La Fille dans les bois - film 2020 - AlloCiné

  Cette semaine, ce mercredi 3 février, plus exactement, sera diffusé en prime sur France 2, « La fille dans les bois", solide adaptation télévisuelle du roman éponyme de Patricia MacDonald, romancière spécialiste du genre, et publié en 2018 en France aux éditions Albin Michel.

Le téléfilm raconte l’histoire de Jeanne, qui va découvrir sur le lit de mort de sa sœur un secret révélé par cette dernière et va lui promettre de rétablir une vérité dissimulée pendant quinze ans et qui a mis un innocent en prison.

 Par loyauté envers sa sœur, elle va faire tout ce qu’elle peut, tout ce qui est possible pour elle afin de respecter ses dernières volontés.

  Si l'adaptation comporte certes quelques maladresses et n'échappe pas toujours à la caricature, elle réussit largement son but initiale: livrer une histoire prenante avec son lot de rebondissements qui donne envie de la suivre jusqu'au bout .

Et surtout, son atout majeur réside sans aucun doute  dans le rôle principal.

Autour de comédiens solidement ancrés dans le paysage télévisuel et cinématrographique et plus ou moins convaincants (Agnès Soral, Antoine Duléry, Philippe Dusquene) « La fille dans les bois" révèle  en effet une actrice qui imprime dès sa première scène la rétine du téléspecateur, jusqu'à son final  : Carolina Jurczak , particulièrement magnétique pour son premier rôle.

Aperçue dans des films au cinéma comme  "La crème de la crème" de Kim Chapiron," L'école buisionnière "de Nicolas Vanier et Médecin de Campagne de Thomas Lilti* ou bien encore dans la (si décriée) série "Marseille" sur Netflix, avec excusez du peu, Depardieu et Magimel, Carolina, tient  très solidement sur ses épaules le premier rôle de cette série dans laquelle elle mène l'enquête avec pugnacité.

Une performance qui nous a donné d'échanger avec elle quelques jours avant la diffusion de cette fiction en prime time.

Une jeune actrice qui sait ce qu'elle veut et défend ses choix de carrière avec tenacité, comme vous allez pouvoir vous en rendre compte.

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 INTERVIEW DE LA COMÉDIENNE CAROLINA JURCZAK,

HÉROÏNE DE  "LA FILLE DANS LES BOIS" 

 Baz'art :« La fille dans les bois "est diffusé dans deux jours à 20h50 sur France 2 . C'est la première fois, si je ne m'abuse, que vous tenez le rôle principal d'un tel projet en prime time.. Cela ne vous met pas un certaine pression sur les épaules, chère Carolina?

Carolina Jurczak  Si j'ai de la pression? En tout cas, dans l'hypothèse où je n'en aurais pas encore ressenti, je peux compter sur vous et vos sympathiques questions pour m'en mettre un peu, merci beaucoup (rires). 

Plus sérieusement, oui bien sûr, cela fait quelque chose d'avoir le premier rôle dans une fiction qui va passer sur la première chaine du service public , mais je ne me mets pas  non plus une pression exceptionnelle sur les épaules.

J'ai déjà tourné plusieurs téléfilms, dont certains dans lesquels j'avais des rôles importants, je pense à la série Marseille sur Netflix où je jouais un rôle plutôt important- celui de Barbara, l'assistante du personnage joué par Benoit Magimel - donc ce n'est pas la première fois non plus que je me vois sur le petit écran. 

Et puis, sans minimiser le travail, que j'ai pu faire pour ce film, une fiction unitaire, c'est avant tout le travail de toute une équipe.

Avant d'arriver à sa forme finale, il passe entre de nombreuses mains,  celle de la réalisatrice, à celles de l'équipe de production en passant par ceux des techniciens et des autres comédiens qui m'entourent.

Autrement dit, je ne porte pas toute seule la pression liée à ce projet, en tout cas c'est que je me dis pour me rassurer quand vous me rappelez que je devrais logiquement stresser comme une folle (rires)...

Et par ailleurs,  j'ai plutôt confiance au pressentiment que j’ai eu sur le plateau, avec le travail de la réalisatrice Marie-Hélène Copti  ainsi que de toute l’équipe, je sais que l’investissement que tout le monde a mis prévaut sur les craintes que l'on a pu ressentir. 

Je pense pouvoir dire que l’on a bien travaillé et j'aimerais tant que ce travail soit récompensé avec une belle audience mercredi soir .

Mais rassurez vous, je vous dit tout cela, mais il est aussi  fort possible que mercredi soir, je fasse la morte et me fasse toute petite avant d'attendre les message de la production qui me dira " Génial! ou au contraire ' Quel fiasco"! ( rires)!

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Baz'art : Si jamais ce qu'on n'espère évidemment pas, on vous dit  : "Quel fiasco", cela ne pourra pas vous être imputable tant vous rayonnez dans le rôle de Jeanne...D'ailleurs, comment êtes vous arrivée sur ce projet? Vous avez passé des castings pour avoir le droit d'incarner Jeanne?

 Oui oui, je suis passée par un casting pour avoir le rôle... 

C'était plutot quelque chose d'amusant d'ailleurs, car confinement oblige, c'était un casting virtuel  : on devait faire ce qu'on appelle des "self tape" .

C'est quelque chose d'assez particulier car, contrairement aux castings traditionnels, on a personne pour nous guider, on se dirige toute seule, c'est un casting auto confiné avec les moyens de communication modernes qu'on a tant vu fleurir pendant le confinement ..

Je l'ai pris comme une sorte de challenge et j'ai du pas mal m'en sortir  aux yeux de la production, puisque j'ai eu le rôle de Jeanne (sourires).

Cela ne me dérange pas vraiment d'avoir à passer par l'épreuve du casting, au contraire même, je trouve qu' il y a un coté " au mérite" qui fait parfois du bien à l'égo...

Baz'art : En regardant un peu votre CV, on se rend compte que vous avez en background une grosse formation théâtrale... Est-ce cela influe sur votre façon de préparer vos rôles? Par exemple,  pour celui ci, j'ai vu que vous avez décidé de lire le roman de Patricia Mc Donald dont le scénario est tiré afin d'avoir plus de renseignements sur le personnage que vous jouez...Je sais que tous les comédiens ne font pas ainsi, certains préfèrent ne pas lire les romans originaux pour ne pas être noyé sous trop d'indication... 

 A mon sens,  tout le monde a sa façon de préparer un rôle, mais je ne pense pas forcément que ma façon de préparer les miens provient forcément de ma formation théâtrale..

Déja, je ne sais pas si l'on peut dire que j'ai "une grosse formation théâtrale", j'ai fait trois ans au cours Florent, mais quasiment tous les comédiens ont une formation de ce genre...

Pour moi,  cela dépend vraiment de la personnalité de tel ou tel comédien, certains préfèrent en effet arriver le plus " vierge" d'informations possibles en commençant à tourner, pour se fier à son instinct, d'autres et je pense en faire partie ne pense pas que lire le livre avant le tournage  ne pollue trop  l'esprit. 

Cela me semble intéressant d’avoir le plus de détails possibles sur un personnage pour pouvoir ensuite choisir et avoir le moyen de proposer différentes choses au réalisateur. De toute façon on est ici dans une adaptation. La fille dans la forêt, téléfilm, est finalement assez éloignée de la version origine, il va inévitablement y avoir des différences, notamment scénaristiques.

Je sais bien que les scénaristes ont coupé pas mal de choses du roman et que la Blair du roman de Patricia Mc Donald n'est qu'une cousine plus ou moins éloignée de la Jeanne que je joue..

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Baz'art : Et encore, il me semble d'après ce que j'ai pu lire, que les grosses modifications entre le roman et le téléfilm ne sont pas vraiment dans votre personnage qui semble finalement assez fidèle à la Blair du roman de Patricia Mc  Donald, non?   

Oui en effet, les scénaristes ont modifié pas mal de choses sur le roman de départ.

Mais ces différences se sont plus opérées au niveau du personnage joué par Antoine Dulery (qui était le père de Jeanne et non pas l'oncle dans le roman).

Je pense aussi au changement sur le décor, très américain dans le livre de Patricia, qu'on a totalement  "francisé" ici avec ce décor en Ardèche qui fait très français et qui contribue beaucoup, je trouve à l'ambiance du film

Donc oui, ces différences sont plus prégnantes que pour mon propre personnage, finalement assez proche de ce que j'ai pu jouer dans le téléfilm .

Baz'art : On dit souvent que pour un téléfilm la contrainte du temps est bien plus rapide que pour un film ou une pièce de théâtre ..Ce qui veut dire, qu'à part, comme vous l'avez fait, lire le roman en amont, le travail de préparation est forcément réduit.. Vous avez pu quand même échanger beaucoup avec la réalisatrice pour travailler ou votre interprétation  ou tout se fait à l'instinct?

 Vous avez raison, le tournage s'est fait très rapidement.. entre le moment où j'ai eu vent du projet et qu'on a commencé à tourner, il y a eu quelques mois seulement.

C'est un délai très court, c'est vrai qu'il y a une contrainte forte de temps qu'on ressent pendant le tournage, mais qui, pour moi, fait totalement partie du challenge qu'on accepte au départ.

Donc non, pour répondre à votre question, il n'y a pas eu beaucoup d'échange et de préparation du rôle, j'ai du un peu faire le travail moi même pour construire le personnage.

Mais en même temps, c'est assez logique  dans le travail d'un comédien de partir de soi et de retrouver des choses qui nous touchent personnellement dans le personnage.

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Baz'art : Et, précisemment, qu'est qu'il y a particulièrement dans le personnage de Jeanne qui a pu résonner autant en vous ?

 Disons que le fait de claquer la porte d'un lieu que l'on connait bien, de partir sans se soucier des autres, est quelque chose qui m’est déjà arrivée.

Je pense facilement toucher du doigt  l’état dans lequel on doit être pour en arriver là, d’être une sorte d' inconnue à la fois si familier et si loin de celle qu'on est devenu, c’est troublant de redécouvrir les autres et ces endroits  et de se rendre compte qu'on les trouve sous un angle assez inédit finalement. 

Mais il n'y a que ma propre histoire qui a résonné en moi :  j'ai  en effet aussi pas mal pensé à la destinée de ma mère, quand elle est venue vivre en France et quand elle est retournée sur sa terre natale en Pologne . 

Cette redécouverte de quelque chose que l’on connait sans le connaitre vraiment et cette manière d’être chez soi sans être vraiment chez soi, quand on revient au pays, après avoir passé beaucoup de temps ailleurs, est un peu étrange.

On n’appartient plus aux choses et, en même temps, on y a quand même marqué une empreinte de sa vie. 

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Baz'art : Carolina, ce que vous racontez sur ce qui vous a touché dans cette fiction rejoint tout à fait que je pense. "La fille dans les bois" peut particulièrement trouver son public pendant cette période particulière puisqu'elle prone un retour à la valeur refuge du famille et à l'indulgence pour les faiblesses de nos proches qui nous ont fait fuir plus tôt dans notre jeunesse, non? 

Ah je suis totalement d'accord avec vous. Pour moi, "La fille dans les bois", c'est avant tout et, peut etre, avant même le cliffhanger policier, l’histoire d’un retour aux racines, aux origines.

Jeanne a quitté très soudainement sa vie,  et elle revient sur son enfance, sur ses souvenirs qui la hantent. C’est une sorte de redécouverte d’un endroit qu’elle connait déjà.  Jeanne regarde sa vie d’enfant sous prisme d’un adulte grandissant.

Je pense que ca doit parler à 90% des gens cela, , surtout avec les yeux d’adultes que l’on peut avoir, à un moment donné, sur son enfance.

Baz'art : 90%? Je dirais 100% personnellement (rires) ..Outre ce rôle qui vous a touché, il y a aussi j'imagine le plaisir de tourner avec des seconds rôles plus que confirmés...Je pense à Antoine Duléry,  à Agnès Soral, à Philippe Duquesne, mais aussi à un Mathieu Spinosi que je suis content de retrouver quelques années après son rôle formidable dans « Les Souvenirs », de Jean-Paul Rouve....

Avis et audience La fille dans les bois (France 2) le 3 février 2021 avec Mathieu Spinosi et Antoine Duléry | Actualité TV | Nouveautes-Tele.com

Ah oui, j'ai eu comme partenaires de supers acteurs, Mathieu surtout ( rires)..

 En fait, je connais très bien Mathieu, on a fait les mêmes classes au théâtre, on s'était un peu perdus de vue entre temps, et là on s'est retrouvés pour ce téléfilm avec un plaisir énorme..

On était tous les deux un peu comme deux gamins dans une cour de récré, et pour le coup avec lui j'ai pas mal préparé en amont nos scènes en commun, on a retrouvé la même complicité de nos jeux de cours théâtre d'il y a dix ans, c'était franchement jubilatoire, j'adore ce comédien, et il est génial ici..

Baz'art : Oui c'est vrai,  Mathieu Spinosi est excellent. De plus il joue un journaliste tenace et malicieux on ne peut qu'aimer son rôle ( rires)... Dites moi, Carolina, c'est quand même une grosse semaine pour vous, car j'ai vu que vous étiez aussi à l'affiche d'un autre téléfilm: « La petite femelle », adapté du roman de Philippe Jaeneda , on peut dire que c'est votre semaine, non?

 Ah, ça 'est sûr, pour moi ,c'est  une semaine très  excitante. 

Dans "La petite femelle", où j'ai été dirigée par Philippe Faucon, un grand réalisateur de cinéma, cela a été une expérience vraiment enrichissante.

Mon rôle est certes moins important que dans la fille dans les bois- je joue la petite amie de Félix- mais  j'ai voulu y mettre la même implication et la même énergie dans ce projet.

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Baz'art  : Vous mentionnez Philippe Faucon, grand réalisateur de cinéma, césarisé pour Fatima. Justement, avec ces téléfilms que vous commencez à bien enchainer, est- ce que vous vous dites que pouvez être cataloguée à un moment comme une actrice de TV et du coup ne pas vraiment interesser les producteurs de cinéma?

 Evidemment, j’adorerais évidemment tourner plus au cinema.

Cependant, je pense que chaque comédien a sa propre trajectoire, aucune n'est semblable à une autre : des acteurs ont déjà eu plein de rôles à 25 ans et ne font plus grand chose après, alors que d'autres explosent bien plus tard, parfois même après la quarantaine.

Bref, cela ne sert à rien selon moi de tout donner pour avoir des roles au cinéma et se fermer toutes les autres portes. Et cela est d'autant plus vrai, en cette période où les projets cinématographiques ont du mal à voir le jour, tant l'avenir du secteur semble flou , alors que la TV et notamment la série est un média très porteur.

Entre l'explosion du métier de showrunner et tous ces grands comédiens notamment aux USA qui passent sans hésiter d'une série à un long métrage de cinéma, travailler à la télé n'a plus rien de péjoratif, comme cela pouvait encore l'être aux yeux des professionnels, il y a  encore quelques années...

Vous savez, je suis prête à prendre le pari que, d'ici la fin 2021, un certain nombre de grands acteurs français vont accepter de gros projets de fictions TV, vous allez voir, on n'a pas fini d'entendre parler de fictions TV quelqu'elles soient.

Baz'art : Pari tenu, chère Carolina... à très vite pour en parler alors et d'ici là très bonne chance pour votre téléfilm mercredi soir !!

 

*L'ouvrage a été publié en France en 2018 aux éditions Albin Michel, dans une traduction de Nicole Hibert.

 ** un rôle hélas coupé au montage comme l'actrice  nous l'a expliqué dans l'interview.