On connait l'amour très ancien d'Yvan Le Bolloc’h pour la musique gitane, matérialisée par son groupe 'Ma guitare s’appelle reviens", qu'on avait pu applaudir dans le cadre de leur second spectacle " Faut pas rester là" vu il y a trois ans lors d'un mémorable Off d'Avignon 

Et après quelques années de silence discographique, toute la gitanie à nouveau au rendez vous d'un nouvel opus « ESPERANZA » qui devrait voir le jour en 2021.

Mais comme Yvan et son groupe ont dévoilé un premier single de cet album à venir  pour cet été très caliente et que celui ci nous a emballé on a eu envie d'en savoir plus

Ce fut l'occasion d'échanger avec le célèbre animateur/acteur musicien breton de naissance et gitan dans l'esprit et voici l'essentiel de cette heure d'échange avec un type aussi doué qu'humble et généreux : 

itw Yvan Le Bolloch

Comment s'inscrit le projet Ma Guitare et le nouvel album Esperanza?

"Depuis ma rencontre avec les gitans, il y a maintenant presque  15 ans,  je n'ai eu de cesse de vouloir retrouver ces moments magiques pour les partager avec le plus grand nombre.

Avec mon groupe « Ma guitare… » composé de personnes qui sont presque maintenant  comme des membres de la famille , ( mon épouse Anouchka,  bien sûr, mais aussi les autres membres  Javier Fernandez, Xavier Sanchez, Gaël Garcia, Patrick Baptiste, Bernard Menu, Abdelouab Seba) nous avons écrit deux spectacles : « Tous les chemins mènent aux Roms » et « Faut Pas Rester Là  et donné plus de 350 concerts de Pontault Combault à Dakar et de Concarneau à Dakhla au sud du Maroc. 

Alors certes, le collectif ne s'appelle plus " Yvan le Bolloch et Ma Guitare s'appelle reviens" car ca commencait à faire un peu trop de place sur les affiches (rires), on l'a raccourci à "Yvan le Bolloch et Ma Guitare", mais l'esprit et le groupe restent bien évidemment inchangé.. 

Tu sais, on se sent foutrement bien avec ses musiciens, la plupart sont là depuis le début on a le feeling ensemble on a trouvé le "el duende" comme on dit dans le langage gitan.

On a ce sentiment très prégnant qu'ensemble on peut relever tous les défis. 

On avait très envie de continuer sur cette lignée, dans un registre un peu moins théâtral, un peu plus musical et c'est l'objectif de ce projet Esperanza ."

C'est quoi le début de votre rencontre/déclic avec la musique gitane? 

"Assurément , c'est  ma rencontre en 2003 avec les Gispy Kings  qui  m'a changé à jamais. Quand tu interviewes les Gipsy Kings comme je l'ai fait à cette époque où j'étais encore journaliste , tu te rends vite compte que si tu veux pas te limiter à des réponses aussi concises que" oui,  non, peut etre," tu vas leur mettre une guitare dans les mains et tu vas comprendre ce que c'est la magie de leur musique...

Depuis ce jour là, sincèrement, je vois la rumba flamenco comme quelque chose de quasi mystique, presque surnaturel.

Et c'était pas gagné au départ car je suis sérieusement arythmique et commencer la guitare à plus de 35 ans quand on l'est c'est vraiment un boulot de fou.

Sache que le breton est tétu, et cette volonté farouche m'a bien aidé.

Une fois, Pierre Lescure a sorti une phrase qui m'a beaucoup fait cogiter, à savoir qu'il n'avait qu'un seul vrai regret dans sa vie, celui de ne pas avoir réussi à jouer un instrument de musique.

Et là, je me suis dit que je ne voulais pas avoir ce regret là et j'ai donc tout fait pour bosser la guitare à fond.

Finalement, il n'y a qu'un principe fondamental qui me guide, le plaisir avant tout et quand tu arrives enfin à faire quelques accords et faire danser les gens avec, le kif il est total, je te l'assure (rires) !" 

Un breton fou de musique gitane, c'est original, comme concept, non?

 "Pas vraiment non, pour moi, un breton peut parfaitement devenir fan de la musique gitane, c'est même quelque chose d' assez logique :  on est avant tout  une terre de voyages ouverte à toutes les cultures.

Ce qui nous attache, par dessus tout  c’est le frisson, l’émotion, ce mélange de rage et de mélancolie qui se dégage comme la dernière fierté d’un peuple ostracisé, relégué à la périphérie de nos vies et de nos villes. 

La musique gitane c'est vraiment un millefeuille d'influences, et dedans il y aussi les influences celtiques donc ca me semble assez logique que tout cela fasse un beau melting pot musical..

  J'essaie, à mon humble niveau d'être un gardien du temps de l'esprit gitan, de ne jamais trahir cet esprit et j'ai l'impression que le peuple gitan semble assez touché par cela"

 La rumba flamenca : et si on faisait une petite leçon d'histoire?

"Le rumba flamenca, c'est cette variété de flamenco rythmée en quatre temps. Ce sont ces morceaux qu'à la nuit tombée, les enfants jouent avec leurs ainés, autour du feu. 

C’est la varièté sans doute la plus populaire, celle qui a aussi fait les plus grands succès de la gitanie dans son ensemble. Les Gipsy Kings en sont l'emblème,  évidemment,  mais cette musique a été jouée aussi par de grands guitaristes flamenco comme Paco de Lucía  ou Paco Peña .

Mais je m'en voudrais de ne pas citer aussi Los Chunguitos, Los Chichos et Estopa sans oublier Bambino, Ramón de Algeciras, Los Calis, El Fary, Alazán, Ketama avec Antonio Carmona, Rosa Morena, Las Grecas, Los Amaya, Manzanita, Rumba Tres, Los Manolos, Ojos de Brujo, Azúcar Moreno, Rosario Flores, Lolita Flores, Antonio Flores, Raya Real, ou Los del Río, bref tu vois ils sont un peu nombreux  à s'être fait un petit chemin avant nous ( rires) ."

IMG_6099Et ça produit quelle impression sur celui qui l'écoute, cette rumba flamenca ?

"Avec ce style de musique, les manches de guitares se dressent vers le ciel comme des totems païens et très vite, ce truc assez imperceptible qu'on appelle le "Duende "se fraye toujours un chemin entre les palmas et le chant.  

C'est la mémoire de tout un peuple qui a été stigmatisé depuis la nuit des temps, c'est quelque chose d'assez difficile à décrire en fait, il faut juste l'écouter et le ressentir. 

Cette musique c'est peu et c'est énorme à la fois;  c'est quelque chose qui te donne envie de danser, de talonner le sol ou de déchirer ta chemise.

Bref, une musique généreuse, festive et ensoleillée c'est tout cela qu'est la rumba flamenca!!"

Le projet Esperanza en quelques lignes, c'est quoi? 

« Esperanza c'est l'espérance tout simplement,  des gestes du quotidien qui peuvent se transformer en espoir, c'est aider une petite vieille ou un petit vieux à aller faire ses courses, c'est déposer quelque chose devant la porte, c'est un sourire quand vous croisez quelqu'un dans la rue, voilà c'est l'occasion de manifester sa solidarité, c'est la fraternité en fait, voilà esperanza, c'est avant tout la beauté des petits riens et des gestes anodins.

C’est donner à notre avenir la fraternité en partage, c’est 210 secondes de joie simple, bref, c’est tout le bonheur que l’on souhaite à tous.

De nos jours, les liens qui nous unissaient se défont et l’horizon se charge de sombres nuages. Le pays tout entier a subi des émeutes incroyables et la violence d'un gouvernement qui semble s'en moquer éperduement

Il faut donc une prise de conscience et inventer d’autres façons de vivre ensemble et d’habiter le monde.

Nous autres artistes, nous n’avons que nos tambours et nos guitares à offrir en partage, ce que nous faisons bien volontiers avec ce quatrième album. "

 

Cover album Esperanza web-01 (1) Le single "Esperanza" résume également cet état d'esprit? 

"Oui, bien sûr, ce morceau, il est juste là pour nous dire que tout seul on n'arrive à rien, tout seul on n'est bon à rien, tout seul on tourne en rond alors que dès qu'on rencontre un collègue ou une collègue, on discute, on a de l'espoir, on envisage des jours meilleurs, on rigole, on se tape dans le dos.

Cette chanson qu'on a composé de manière très collective et assez rapide,  nous paraissait vraiment adaptée à la situation."

 

 

L'album à venir, on peut  déjà en dire quelques mots? 

" La réalisation d’un album, c’est toujours un miracle, et là on peut dire que ces compositions nous sont vraiment arrivées comme des cadeaux. 

Mais pour matérialiser ce miracle, malheureusement, il fallait des fonds. Alors certes, on aurait pu se lancer dans un crédit forain ou privatiser les Aéroports de Paris (rires), finalement on a choisi la plateforme Ulule pour un financement participatif par des camarades investisseurs prêts à lever la main pour une musique de bohémiens. 

 On a  enregistré  l'album à Sérignan, près de Béziers, à savoir le vrai temple de la gitanie et on a crée dix morceaux  assez miraculeux,  riches d’influences qui vont des Gipsy Kings à Sting en passant par Barry White.

Il y a des allers retours entre l'Europe et l'Afrique, il y a un peu de Barcelone, quelques influences jamaïcaines aussi dedans.  Les thèmes abordés sont divers, il y aura forcément des ballades amoureuses déchirantes car ils sont très forts là dedans, mais aussi des thématiques comme l'urgence écologique qu'on ne peut nier dans cette époque si étrange que l'on vit."

Yvan le Bolloch et Ma Guitare, ça se déguste surtout sur scène, non?

"Bien sûr,  plus encore que le simple enregistrement en studio, cet album va nous permettre de pouvoir refaire des scènes, c'est une belle carte de visite pour chanter en live.

Tu sais, on a trop hâte de repartir en tournée de savoir un peu mieux quand et comment on va pouvoir repartir chanter nos musiques devant les gens, tu sais c'est un sentiment magique que de faire danser 30 000 personnes.

Cette embrassade collective que tu as quand tu fais de la musique en live, c'est quelque chose de vraiment magique.

Là,  on a prévu de faire quelque chose de moins théâtral, moins porté vers la comédie que dans nos deux spectacles précédents, on a plus que jamais envie de partager notre musique le plus possible. Je suis sur que dès qu'on va pouvoir chanter en public, ca va dérouiller grave ( rires)"

itw le bolloch

Yvan le Bolloch et ma Guitare, un collectif actif et solidaire pour le monde gitan pendant la crise du COVID, non?

« J'avais des retours des copains Gitans de toute la France mais surtout du sud et plus précisément de Perpignan puisque notre guitariste soliste au sein du groupe, Yep, est de la ville. A un moment on s'est dit  comme des millions de Français, :  qu'est-ce qu'on peut faire concrètement pour aider les soignants parce que c'est vers eux qu'allaient à ce moment là toutes nos pensées.

Voilà comment est née l'idée d'appeler les figures médiatiques qui sont d'origine Gitane ( les Gipsy Kings , Kendji Girac, Manolo Gimenez, Andy Delort..),  qu'on se prenne tous un peu par la main et qu'on fasse un petit appel aux dons pour aider les soignants de l'hôpital de Perpignan, c'est aussi simple que ça.

Contrairement à ce que j'ai pu lire ici et là , il n'y avait rien d'opportuniste ; aucune volonté de tirer la couverture à soi, au contraire, on a seulement tenté de rameuter un peu de monde dans un bel élan de solidarité qu'on a pu connaitre en cette période bien compliquée,  qu'on espère vite derrière nous. "