévasté par une bouffée délirante ? Et comment un des faits divers les plus sanglants de cette fin de XXème siècle, une tuerie de masse si rare en Europe, a-t-il pu tomber dans l’oubli ? Pourquoi la presse locale et nationale après avoir couvert le drame durant une semaine s’en désintéresse-t-elle ?

  Très loin d’une malsaine curiosité, c’est en écrivain plus qu’en journaliste que Bruno Masi rouvre le dossier de la tuerie de Cuers. Le romancier connait bien la région, au moment du drame il était étudiant à Toulon. Depuis 25 ans il n’a pu oublier  l’impact que cette tragédie avait eu sur la jeunesse toulonnaise.

En redonnant vie, le temps de quelques pages, aux personnes qui ont eu le terrible destin de croiser un jour la route d’un jeune homme au cœur brulé, Masi tente d’expliquer l’inexplicable. Entre Truman Capote et Emmanuel Carrère, il a trouvé sa place.  

 


Bruno Masi 8 Kilomètres JC Lattès, 320 pp., 19 €.