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On dit de Philippe Delerm, l'inventeur de l'instantané littéraire,  qu'il écrit toujours le même livre , ce qui est un raccourci un peu facile utilisé par des médias fatigués.

Car, si, bien sur,  son style qui le caractérise tant est bien présent d'un livre à l'autre, l'exécution diffère plus ou moins sensiblement à chaque projet littéraire .

L'objectif de son nouveau livre  "La vie en relief " est résumé par l'auteur lui même à la page 72 de son livre : "vivre par les toutes petites choses . des sensations infimes,  des phrases du quotidien,  des gestes, des bruits, des odeurs des atmopshères,  ecrire sur tout cela. car écrire et vivre, c'est la vie en relief, une opération qui s'est imposée lentement. Transformer un sujet en ce qui n'est en est pas un, la perspective est délicieuse. Elle donne le sentiment que  l'existence est inépuisable, qu'il y aura toujours un angle différent à trouver , à chaque fois l'impression  de respirer plus large, en ayant tiré de la vie même ce qu'elle contenait mais demeurait enfoui"

Ainsi le père de Vincent Delerm n’a pas l’impression d’avoir enchaîné comme on pourrait le penserles étapes d'une vie traditionnelle, de l'enfance à l'âge adulte, car tous ces âges ont nourri son être à chaque instant de sa vie.

Et ces différentes strates ne s’additionnent pas les unes aux autres  mais se multiplient. 

La « vie en relief », c’est,  comme il le dit lui meme, un peu ce sentiment qu’on a parfois de vivre un instant qui convoque tous les âges de notre existence – l’enfant, l’adulte et la personne d’âge mûr que nous sommes, tous rassemblés en quelques minutes d’une intensité inégalée. 

Ce livre retrace toutes ces situations ou tous ces gestes où lon voit se déployer qui on a été, qui on est, qui on sera, comme en plusieurs dimensions.

 Il ressuscite les émotions de tous les âges et nourrit le présent comme lorsqu'il revient sur ce  coup de sifflet d’un match de football qui  fait écho à tous les matchs de foot qu'on a pu voir, ou cette projection du film Le Mans 66, qui renvoie à son frère, fan de voiture et présent aux 24 heures du Mans de cette année là.  

Delerm montre qu'il est un  entomologiste du détail le plus furtif, du rouage le moins visible  et montre qu'il sait observer et percevoir les ultra sons d'une vie . 

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"C'est fort, de sentir chez les enfants la force des choses. On ne les éprouve pas comme eux, sûrement pas aussi grand. Mais l'intensité de leurs sensations nous frôle."

Mais ici,  peut être parce qu'il vient d'atteindre une nouvelle décennie, Philippe Delerm se met à nu comme il l'a rarement fait, retrouvant ainsi l'esprit de son  « Journal d'un homme heureux » qu'il avait écrit en 1989 et réussit à trouver le juste équilibre entre l'observation et la mise à distance du monde inhérente, et l'envie d'y participer et de se raconter sous un jour nouveau .

Ainsi, dans La vie en relief, Delerm relate  avec pas mal de sensibilité et d'ironie sur lui-même des souvenirs avec sa femme, sa mère, son père, son fils Vincent et ses petits enfants, notamment avec cette inclinaison pour le cirque qui lui est arrivé très tardivement dans la vie.

En nous révelant dans sa grande simplicité, la vérité et la beauté de ces instants a priori anodins mais qui se revelent au fil de l'existence, essentiels, Philippe Delerm célèbre de très belle manière la  décantation des moments-clefs de nos vies.

Et celui qui affirme " rêver souvent de ce qu'il a déja, luxe le plus ultime, démontre qu'il n'a pas son pareil pour toucher l'âme du lecteur avec ces instants aussi universels qu'intemporels.

  "La Vie en relief » de Philippe Delerm, éd. du Seuil, 240 pages, 17,50 euros. Sortie en librairie le 4 février.