Zoom sur un éditeur à travers trois de ses romans dévorés récemment: Stock .  

 Depuis sa création en 1708, Stock s'est imposé sur le marché littéraire français. La Collection "Bleue" ou la collection Cosmopolite recoupent des auteurs de très grande qualité.

La preuve avec ces trois dernières lectures qui nous ont séduit ces dernières semaines, trois plumes féminines qui ont de fortes et belles choses à raconter, et qui augure certainement d'une rentrée littéraire qui s'annonce assez costaude aussi : 

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 1/ Nuits d'été à Brooklyn, Colombe Schneck ( 26 février 2020)

"Pourquoi les mères de famille de l'Upper East Side sont elles aussi maigres? C'est un cliché bien sur mais il est comme chacun il ne peut s'empecher de se rassurer, de reconnaitre l'autre dans une image fixe et faussement réelle, la mère de famille blonde et mince de l'Upper East Side ."

On avait quitté récemment la toujours épatante Colombe Schneck avec ses très belles guerres de mon père ;  on la retrouve avec ses récentes Nuits d'été à Brooklyn  qui résonne  fortement avec l'actualité.

Son roman  raconte le télescopage entre les émeutes de Crown Height  en 1991 et l'affrontement des Noirs contre les juifs et l'histoire d'amour d'Esther et Frederick. 

La mort récente de George Floyd résonne comme un éternel recommencement.

C'est parfois désespérant,  mais c'est drôle aussi quand Esther décrit les dates à l'américaine (oh secours !) ou qu'elle se moque d'elle même. 

Pas de lecture simpliste des événements mais au contraire une volonté de les aborder dans leur multiples facettes (le racisme de part et d'autre, l'inertie de la police et des pouvoirs publics, la pauvreté..).

Ce roman enquête qui ne prend pas parti et ne juge jamais ses protagonistes raconte mine de rien beaucoup de choses sur la haine entre les communautés et les non dits dans une relation de couple .

   2/ Cristina Comencini, Quatre amours (18 mars) 

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"Puis le soir quand ils m'appellent, ils percoivent la tristesse de ma voix, et non la teneur rassurante de mes propos. Surtout Antonio qui porte avec moi l'étendart de la virilité outragée. Mais je ne m'inquiète pas pour eux: je m'inquiète pour moi: comment vais je sortir de cette passe? Combien de temps me faudra t il pour ne plus ressentir cette perte, celle de notre vie commune?"

 Ecrit par la romancière et cinéaste Christina Comencini- fille du grand Luigi Comencini "Quatre amours" peut donner l'illusion d'un badinage léger sur deux couples qui se séparent au bout de vingt cinq ans de mariage.

Autour de deux couples d'amis d'une soixante d'années dont les rutpures sont annoncées, on voit à quel point ces séparations sont comme un deuil (sidération, colère déni ) mais ce qui  frappe surtout dans le roman de Comencini, c'est l'immense  solitude à laquelle sont confrontés les personnages.

Comment se réinventer,exister autrement à 50 ans passés ?

 On aurait certes pu penser que la culture italienne infuserait plus le roman (c'est ce qui nous a sans doute poussé vers lui) mais il s'agit surtout de questionnements universels qui n'en demeurent pas moins captivants. 

On aura aimé ce temps passé du temps en compagnie de Marta et Laura et  de leurs maris pas toujours  parfait mais profondément humain .

Une autopsie de l'âme humaine complexe et sensible .

 3/ Mon père en doute encore; Safia Azzedine;  (27 mai 2020)

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 "Mon père a toujours eu cette manie de prolonger une conversation une fois qu'il n'y a plus personne.Soit parce qu'il avait oublié de dire quelque chose ( et çca le rongeait de l'intérieur), soit parce qu'on ne lui avait rien demandé.Il remuait les levres, murumurait des mots, brandissait l'index, puis se calmait."

Saphia Azzedine  est une romancière française au style alerte et qui n'a vraiment pas la langue dans sa poche.   Dans chacun de ses romans,  de Confidences à Allah à "Bliquiss ", elle s'attache à des héros et souvent des héroïnes qui se débtattent  pour construire son identité sans renier ce que l'on a transmis .

Pour son huitième roman  Mon père en doute encore, elle tombe le masque et ose son tout  premier à forte dimension autobiographique 

Saphia Azzeddine nous livre l’histoire de son père, enfant élevé par des femmes au beau milieu de la plus grande palmeraie du Maroc.

Oubliant un peu son ton souvent ironique cinglant, elle se livre à nu avec ce récit intime et véritable hommage à son paternel.

Parfois piquant mais souvent emprunt d'une belle douceur, le dernier roman de Saphia Azzeddine, est un vrai plaisir de lecture !