paystientPassé de la presse rock au reportage pour la grande presse généraliste comme Libération puis Médiapart, dans les années 1990/2000, David Dufresne s’est fait surtout remarquer ces dernières années  par son activité de lanceur d'alerte, matérialisée par son compte twitter « Allô Place Beauveau », lancée en plein soulèvement des gilets jaunes.

Avec ce compte qui a vite pris son envol, Dufresne recensait les témoignages de manifestants blessés par la police et interpellait ainsi le "Ministère de L'intérieur" à chacun de ses signalements déclarés.

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 David  Dufresne s’est ainsi rapidement  imposé comme l’une des voix médiatiques le plus critiques de la violence policière et étatique.

En 2019, il continuait sur cette voie sous le prisme de la fiction et racontait, sous les traits de son alter ego Étienne Dardel, cette mobilisation sans précédent dans son roman "Dernière sommation".

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Son premier long métrage de cinéma  "Un pays qui se tient sage ", qui arrive dans les salles ce mercredi 30 septembre,  est donc l'aboutissement logique de ce tryptique consacré aux violences policières.

On voit d'ailleurs que le réalisateur maitrise son sujet sur le bout des ongles.

Une maitrise de son sujet qui n'empeche pas pour autant la partialité car  nous savons dès le début de son film qu'il a une vision forcément un peu partiale du sujet, le cinéaste se placant forcément plus du coté des victimes des violences que de ses auteurs  .

 

Un pays qui se tient sage (2020)

Partial ne veut pas dire pour autant manicheen ni ouvert aux dialogues et à l'opposition et c'est tout l'intéret de son film.

En effet,  le dispositif choisi privilégie l'aspect conversation avec des intervenants qui sont loin d'être du même bord et du même avis: gilets jaunes, avocat, historien, professeur mais aussi flics ( nous ne sommes pas chez Michael Moore) échangent et mettent une hauteur de vue indéniable sur ces images qu'on a, pour certaines d'entre elles vu et revues à la TV ou sur les réseaux sociaux.

Il est notamment question de la phrase de Max Weber " L'Etat revendique le monopole de l'usage légitime de la violence", phrase trop souvent dévoyée et sortie de son contexte par les tenanciers de l'ordre républicain.

Les différents interlocuteurs du film de l'écrivain Alain Damasio à l'historienne Ludivine Bantingy s'interrogent notamment sur le fait de savoir qui peut revendiquer la légitimité de cette violence, notamment quand une certaine catégorie sociale ne se reconnait plus dans les tenanciers du pouvoir.

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Vous le voyez , le film évite donc largement l'écueil du dictatisme et du manichéen et apporte à ce débat qui ne vole pas toujours très haut dans certains médias, une perspective et une hauteur de vue qui fait du bien et que seul le cinéma peut apporter.

Refusant par exemple d'identifier les intervenants (seul le générique nous donnera leurs noms et leurs titres), le long métrage de David Dufresne invite le spectateur à revoir ses a priori et le faire constamment réagir et réfléchir.

Ne manquez donc pas ce "pays qui se tient sage" - un titre qui fait référence à une phrase tenue par un policier qui avait mis à genoux une classe de lycéens à Mantes la Jolie- un film indispensable qui pose des questions fondamentales pour notre vivre ensemble et dont les réponses apportées interpellent fortement.