TA-posterLa plateforme de VOD de l'excellent éditeur Carlotta propose de découvrir, de ce vendredi  10 jusqu'au mardi 14 juillet, une pépite de choix : The Addiction d'Abel Ferrara, variation stylisée sur le thème du vampire, sortie en 1995.

Dans la filmographie foutraque de Ferrara, alternant le génial et le douteux avec la même fougue, se distinguent les films créés sous les auspices de la diabolique Trinité qu'il a formée avec Nicholas St. John (à l'écriture) et Joe Delia (à la musique) : L'Ange de la vengeance, The King of New York (qui a cependant du mal a encaisser les années) et The Addiction donc. De toute la carrière de Ferrara, celui-ci est sans doute le plus frontalement personnel et le plus élégant, dans l'ombre des œuvres les plus connues du cinéaste et réalisées durant ces mêmes années 90 (Bad Lieutenant, Snake Eyes ou New Rose Hotel). Le meilleur du meilleur de Ferrara, en somme.

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Personnel car le personnage du vampire accro au sang, insomniaque et allergique à la lumière du jour ne peut que résonner avec le profil du junkie et la vie de Ferrara, marquée par la toxicomanie. Dans The Addiction, l'analogie est limpide et assumée, par l’intermédiaire de l'héroïne Kathleen, jeune thésarde en philosophie, qui, après avoir été mordue par une inconnue en rentrant chez elle, se transforme en vampire et perd peu à peu pied avec la réalité.

Gagnée par la fièvre du sang, rien ne lui est épargné : la quête effrénée, l'enfer du manque et, finalement, l'overdose.

Élégant car Ferrara atteint, avec ce film, un sommet formel : les ruelles sombres et poisseuses de New York, les intérieurs caverneux et les visages mangés par le délire, motifs usités de l’œuvre du new-yorkais, sont sublimés par les contrastes appuyés du noir et blanc, et quelques mouvements de caméra virtuoses.

De la lumière à l'ombre, et vice-versa. C'est qu'il y a chez Ferrara, imprégné de catholicisme, cette profonde croyance dans le salut de l'âme, dans la rédemption, l'idée que tout peut être sauvé, à la condition d'un sacrifice extrême. Cette trajectoire, de la chute au salut, habituelle pour les personnages de Ferrara, trouve son expression la plus effarante et la plus dépouillée chez Kathleen.

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Mais The Addiction ne se cantonne pas au parallèle fait entre les suceurs de sang et les amateurs de poudre. En héritant du virus du vampire, Kathleen développe une philosophie violemment nihiliste et amorale, tout en dévorant son entourage. De façon toute aussi frontale, Ferrara nous invite à considérer le vampire, mort-vivant errant dans le seul but de tuer, comme le symbole de la perte de notre humanité, sur fond d'images de l'Holocauste et de la guerre du Vietnam (notamment du massacre de My Lai).

Tourné en 20 jours avec un budget modeste, The Addiction constitue la plus grand réussite d'Abel Ferrara, par sa mise en scène classieuse, une utilisation habile de la figure du vampire et la sincérité de la démarche, qui consiste à puiser dans ses démons la matière du sublime.

Une démarche qui rappelle celle du très bon Tommaso, du même Ferrara, sorti en janvier dernier.

The Addiction d'Abel Ferrara, disponible en VOD sur le vidéo club Carlotta du 10 au 14 juillet