Le distributeur Tamasa a sorti l'été dernier en salles les films Park et Midnight Runner, deux films très intéressants  provenant de deux de nos pays voisins de l'Europe (Grèce et Suisse allemande)  et sortis dans un contexte peu évident pour les longs métrages singuliers et peu médiatisés.

On les a rattrapé en DVD, toujours distribué par Tamasa et on vous conseille de jeter un oeil sur ces deux vraies et belles curiosités 

Park :  la  jeunesse sombre et solidaire de la grecque Sofia Exarchou,

 Park - 3D ouvert

 Après deux courts-métrages remarqués, la cinéaste grecque Sofia Exarchou  a réalisé un premier film tourné en 2016,  âpre et cruelle une immersion dans la vie d’une jeunesse grecque désœuvrée.

On a aimé ce  portrait d’une jeunesse athénienne désœuvrée pour qui tout est possible, du moment que cela vient la détourner de son ennui.  

 Combat de gosses et de chiens. Des gosses oubliés qui luttent et se battent pour s’aguerrir, pour devenir fort en groupe ou bien seul, pour affronter la vie qui, chaque enfant le sait, ne fera pas de cadeau.

 

Park-Ph

Le village olympique est le théâtre de ce désenchantement et de cette tragédie. Désaffecté depuis quinze ans et complètement délabré, il sert de refuge à une bande de gosse abandonnée, comme un triste constat d’un pays qui ne croit plus à son passé ni à son avenir.

La fête est finie et le pays ne s’en remet pas. 

 Dieu que ce film est triste, filmé très cru, un peu comme Pialat première période, on pense aussi à “passe ton bac d’abord” qui était également  le portrait sans concession d’une jeunesse sans avenir...

Park est un beau film triste, un teen movie âpre et cru, impossible de ne pas penser au désespoir de Bunuel lorsqu’il filme les enfants de Mexico dans “Los Olvidados”.

Athènes est une capitale européenne et sa jeunesse est la nôtre. 

 Evidemment le sous texte politique et social d’un pays qui ne se remet pas de la crise est une évidence, c’est d’ailleurs ce qui fait son intérêt, un peu comme si on nous donnait des nouvelles d’une cousine éloignée qui ne se remet pas du Covid.. 

 

 2/Midnight runner,   Hannes Baumgartner : dans la tête d'un tueur 

Midnight Runner - 3D

Jonas est un champion de courses de fond.
Le Swiss Army Run, un marathon qui se court avec un sac à dos et un fusil sur l’épaule est un très bon entrainement pour les jeux olympique. Jonas est un jeune homme comme il faut, un sportif donc, mais aussi un  cuisinier apprécié dans le restaurant où il travaille.
Il rêve de quitter son studio pour vivre dans un appartement plus vaste  avec Simone sa petite amie douce et aimante. Mais le suicide de son frère ainé quatre ans plus tôt vont rouvrir des blessures d’enfance. Jonas glisse, à son corps défendant, de l’autre côté de la nuit.

 L’histoire d’un athlète devenu serial killer, un fait divers qui a fait grand bruit en Suisse Alémanique au début du XXème siècle.

midnight-runner-photo-exploitation-1
L’histoire réelle de Mischa Ebner et de son frère de deux ans plus âgé. Les deux enfants sont enlevés d’une famille dysfonctionnelle pour être adoptés.
Les dégâts psychiques subits dans leur petite enfance vont laisser des séquelles irréparables.
 Dans les pas et dans la tête d’un tueur, loin de la démonstration souvent clinquante du cinéma de genre.

Nous sommes dans film âpre qui nous entraine  dans la solitude d’un jeune homme qui se bat contre ses démons.

On a un peu l’impression en refant  Midnight Runner de revenir dans les années 70 et les films allemands de Schlöndorff, Von Trotta ou bien encore ceux de Wenders, avec cette.même lourdeur,  cette même manière , étonnante et assez glacante, de filmer près des corps.
Midnight Runner, photo d'exploitation 2
Un film lourd, pesant, peu aimable qui a la grande qualité d’essayer de comprendre la mécanique psychique qui pousse un humain à commettre l’irréparable.
Par  film peu aimable , on veut dire que c’est un film qui prend les risques de dérouter....comment imaginer comprendre un tueur????
Cinéma Luthérien ou Calviniste :une œuvre empathique sur le fil, mais terriblement humaine. Et si on vous dit que Mischa Ebner s’est suicidé dans sa cellule peu de temps après son arrestation?.

Voir les autres sorties sur le site de l'éditeur/distributeur Tamasa  Cinéma