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 Depuis le début du confinement, la boite de production et de distribution "La Vingt-Cinquième Heure"  a lancé une opération singulière et particulièrement bienvenue pour les cinéphiles en manque de salles obscures. 

Jugez en plutôt vous même : ils ont initié un dispositif de séances virtuelles, accessibles aux spectateurs géolocalisés autour des cinémas qui s’étaient engagés à le programmer, ainsi que des avant premières virtuelles suivies d'un débat dans certains cinémas de France pour des spectateurs là aussi géolocalisés.

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Ainsi, après avoir réussi son coup avec le documentaire Les Grands Voisins, la cité rêvée de Bastien Simon, on a pu tenter cette expérience lundi dernier avec le documentaire « Mon nom est clitoris » distribué par la maison et  programmé en avant première avant une sortie en e cinema virtuel à partir du 17 juin, en partenariat avec Sens Critique.  

Réalisé par deux jeunes réalisatrices franco belges  Lisa Billuart-Monet & Daphné Leblond,  qui se sont rencontrées dans leur école de cinéma, "Mon nom est clitoris"- au titre aussi frontal que son sujet- a été réalisé en 2016,soit avant l'explosion Me Too, mais  il ne sort que sur les (e) écrans hexagonaux qu'en 2020;  ce qui tendrait à prouver que le sujet de la sexualité étant toujours aussi tabou pour les financeurs éventuels.

 

Cela on le ressent aussi à travers les propos des  12 jeunes femmes interogées à visage découvert- c'était une des conditions imposées par les réalisatrices, agacées de voir des reportages sur la sexualité où les intervenantes apparaissent  floutées.

Ces jeunes femmes nous livrent ainsi  alors des réflexions affranchies des convenances  et des tabous qui fait un bien fou à entendre.

Les deux réalisatrices, nées dans les années 90  ont fait le choix d’aborder cette question, par le biais de leur caméra, avec des femmes de leur génération, souvent des amies, parfois des amies d'amies.

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Le titre du film renvoie un peu à la pièce culte le "Monologue du vagin" d'Eve Ansler. Il faut dire que la démarche des  deux jeunes cinéastes se rapproche de celle de la dramaturge américaine, qui, à partir du témoignage sans tabou de 200 femmes sur la part la plus intime de leur identité sexuelle,  avait eu envie de faire parler les femmes de leur « vagin » mais surtout de la manière dont elles se le représentent, comment elles l'ont « découvert » et de la liberté qui leur est laissée d'en user et de l'assumer...

 

Dans "mon nom est clitoris", on retrouve, avec le discours de toutes ces jeunes femmes,  ce  même désir de parler en liberté  sans qu'on les juge, mais non sans une certaine pudeur de leurs premières expériences sexuelles, leurs prises de conscience de divers mécanismes sociaux, et de  leur envie de changer le monde.-

Le film  propose un dialogue sur la sexualité féminine débarassé de toute contraintes, morale ou sociétales.

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 L'ensemble de ces jeunes femmes interrogées forme ainsi un panel représentatif- hétérosexuel ou homosexuel- de cette génération qui questionne les normes et les injonctions auxquelles elle a été confrontée en grandissant avec internet, un mode de communication radicalement nouveau qui a bouleversé le paysage sexuel de façon conséquente.

Ces mots sincères que partagent ces femmes sur leur sexualité afin de défendre le droit à une éducation sexuelle loin de celle pronée par l'éducation nationale- en France et visiblement en Belgique aussi,  d'après ce que les jeunes réalisatrices ont confié à l'issue de la projection- pourront facilement trouver un écho dans chacun de nous, femmes ou hommes.

Il faut dire que le film aborde notamment de façon frontale et intelligence certaines questions importantes, notamment le fait que le plaisir sexuel, sinon l'orgasme,  ne passe  pas forcément- souvent?   par pénétration.

Plus globalement le documentaire insiste avec intelligence sur le fait qu'l n’existe pas une sexualité unique ni une manière linéaire pour avoir du plaisir mais bien des sexualités et des multiples plaisirs.

Bref, à écouter ces jeunes filles asséner des choses qui pourraient nous sembler évidentes et qui renvoient à des revendications de féministes des années 60/70,  on se dit qu'il reste encore quelques étapes à franchir pour que  l’égalité des sexes revendiquée depuis les mouvements féministes d'après guerre soit devenu une banalité.

Ce n'est pas le moindre des mérites de cet excellent documentaire de nous rappeller que malheureusement c'est loin d'être le cas.

 Lire l'interview  dans l'excellent site Raccords de l'une des réalisatrices Daphné Leblond pour en savoir plus sur le projet .

 
MON NOM EST CLITORIS
Un film 

Mon nom est clitoris - Bande annonce from La Vingt-Cinquième Heure on Vimeo.

SORTIE NATIONALE LE 17 JUIN EN CINÉMA VIRTUEL

D'autres projections en avant première en séances virtuelles sont disponibles ici comme Mercredi prochain au comoedia  avec le film mexicain " Luciernagas".