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"Adolescentes"  devait sortir en salles le 25 mars  mais en raison de la crise sanitaire sa sortie  a été reportée  au 9 septembre 2020.

Les spectateurs ont enfin pu découvrir ce très beau film, un de nos plus beaux coups de coeur de cette année 

On sent que le dispositif restreint du réalisateur a très peu perturbé les jeunes filles et leur famille qui l'ont très vite oublié. 

En filmant pendant 5 années, de leur 12 ans à leur 17 ans, de leurs années collèges à la fin du bac,  ces deux jeunes filles, amies dans la vie, et pourtant  totalement différentes à tous les niveaux, Sébastien Lifshitz a de l'ambition à revendre.

Il nous donne ainsi à vivre l'intimité de cette jeunesse française d'aujourd'hui et le résultat est aussi passionnant qu'emballant.

Des premiers émois amoureux aux injonctions des parents, des professeurs, de la société dans son ensemble,  en passant par les tragédies nos deux jeunes héroïnes vont devoir affronter un certain nombre d'épreuves, et malheureusement pour Anais, la jeune fille née dans un milieu social moins favorisé qu'Emma, ceux ci sont bien plus nombreux et bien plus douloureux.

 

Dans la lignée d'un "Boyhood" sans la béquille de la  fiction  mais également  pas très éloigné d'une démarche à la Riad Satouf pour son cahier d'Esther, les "Adolescentes" de Sébastien Lifshitz est une chronique poignante et d'une profondeur incroyable 

Ce nouveau film- avant Petite fille présenté à Berlin en début d'année -  démontre si besoin était que Lifshitz est bien un de nos plus grands cinéastes, de documentaire, mais surtout cinéaste tout court  .

 Portrait Sebastien Lifshitz

Extraits de notre Interview Cinéma : Sébastien Lifshitz, réalisateur du magnifique film " Adolescentes"

Est ce qu'on peut dire qu'"Adolescentes" est à ce jour le projet le plus ambitieux, de votre filmographie? 

Sébastien Lifshitz  : Disons que c'est certainement le projet plus ample, notamment en terme de temps que j'ai passé dessus.  

Je n'avais jamais tourné sur une durée aussi longue, car en tout, c'est 7 ans de ma vie ( un an de préparation et un an de post production encadrant 5 années de tournage), donc c'est évident que c'est un gros investissement  et j'y ai engagé sur ce film une grosse partie de ma vie.

Après, d'un point de vue artistique, je ne suis pas la personne la mieux placée pour vous dire si c'est le projet le plus ambitieux ou non (sourires).

Disons  quand même que le film repose sur un pari inédit pour moi, celui d'aller sur des vies en ,en construction et non pas comme, sur mes films précédents, de se baser sur des témoignages de personnes dont la vie était, il faut bien l'avouer,  plutôt derrière elles.

Baz'art : Vous parlez à juste itre de défi; le vrai challenge au départ du film, vous le situez à quel niveau exactement?

Il est simple, ce défi : on ne sait pas du tout ce que va devenir la vie sur cinq ans d'adolescentes. 

Quand je réalise  "La traversée," ce documentaire sur cet homme qui n'a jamais connu son père d'origine américaine  et qui part aux États-Unis tenter de le retrouver il y avait quelques éléments dramaturgiques au départ qui sont comme des promesses , et les éléments que l'on découvre au fil du film (comme par exemple, la découverte de la tombe du père par Stéphane) reposaient sur une vie préalable, une histoire du passé.

Alors que là,  on ne peut par essence,  anticiper la forme  que va prendre la vie d'une adolescente; c'était quand même un pari assez risqué.  C'est une chronique qui se veut au plus près du quotidien d'un adolescent, et le propre d'une vie adolescente, c'est de subir un quotidien très répétitif où l'attente et l'ennui sont prégnants.

On peut donc se demander où sera la clé de cette histoire. Il y avait un certain nombre de risques et aussi en filigrane ce projet bien excitant de faire un film sur une aussi longue durée. Montrer à ce point le passage du temps et la construction d'un être, pouvoir suivre sur une aussi longue durée la vie de ces deux- jeunes- personnes ,c'est un peu cela, je crois, qui fait événement dans le film . 

J'avais envie de me coller à cette idée, d'observer un âge où en est en pleine construction, entre cette volonté d'autonomie et ce désir de rester un peu encore sous l'emprise de ses parents, d'essayer de se jeter dans le monde avec ses armes, même si celles ci sont encore réduites.  

Je trouvais cela très beau d'observer cela sur une durée aussi longue. 

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Baz'art : Le passage du temps qui passe est quelque chose qui vous a toujours obsédé dans vos films et même dans vos autres projets (expositions photos notamment), ce film "Adolescentes" est, d'une certaine manière,  dans cette continuité là, mais en l'explorant d'une façon différente, n'est ce pas?

Sébastien Lifshitz  : La notion du passage du temps, dans le temps où je l'entends, à savoir utiliser le temps comme un espace pour pouvoir observer une transformation, est quelque chose qui, effectivement, m'a toujours beaucoup interessé.

La différence entre "Adolescentes" et mes autres films comme "Les invisibles" ou "Bambi", c'est que ces films explorent un temps qui est passé, on pose un regard rétrospectif  sur le parcours de toute une vie alors  qu'ici la vie de ces adolescentes se construit sous nos yeux; on est dans le temps présent.

En cela, c'est quelque chose d'inédit pour moi, qui interroge d'une autre manière ce passage du temps dont vous parlez.

Baz'art : Vous avez dit dans le dossier de presse que la perspective de filmer les scènes de la vie quotidienne vous faisait un peu peur, car vous n'aviez jamais fait cela et que la première année de tournage a été un peu difficile car votre caméra était trop visible et pouvait géner vos adolescentes. Or, ce n'est pas tout à fait exact, vous avez bien filmé quelques scènes de vie quotidienne dans Bambi ou les invisibles justement si on reste sur ces films là, c'est un exercice que vous connaissiez déjà non? 

 Sébastien Lifshitz  : Si bien sûr, j'ai toujours tourné des scènes de la vie quotidienne mais dans tous mes autres films j'utilisais aussi des entretiens face camera.  

Et ce dispositif restait d'ailleurs un contrepoids salutaire, qui vient faire des pauses et expliquer certains éléments  pour impulser le récit. Je pouvais me reposer sur cet élément narratif précieux.

Dans "Adolescentes", je ne voulais pas du tout utiliser ce dispositif d'entretiens face caméra.  J'en ai certes réalisé un petit nombre   pendant ces 5 années avec les deux jeunes filles mais c'était plus dans le but de les aider à exprimer des émotions qu'elles éprouvaient au plus profond d'elle, car j'avais le sentiment que ca les aidait pas mal, de pouvoir mettre des mots sur des émotions un peu à fleur peau, mais il n'était pas question de les utiliser dans le montage final.

Bref le fait de ne me reposer que sur des scènes de la vie quotidienne pendant deux heures de film était vraiment une nouveauté pour moi. 

Et c'est vrai qu'au début du tournage, je n'avais pas trouvé la bonne distance, on avait un peu l'impression que j'étais trop spectateur, comme au théâtre, cela ne sonnait pastoujours juste et cela se ressentait sur Anais et Emma, Mais intuitivement, jai réussi à la trouver cette distance,  à changer la focale.

Très rapidement,  les filles se sont habituées à la caméra et à notre présence et on s'est aperçus que leur intensité, leur présence étaient bien plus fortes que notre dispositif.

La suite de l'interview est à lire ici