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Ce que je ne veux pas savoir est le premier volet du projet de trilogie autobiographique ( qu'elle appelle living autobiography) de la poétesse, romancière et dramaturge Deborah Levy. 

Dans ce qui peut ressembler à un journal intime, l'écrivaine mêle son quotidien à savoir son départ pour Majorque hors saison pour trouver le "matériau" de son prochain livre, des questionnements universels (en particulier autour de la maternité) et des rencontres (Maria, tenancière de l'hôtel qui n'est ni mariée ni mère ce qui est plutôt rare à cette époque; l'épicier Chinois).
Ce que j'ai préféré est l'évocation de son enfance à Johannesburg et l'arrestation de son père, arrêté et emprisonné car membre de l'ANC qui lutte pour l'égalité des droits en Afrique du Sud en plein Apartheid. 
Dans le volet suivant, Le coût de la vie, Deborah Levy traverse une période particulièrement sombre : séparation avec son mari (elle compare son mariage à un naufrage mais écrit que si elle rejoint le bateau, elle se noiera aussi), maladie grave de sa mère et décès. Sa réflexion autour du rôle de la femme dans la société s'appuyant sur celles développées par Simone de Beauvoir et Marguerite Duras est particulièrement intéressante.
Désormais seule avec l'une de ses filles, elle réalise l'écart entre la liberté telle qu'elle l'imaginait et telle qu'elle l'éprouve finalement, confrontée aux factures, aux dépenses et à un rythme de vie épuisant.

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Au sein d'un même paragraphe, elle manie avec aisance les ruptures de tonalité, passant de l'humour à l'émotion. J'ai été particulièrement touchée par deux scènes liées à sa mère : celle de la glace à l'eau qu'elle lui achète dans une épicerie turque avant chaque visite à l'hôpital et celle des boucles d'oreille en forme de chouettes. 
"Tu as toujours adoré les chouettes. Tu sais que quelques jours après ta mort je regardais les articles d'un grand magasin sur Oxford Street et j'ai vu une paire de boucles d'oreilles en forme de chouette avec des yeux en verre de couleur verte. J'ai été saisie d'une joie inexplicable. Je vais acheter ces boucles pour maman."

"Je me suis présentée à la caisse, mais au moment où la caissière se saisissait des boucles je me suis souvenue que tu étais morte. " 

Deborah Levy, Ce que je ne veux pas savoir et Le coût de la vie, traductions de Céline Levy,
Editions du Sous-sol, 2020, 137 et 160 p.