jetez moi chiens

 « M. Wolphram aurait pu être un pervers ordinaire amateur de porno, mais voilà qu’il se révèle un pervers pornophobe, un ennemi de la chair, asexué et insensible. Quand l’innocence est aussi louche, on n’a que faire de la culpabilité »

  Un duo de policiers anglais  sont chargés d’enquêter sur l’assassinat d’une jeune  femme, Zelie Dyer dont le corps est retrouvé le jour de Noël.

La culpabilité du suspect qu’ils ont sous la main, M. Wolphram, un voisin et  professeur étrange dont les moeurs sont désavoués de tous semble tellement évidente...

Sauf pour le policier, narrateur de l'histoire qui cherche à comprendrepourquoi tout n'est pas aussi simple et ce qui se cache derrière l'énigmatique M Wolphram.

Bien plus qu'un polar classique auquel le résumé pourrait faire penser, le second roman de l'anglais Patrick McGuinness sonde le phénomène du lynchage médiatique qui semble devenu un sport national autant outre Manche que chez nous et donne une image des médias, prompte à juger et à s'emballer sans pousser plus loin, une image assez terrifiante.  

Désavoué par ses voisins, ses  collègues  ses élèves, tout le monde semble s'unir autour de cette cause: faire d'un suspect de crime un accusé idéal ..

"Malgré les tonnes de fer et d’acier, le pont a la finesse de la dentelle et ses câbles sont tendus comme les cordes d’une harpe. Parfois, lorsque le vent les pince, on croirait entendre un chant. C’est le chant de l’air, qui est le bruit de la chute. Le garçon se dit qu’il aimerait l’écouter jusqu’à la fin, il se dit qu’il aimerait une longue, longue chute pour l’entendre indéfiniment, sans jamais atteindre le sol."

Ce cruel portrait d' une Angleterre livrée aux tabloïds et aux réseaux sociaux , prête à faire d'un simple quidam un peu marginal un monstre jeté en pature de l'opinion publique, le roman de Patrick Mc Guiness fait froid dans le dos.

Mais portée par la plume mélancolique et très grâcieuse de l'auteur- et la très belle traduction de Karine Lalechère  , "Jetez moi aux chiens" est une oeuvre douce amère qui dit beaucoup des blessures de l'adolescence et des marques indélibiles qu'elle laisse sur les hommes même à l'âge adute..

Une très belle lecture ! 

« Jetez-moi aux chiens » (Throw Me to the Wolves), de Patrick McGuinness, traduit de l’anglais par Karine Lalechère, Grasset, 382 p., 23 €.