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" Interroger le male gaze d'un film c'est  réfléchir à la manière dont un ou une cinéaste met en scène le corps féminin et l'imaginaire liée aux femmes.Ce n'est donc pas s'opposer au désir d'un cinéaste de filmer des femmes comme des culs, mais interroger la manière dont ces culs sont filmés et ce qui résulte du regard que porte le ou la cinéaste sur  les êtres. L'utilisation de ce terme ne sert qu'à questionner l'esthétisme d'un film, non pas à le censurer"

Le livre d'Iris Brey Le Regard féminin – Une révolution à l'écran, récemment paru aux éditions de l'Olivier,  a beaucoup fait parler de lui dans le milieu de la cinéphilie.

Qu'on  se range totalement du coté de l'auteur ou qu'on éprouve quelques réserves sur la radicalité du propos, force est de constater que ce livre est un ouvrage passionnant, dans le sens où il prend le risque de poser un regard assez inédit sur plus d'un siècle de productions cinématographique en déplacant le regard, qui était essentiellement masculin car régie par une industrie très patriarcale ( le fameux "male gaze",  dont le cinéma de Kechiche serait pour Iris Brey le point culminant) et nous propose de regarder des chefs d'oeuvre du cinéma d'un point de vue féminin.

Iris Brey, exemples à l'appui,  nous explique pendant les 200 pages de son ouvrage qu'il existe bel et bien un regard féminin, ou female gaze, un regard qui nous fait ressentir l’expérience d’un corps féminin à l’écran.

Le female gaze n’est pas forcément un regard créé par des artistes femmes, mais c’est un regard qui adopte le point de vue d’un personnage féminin pour épouser son expérience

D’Alice Guy, qui utilise pour la première fois  un personnage de femme en moteur de l'histoire dans "Madame a des envies " dès 1906,  à Céline Sciamma avec son très récent  "portrait d'une jeune fille en feu "qu'Iris Brey adore particulièrement,  le regard féminin existe depuis  plus d'un un siècle .

 

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"Le female gaze est avant tout une esthétique du désir, la caméra s'adapte pour rester au plus près des corps féminins désirants. Chez Campion et  Sciamma, le sexe féminin n'est plus  filmé comme une fente mais comme un pli."

Pour Iris Brey, si le female gaze existe depuis  donc très longtemps,  il n'en reste pas moins totalement marginalisé  et réduit à une culture underground tant le cinéma hollywoodien s'est construit sur l' "objetisation" de la femme juste dans l'objectif de   les rendre désirables aux yeux des spectateurs de sexe masculin.

Une grille de lecture de la critique cinématographique qu'on a rarement l'occasion d'entendre et qui envoie valdinguer pas mal de nos idées reçues, voilà qui peut dérouter- surtout quand on sait que la critique cinéma " institutionnelle" est très majoritairement masculine, blanche et  plus de 50 ans-  mais qui mérite assurément d'être salué ! 

 

 « Le regard féminin, Une révolution à l'écran », d'Iris Brey

 Éditions de l'Olivier, collection Les Feux

 252 pages, 16 euros.

Paru le 6 février 2020

Le livre est disponible en ligne sous format numérique