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« Qu'est-ce qui nous fait sentir une chose plutôt qu'une autre ? Qu'est-ce qui fait que parfois nous disons que nous sommes juifs, argentins, polonais, français, anglais, avocats, médecins, professeurs, chanteurs de tango ou joueurs de football ? Qu'est-ce qui fait que parfois nous parlons de nous-mêmes en étant si certains que nous ne sommes qu'une seule chose, une chose simple, figée, immuable, une chose que nous pouvons connaître et définir par un seul mot ? » 

 Vicente a fui la Pologne en 1928 et s'est installé à Buenos Aires. Il a épousé Rosita, a eu avec elle trois enfants et retrouve régulièrement ses amis au café.

Loin de l'ombre dans laquelle plonge l'Europe à la fin des années 30, il en perçoit peu à peu la gravité à travers les lettres qu'il reçoit de sa mère restée à Varsovie. 

Vicente qui ne s'était jamais senti particulièrement juif, s'interroge soudain sur son identité :

"Comme tous les juifs, Vicente avait pensé qu'il était beaucoup de choses jusqu'à ce que les nazis lui démontrent que ce qui le définissait était une seule chose : être juif."

"L'une des choses les plus terribles de l'antisémitisme est de ne pas permettre à certains hommes et à certaines femmes de cesser de se penser comme juifs, c'est de les confiner dans cette identité au delà de leur volonté - c'est de décider, définitivement, qui ils sont." 

Au moment où l'entreprise d'extermination industrielle des juifs se met en place, l'auteur choisit, s'inspirant de l'histoire de son grand père, un point de vue inédit  : celui de Vicente, à des milliers de kilomètres de l'horreur mais emmuré peu à à peu dans son silence, dans sa consternation, dans sa culpabilité, dans son sentiment poisseux d'impuissance.  

 Penser l’impensable » et « comprendre l’incompréhensible », c’est ce à quoi s’attache subtilement ce sobre mais terriblement puissant roman. 

 Le ghetto intérieur, Santiago H Amigorena ; Folio, janvier 2021