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On le sait depuis jeudi dernier, les salles de cinéma rouvriront dans moins de trois semaines, soit le 22 juin prochain dans toute la France.  

De fait, plusieurs films sont d'ores et déjà dans les starting-blocks pour une sortie ce jour qui tombe un lundi- alors que le jour de sortie est traditionnellement le mercredi.

Dans la liste des films à l'affiche, un panachage de longs métrages sacrifiés du début mars et qui étaient encore en exploitation dans les salles au moment du confinement  comme : «La Bonne épouse» de Martin Provost et une alternance avec des longs métrages qui devaient sortir durant le confinement  comme :«Filles de joie» de Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich.

Deux films sur lesquels on veut mettre le focus dessus car ils s'inscrivent tous deux dans la nécessaire et récente libération de la parole féminine, avec les revendications sociétales qui l'accompagnent : 

1/«La Bonne épouse» 

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 Sorti juste avant le confinement "La bonne épouse" semblait bien partie pour donner des couleurs au cinéma Français avec + de 200 000 entrées en 4 jours 

Riche idée du distributeur de ressortir le film à la réouverture des salles tant le film est un vrai petit bijou plein d humour et un récit démancipation féminine qui fait du bien et qu'un large public devrait savourer..

Dirigée par M. et Mme Van Der Beck (François Berléand et Juliette Binoche), l’école entretient un certain prestige en accueillant ses élèves dans une sorte de maison de maître en pleine campagne, avec un intérieur assez luxueux pour la principale salle de cours. 

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Martin Provost,  qui a souvent abordé l'angle de lémancipation féminine  (Le Ventre de Juliette, Séraphine, Où va la nuit, Violette, Sage femme)) n'était encore jamais allé dans la  comédie pure. 

 Après quelques déceptions et un récent  sage femme bien trop sage,  il retrouve ici tout son éclat avec  cette plongée dans les  écoles ménagères avec mai 68 et l’émancipation de la femme de son rôle d’épouse soumise.

Cette comédie pleine d’énergie salutaire, et de légereté bienvenue  fait mouche pour nous décrire tout le paradoxe que ces femmes vivaient sans s’en rendre compte.

 ON sait gré à Martin Provost  de parvenir  à nous faire rire (beaucoup) sans jamais mettre de coté la portée sociale de son sujet, l’émancipation féminine fin des années 60.

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Après un début un peu caricatural- avec notamment le personnage joué par Berléand, le film devient très savoureux . On appécie à sa juste mesure le   jeu facétieux des principaux comédiens – Juliette BinocheNoémie Lvovsky, Yolande Moreau, et Édouard Baer, charmant en amoureux  un peu débridé.


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Surtout,  on souligne la fantaisie de  la prestation de Juliette Binoche qui s'en donne à coeur joie en passant allégrement de la bourgeoise soumise, à la femme libre. 

Un scénario portant  les germes d’un féminisme positif qui ne se construit pas forcément  en opposition à l’homme.. et une fin à la Jacques Demy vraiment jubilatoire.. on dit OUI !!

 

 

 2/:«Filles de joie»

 

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Frédéric Fonteyne a frappé les esprits  en 1999 avec un très beau film  porté par Nathalie Baye et Sergi Lopez, "Une liaison pornographique". 

Après quelques films un peu en deça, il s'associe ici derrière la caméra avec sa fidèle scénariste Anne Paulicevich pour une peinture amère et cruelle de la conditions des femmes vivant dans des conditions difficiles et précaires dans le Nord de la France.

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Axelle, Dominique et Conso,  trois femmes des quartiers peu aisés du Nord de la France, travaillent en journée et se prostituent  le soir en Belgique

Réalisé à quatre mains par Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich, Filles de joie est le portrait d’un trio d’héroïnes du quotidien  prone l'amitié et l'union qui fait la force malgré les épreuves.

Hélas, malgré ces belles intentions, le résultat n'est pas à la hauteur de ses ambitions.

Entretien avec Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich pour "Filles ...

Sur le sujet de la prostitution dans une maison close, on est loin du film de Bonello L'Appolonide, même loin de la série du même nom sur Canal plus ou si on va sur des rives plus littéraires, loin du très beau roman d'Emma Becker, la Maison 

Les cinéastes portent sur cette  esclavagisme moderne de femmes de tout âge un regard  naturaliste certes  louable mais qui n'échappe pas à une certaine lourdeur, un certain misérabilisme  et une certaine naiveté .

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Chaque portrait de femmes, aussi varié soit il,  n'est  in fine que la même déclinaison d'une  femme victime de l’homme méchant.

De ce fait, la représentation des hommes-  qui semblent soient pervers soient d'une grande faiblesse-  manque par trop de nuances, donnant une  vision de la femme par trop victimaire, ce  réduisant la portée du film.

Faute d'une écriture plus subtile et d'un virage peu convaincant dans le thriller dans sa seconde partie, ces Filles de joie, malgré l'ambition de son duo de réalisateurs nous laisse un peu sur le bas côté..