Seulement 65 premiers romans sur un total de 524 titres : s'ils sont assez peu représentés en proportion, les œuvres des primo-romanciers continuent de délivrer de belles surprises en cette rentrée littéraire 2020.   

Après avoir présenté la semaine dernière Ce qu'il faut de nuit (La manufacture de livres) de Laurent Petitmangin et pas plus tard qu'hier, La petite dernière (Noir sur Blanc) de Fatima Daas, voici en ce dernier #mardiconseil du mois, un zoom sur Un jour ce sera vide (Christian Bourgois) de Hugo Lindenberg, un roman particulièrement vibrant sur les blessures de l'enfance. 

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"J'aimais le foie haché comme j'adorais ma grand mère: dans l'intimité du foyer. Offerts à la vue de tous, l'un et l'autre m' embarrassaient terriblement."

A 10 ans, un jeune garçon, meurtri par la soudaine disparition de sa mèr, passe ses vacances d'été chez sa grand mère sur la cote normande.

S'il a un peu honte des manières rugueuses de sa grand mère, héritées de la Pologne où elle a immigrée,  il lui voue cependant une affection sans faille. C'est moins le cas de sa tante, une femme dépressive et névrosée, qui vient perturber la langueur de ses vacances et l'irriter obtensiblement.

Heureusement, ce jeune homme- jamais nommé dans le livre- va faire la connaissance d'un garçon de son âge, Baptiste, un enfant d'un milieu bien plus aisé que lui, qui va lui ouvrir les portes d'un monde qu'il ne connaissait pas, notamment celui de la mère de Baptiste, jeune femme très bienveillante et aimante.

Le narrateur sera alors prêt à toutes les capitulations età tous les renoncements pour garder l'attention de ces bienfaiteurs et rester dans ce monde  enchanteur.

Hugo Lindenberg parle de son premier roman - Christian Bourgois ...

Pour son tout premier roman écrit à 42 ans, Hugo Lindenberg livre un très grand roman sur l'enfance, chronique familiale habitée et maitrisée de bout en bout qui dit énormément de choses sur les sensations de l’enfance.

Le narrateur de ce "Un jour, ce sera vide" est traversé par tout un tas de sentiments ambivalents au cours de cet été si particulier: la jalousie, le désir, l'angoisse, l'ennui : ils sont à chaque fois dépeints avec énormément de singularité et de précision, l'auteur utilisant souvent des métaphores animales-à base de méduses ou d'insectes- particulièrement bien choisies .

. ". Je me dis qu’il doit y avoir énormément de paix dans son esprit pour y laisser germer de telles idées. J’imagine son espace mental comme une très grande maison aérée, avec plafonds de trois mètres de hauteur et parquet ciré, un piano à queue et de grandes fenêtres ouvertes sur un jardin luxuriant"

Les émotions exacerbées de l’enfance prennent ainsi une dimension aussi vibrante que suggestive

Il y a en effet énormément de non-dits dans le récit d' Hugo Lindenberg; les trois femmes (faisant office de nourrice, de maratre et de bonne fée, comme le confie l'auteur lui même, dans la vidéo ci dessous) qui tournent autour du narrateur remplissent le vide de mots qui ne sont pas forcément celui que le jeune garçon veut entendre.

Et cet enfant sans doute très (trop?) sensible, observe tout ce qui l'entoure avec une minutie hors du commun et un sens de la formule qui ravira le lecteur. 

Un récit , parfois cruel, souvent poignant, d'une enfance qui quitte les rives de l'insouciance pour aller sur des contrées  aussi tentaculaires que  les méduses  qui ornent la très belle couverture choisie par  l'éditeur Christian Bourgois ... 

Le roman d’Hugo Lindenberg est sorti le 20 août dernier chez Christian Bourgois éditeur.