En ce nouveau mardi conseil, haro sur notre petite sélection de cinq romans policiers et de thrillers haletants et ambitieux, histoire de frissonner cet été.

 1/ Une affaire personnelle ; Matthew Quirk; Presses de La Cité 

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«  Ils avaient l’air sympa, ils étaient jeunes. C’était vraiment dommage. Mais, dans l’ordre supérieur des choses, deux vies, ce n’était qu’un modeste prix à payer. Sans le vouloir, ils avaient été mis en contact avec un secret, comme on attrape un virus, et le virus se fiche bien  du sort de ceux qu’il contamine. Ils connaissaient tous deux l’existence du registre, dont les notes, manuscrites, apportaient la preuve d’un crime bien plus grave qu’un meurtre ou deux."

 Peter Sutherland est un jeune agent du FBI qui a passé ses premières années de carrière à faire profil bas. Son père ancien du Bureau Fédéral s’est donné la mort après avoir été accusé d’espionnage...avec la Russie bien sûr.

 Un lourd héritage pour le jeune homme, la trahison est-elle génétique? Affecté dans les sous-sols de la Maison Blanche, dans une pièce aveugle minuscule, il passe ses nuits à attendre d’éventuels appels d’urgence qu’il doit transmettre à la secrétaire générale du bureau ovale.

Une nuit, c’est une jeune fille apeurée qui le contacte, elle vient d’assister à la mort violente de son oncle et sa tante , deux paisibles retraités...du contre espionnage. Ça y est Peter les ennuis arrivent et ils ne se déplacent qu’en escadrille.

Un jeune homme et une jeune femme, poursuivis par une horde de tueurs russes, ont une semaine pour faire éclater un scandale politique dans la bonne ville de Washington.

"C'était le genre d’information susceptible de déclencher une guerre. Les enjeux. Il fallait toujours garder en tête les enjeux quand on braquait une arme sur le visage d’une fille en pleurs. »

Unité de temps, unité de lieu et unité de cadavres pour Claire et Peter qui découvre bientôt qu’il ne pourront compter que sur eux même, un traitre n’est-il pas toujours un ami?

Course poursuite autour de la maison Blanche, “Une affaire personnelle” est un thriller d’espionnage d’une belle efficacité, Matthew Quirk se paie même le luxe de dévoiler le méchant traitre au milieu du roman sans que cela nuise à l’intérêt de son histoire.

Sa connaissance de la situation géopolitique des Etats-Unis fait merveille, son roman à clés permettra au lecteur perspicace d’assembler les pièces d’une actualité encore brulante. 

Un polar très efficace qui se lit d’une traite.

2/ La Nanny; Gilly Mac Millian ( Les Escales)

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"Quand j'étais petite, je rêvais parfois  qu'Hannah m'adoptait et que nous passions  ensemble tout le reste de notre existence. Je n'imaginais jamais qu'elle puisse être ma génitrice- il m'aurait fallu pour cela une capacité de déni hors du commun, vu les caractéristiques physiques que j'avais adopté mes deux parents- mais j'aurais voulu qu'elles soient ma nouvelle mère"

Jocelyn est la fille de Lord et Lady Holt,  aristocrates et  propriétaires du Manoir de Lake Hall, parents durs et autoritaires.  Elle a grandi avec Hannah, sa nounou adorée,   avec qui elle entretenait une relation fusionnelle.

Mais celle ci a été portée disparue du jour au lendemain sans que Jocelyn ne connaisse le fin mot de l'histoire.

Devenue adulte, et après avoir perdu brutalement son époux,  Jocelyn, sans ressources  et sa fille Ruby sont obligées de quitter leur Californie pour retourner vivre au Manoir chez sa mère, une perspective qui ne l'enchante guère.

La cohabitation se passe d'ailleurs bien mal,  avant que ne revienne à la surface une Hannah qui revient sans crier gare et qui semble trop heureuse de s'occuper de  Ruby... Sauf que si  le portrait n'était peut-être pas aussi idyllique que cela, allez savoir ? Bien sur que tout ne sera pas idyllique dans ce thriller  psychologique domestique hautement machiavélique  à l'atmosphère froide et intrigante.

Comme dans tout bon thriller qui se respecte, perversité, manipulations vengeances et trahisons,  rebondissements en pagaille, bref tous les bons ingrédients de la recette seront de la partie 

Si vous aimez les histoires de famille avec ses secrets bien enfouis et des personnages qui ont tous quelque chose à cacher,  la plume de Gilly Macmillan  effectue avec une belle fluidité  les allers retours entre passé et présent et entre différents points de vue dans un roman polyphonique qui comme dans tout bon polar paranoïaque, nous fait douter de tout le monde! 

3/ Dominique Sylvain, les infidèles (Points Policier) 

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 "Il encaissa un frisson, regretta de ne pas avoir pris d'écharpe et enfila ses gants. Il aurait voulu poursuivre cette virée nocturne d'immeuble en immeuble, c'était presque un voyage. Avec son lieutenant, il pouvait relâcher la garde. Les autres officiers étaient adeptes des concours de testostérone. Stimulant au début, lassant sur la longueur."

 Dominique Sylvain  est une romancière qui s’est nettement imposée parmi nos auteurs de polar hexagonales qui comptent depuis "Passage du désir," prix du roman policier des lectrices de la revue Elle en 2004.

 Après une embardée à Tokyo avec son dernier roman "Kabuchiko" , Dominique Sylvain revient en France et reste comme dans son précédent roman sur une intrigue sans héros récurrent, contrairement à ses quinze premiers ouvrages.

 Son intrigue, située entre Paris et la Bourgogne, prend son nerf dans une histoire très contemporaine à base de rencontres sur les réseaux sociaux et notamment d'une l’application "love alibi.com. "

  Une sphère particulièrement opaque où baignent les faux semblants, les dissimulations, la colère plus ou moins rentrée, et où même les chefs de la police ont tendance à se mentir à eux même et se révèlent particulièrement torturés...

Loin de surfer de façon uniquement opportuniste sur un sujet d’actualité- les amours au temps d’internet- Dominique Sylvain tisse un roman policier particulièrement sombre et parfaitement construit, dans lequel la plupart des protagonistes de l’histoire ont leur mot à dire et fera éclater leur propre vérité qui n’est on s’en doute,  pas forcément celle de son voisin.

L’enquête que nous propose Dominique Sylvain sera ainsi loin d’être aussi évidente et linéaire qu'attendue, dynamitée notamment par les affres incontrôlables du désir, avec pour la servir, des personnages aussi ambigus que difficilement saisissables .

Voilà une partie des ingrédients qui font de ces "Infidèles"  un excellent cru !!

4/ Des poignards dans les sourires, Cécile Cabanac ( Pocket) 

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 "En engouffrant le reste de son sandwich dans sa bouche, elle hésite à lui faire part de son irriration au sujet des résultats de Toxicologie arrivés tardivement. Elle a noté que son expérience du Quai des Orfèvres était perçue ici comme un handicap. Elle ne compte plus les remarques acides sur ce lieu fantasmé. Elle décide donc se taire pour le moment. Dans le fond, elle ne se sent pas encore tout à fait en confiance avec ses nouveaux collègues."

Une bourgade de l'Auvergne, début des années 2000. Alors que son épouse Catherine Renon ne semble pas vraiment chagrinée par la disparition soudaine de son François de mari, riche entrepreneur qui s'est fait un tas d'inimités du fait de son caractère de chien, la disparition du corps de celui ci quelques jours plus tard par la police chargée de l'enquête ne va pas rendre les choses plus faciles à gérer pour elle.

Pour l'inspectrice Virginie Sevran, qui a quitté son prestigieux poste à Paris pour venir au SRPJ de Clermont, l'investigation s'annonce d'autant moins évidente que tous les membres de la famille Renon semblent avoir des choses à cacher dans un village de campagne où les haines et les rivalités sont nombreuses ...

Pour son premier roman, Cécile Cabanac maitrise parfaitement ses  codes du polar  et soigne son ambiance d'une petite ville de province et d'une bourgeoisie qui dissimule ses secrets et ses non dits en posant dessus un regard mi ironique mi cruel qu'un Chabrol n'aurait pas renié.

Avec ses personnages tous plus antipathiques les uns que les autres et son duo de flics aux antipodes, a priori stéréotypés mais finalement dessinés avec pas mal de finesse, ces "Poignards dans les sourires" se laisse dévorer jusqu'au bout de sa lecture comme une très bonne potée auvergnate ! 

  5/ Trahison, Lilja Sigurdardóttir ( Métailié) 

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"Mais cette étincelle s’accompagnait invariablement de la culpabilité qui imprégnait tous leurs échanges depuis qu’ils étaient revenus vivre en Islande. Il lui demandait régulièrement ce qui n’allait pas. Qu’ils soient chez leur conseiller conjugal ou seuls à la maison, elle ne pouvait dire à voix haute qu’elle ne ressentait plus rien à son égard ni envers les enfants, qu’elle savait qu’elle les aimait mais ne parvenait pas à l’éprouver réellement. "

On a  découvert Lilja Sigurdardóttir  avec sa trilogie de Reykjavik  et son héroïne subsersive Sonja  chargée  d'exporter de la cocaine  au nez de la police. Elle abandonne ses précédents personnages pour un nouveau roman moins polar et plus poltiique qui devrait être un one shot

Dans la droite lignée d'une série comme Borgen on suite les affres d'une jeune femme  Ursula qui  vient d'être nommée  un peu malgré elle Ministre de la Justice islandaise.

Très peu expérimentée et animée d'une certaine candeur- elle vient de l'humanitaire, soit un monde bien éloigné du sérail politique ,Ursula va découvrir manipulations, coups bas, politiciens pourris jusqu'à la moëlle  et autres attaques sur les réseaux sociaux et surtout va se rendre compte qu'être une femme dans ce milieu si machiste n'est pas une sinécure.

Une intrigue bien ficélée, une plongée dans les arcanes du pouvoir  cruelle, réaliste et rythmé comme il le faut ,  Lilja Sigurdardóttir change de genre mais confirme largement l'essai! 

 

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