Comme on le fait parfois en ces vendredis de vendredi lecture Nous vous proposons aujourd’hui un focus sur une maison d'édition particulière à travers deux de leurs récentes parutions et aujourd'hui il s'agit des éditions Au Diable Vauvert,

Cette  maison d'édition qui a publié des auteurs aussi variés qu'étonnants que  Nicolas Rey, Régis Sa Moreira, Douglas Copland John King, Pierre Bordage,Vincent Ravalec. et qui développe un univers assez axé contre-culture et  non conformisme, fête ses 20 ans cette année.

Voici une présentation de deux de leurs parutions- une réédition en poche d'un récit qui a défrayé la chronique et un des beaux romans d'amour de cette rentrée littéraire : 

Bal-hypocrites_Banon1 Le Bal des hypocrites de Tristane Banon (24/09/2020)

"Puis il y a eu l'accident, le trois tonnes qui percute mes certitudes, l'homme qui devient méchant. C'est celle d'après ça qu'ils appellent catin, celle qui apprendra à dissocier le corps de l'esprit, car c'est le seul moyen de s'en remettre, peut-être, de supporter en tout cas."

Tristane Banon s'est fait connaître comme romancière et aussi et surtout comme la première personnalité publique  qui avait dès 2007 osé dénoncer le politicien et ex futur candidat à la présidentielle de 2012 Dominique Strauss Kahn de violences sexuelles.

En 2007, Tristane Banon racontait  en effet  à Thierry Ardisson dans l'émission "93 Faubourg Saint-Honoré", comment DSK a tenté de la violer cinq ans auparavant lors d'une interview.

   Le livre de Tristane Banon, Le bal des hypocrites, avait été publié en 2011  au Au diable vauvert  quelques mois après la fameuse affaire DSK, est réédité en 2020 dans la collection poche du Diable Vauvert avec une préface de l'auteure qui revient sur la génèse de ce livre et qui surtout semble satisfaite de la libération des femmes victimes de violences sexuelles dans le prolongement de me too ( voir notre récente chronique sur le livre she said) 

Ce livre est  aussi et surtout le témoignage d'une jeune femme qui souffre terriblement de ne pas avoir été crue, d'avoir été considérée comme une affabulatrice, et qui, au moment où elle écrit, décide de prendre la plume, car faute d'être entendue écrire est quelque chose de vital pour elle.

Relatant les faits avec une vraie distance et un certain détachement- et ne citant jamais expressement DSK, Tristane Banon y dénonce  également une justice à deux vitesse et montre que  plongée dans une tourmente médiatique qu'elle devra affronter seule contre tous, Tristane Banon a bénéficé d'un courage que nul ne pourra lui enlever. 

 2/La fille du chasse neige de Fabrice Capizzano (20/08/2020) 

fille chasse neige

 " Quand on a  eu fini on s'est pétris dans les bras à la manière de deux vieilles  âmes connues dans une autre vie et  qu'on se retrouvait enfin."

 Tom, musicien talentueux qui accède peu à peu à la célébrité  et à la sensibilité exarcerbée rencontre dans sa  montagne natale où il est revenu vivre quelques temps,  une jeune apicultrice, Marie,  amoureuse de la nature. 

Tom va alors tomber raide dingue de cette fille  irrésistible qui conduit un chasse-neige. Il découvrira peu  à peu qui est cette Marie apicultrice indépendante et travailleuse.

 Tom et Marie,  ce couple torturé et pourtant si attachant;  forment les personnages principaux d'un histoire d'amour atypique qui allie réalisme et beauté stylistique

D'autres personnages secondaires, Franck  manager , flambeur et gouailleur  ou tous les membres de cette famille  à la fois agacante et attachante forment le choeur de cette histoire d'amour pleine d'energie rock. 

La fille du chasse neige de Fabrice Capizzano fait partie de ces bijoux littéraires qui enchante et bouscule en même temps le lecteur ravi de ce genre de sensations .  Même si parfois, sans doute  on aimerait un peu plus de retenue et de nuances, on trouve énormément de charme à ce roman tour à tour vivant, virevoltant, , solaire et  également profondément mélancolique .

Et cerise sur le gâteau (au miel),  le romancier qui a pratiqué pendant  dix ans l’apiculture, connait fort bien le sujet tant les descriptions du milieu sont criantes de vérité

"Bleu tristesse, bleu chagrin, rose agacement, jaune joie, vert confiance, absinthe acceptation, violet répugnance, aubergine vigilance. Quelle serait pour vous la couleur du lâcher-prise ? Blanc ? Transparent ? Doré ? »