ON va  un peu donner l'impression qu'on développe des thématiques spéciale "fille prétendument de mauvaises vie" dans nos chroniques littéraires en ce moment.

Après les "vilaines" transexuelles argentines d'hier soir, on vous parle ce matin des "Vilaines filles "de Pauline Verduzier, avec comme dans le roman , un adverbe de "vilain" qui est utilisé plus pour stigmatiser les représentations négatives de ces personnes ..

Vilaines-filles

 

"C’est quoi une fille « normale », une fille « bien », « gentille » ?

 

Et qui sont les mauvaises femmes ? Et moi, où est ce que je me situe entre la « maman » et la « putain » ?

 

Je vois dans sa remarque une forme de rappel. Une manière de me dire : Ne nous observe pas avec un regard surplombant si tu veux écrire à notre sujet, car nous ne sommes pas si différentes que cela. Et qui es tu au juste pour t’intéresser à tout ça ?"

Celle à qui on demande qui elle est, c'est Pauline Verduzier,  journaliste trentenaire, spécialiste des questions de genre et de sexualités.

Dans son dernier essai, "Vilaines filles : Les travailleuses du sexe, les clientes et la journaliste" paru fin octobre dernier aux éditions Anne Carrière- dans leur nouvelle collection Sex Appeal- cette membre du collectif de journalistes indépendantes "Les Journalopes" questionne les stéréotypes liées à la prostitution.

En rencontrant une cinquantaine de travailleuses du sexe, mais également des clientes (attention :  pas des clients, renversant la conception hétérnormée de la prostitution) elle dresse un état des lieux assez édifiant  des normes sexuelles du monde d'aujourd'hui .

veruzier

Prostituée de rues, mais aussi escorts girls,  dominatrices,  masseuses érotiques,   qu'elles exercent leurs activités dans une maison close suisse, une rue à Paris ou une maison close  lesbienne d'Amsterdam , toutes ces travailleuses de sexe dans l'ensemble de leur corporation ont droit à la parole  dans ce  livre-enquête très fouillé sur la question.

Ce livre rejoint un peu en quelque sorte, mais dans une veine plus journalistique que romanesque, le travail amorcé par Emma Becker avec La Maison.  

Comme Emma Becker, Pauline Verduzier n'hésite pas à se mettre en scène dans son livre;  non pas comme travailleuse du sexe mais en interrogeant constamment son propre vécu sexuel et ses représentations sur la question.

La journaliste s'empare d'un sujet souvent trop caricaturé par les médias  en donnant en priorité la parole aux premiers concernés et en n'hésitant pas à politiser son sujet 

Voulant à tout prix contourner les stigmatisations trop facile, Pauline Verduzier parvient à combattre  la  représentation sociale dominante, issue de la culture patriarcale capitaliste traditionnelle,  qui aurait tendance à classer les femmes selon leur non respectabilité en fonction de leur comportement et position par rapport au sexe.

Un essai aussi salutaire que donnant un point de vue original sur ce sujet qui reste assez tabou dans la société occidentale traditionnelle. 

  • Éditeur : Editions Anne Carrière 
  • 30 octobre 2020