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"Violet se vit confier un modèle de la frise , une longueur de toile, des aiguilles et suffisamment de laine pour réaliser plusieurs mètres de brodure. Contemplant le modèle, magnifiquement brodé avec des points réguliers, Gilda commenta :" Miss Peel a du faire ça en une demi heure!"

Prendre son indépendance à plus de 30 ans, c'est ce qu'a décidé de faire Violet Speedwell en quittant Southampton et sa mère qui l'accable de reproches. Violet est t-elle heureuse pour autant ?

Pas vraiment. Elle est dactylo dans une société d'assurances et gagne si peu qu'elle doit économiser sur tout, elle a une chambre chez une logeuse qui surveille toutes ses allées et venues (nous sommes dans les années 30 et cela ne se fait pas de recevoir d'homme dans sa chambre, même lorsqu'on est célibataire), on porte sur elle un regard balançant entre condescendance et exaspération. 

Mais deux choses vont aider Violet à laisser le passé derrière elle : le cercle des brodeuses🧵et les sonneurs de cloches🔔.

Et là, vous vous dites peut être : la broderie c'est pas mon truc côté musique je connais mieux. Sauf que le talent de Tracy Chevalier est de m'avoir embarqué rapidement et sans frein dans ces deux mondes bien particuliers grâce à sa plume et à ses personnages attachants. 

Comme dans les romans de Jane Austen, La brodeuse de Winchester a l'apparence d'une certaine frivolité. Mais si les tasses de thé 🍵 sont légion (à tel point qu'elles apparaissent comme un rituel ayant un rôle social ), Tracy Chevalier dresse, dans ce roman, un portrait riche de la société anglaise des années 30.

En nous racontant la vie ordinaire de Violet Speedwell qui, peu à peu s'émancipe, elle dit l'empreinte que laisse la guerre dans la vie des gens bien des années après, elle nous parle des "femmes excédentaires", de leur place dans la société des années 30 en Angleterre et de la montée du nazisme. 

Bref prévoyez un bon thé 🍵 (peut être glacé vu la saison) et entrer sans hésitation dans la Cathédrale de Winchester

 La Brodeuse de Winchester
De Tracy Chevalier, traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff,

La Table ronde,
352 p., 23,50 €.