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« J’ai appris à quel point les bonnes intentions peuvent meurtrir. Combien une phrase exprimée ou comprise de travers peut faire mal sans qu’on s’en rende compte. Combien les gens disent peu à quel point ils sont blessés. Je marchais sur la pointe des pieds, dans la terreur de faire du mal. Je me demandais pourquoi personne n’allait voir le garçon assis à l’écart à toutes les récrés, qui n’osait jamais regarder les gens dans les yeux. Pourquoi personne ne remarquait le regard embué de cette jeune prof qui n’arrivait pas à faire son cours dans le chahut ambiant. Pourquoi son collègue s’acharnait sur la fille qui posait toujours des questions que les autres élèves et lui jugeaient idiotes, alors qu’elle se mordait la langue en baissant la tête avec l’envie de disparaitre sous terre. Et pourquoi l’humiliation volontaire amusait tant, alors qu’elle est si méprisable. »

 Dans notre monde d’aujourd’hui, le Dieu unique se serait désagrégé en de multiples parcelles devenant autant de dieux. La Multitude, nouvelle religion, est composée d’une trentaine de divinités qui nous observent et jouent parfois  avec nous. Dans ce néo-polythéisme, des humains « désignés » servent de récepteurs et de liens directs avec la Terre à ces dieux taquins.

 Raylee Mirre « désignée » du dieu Dix-Neuf vit sa condition comme une malédiction, surtout que son dieu,  plutôt bienveillant, permet à des hommes et des femmes en disgrâce humaine de disparaitre tranquillement, ce qui a le don d’énerver le lieutenant Hassan Bechry, membre de l’Observatoire des divinités. Mais ces derniers temps, les dieux de la Multitude ne semblent pas vraiment d’accord sur le sort à accorder à l’espèce humaine. Raylee Mirre pourra-t-elle persuader Dix-neuf et les Autres de nous accorder un peu de leur miséricorde ? 

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« Ma mère et ma tante ont été ravies de le rencontrer, mais c’était en grande partie parce qu’elles l’avaient pris pour mon copain. Je les ai détrompées très vite et elles ont eu du mal à cacher leur échange de regards déçus. Je leur avais répété que j’étais gouine au moins six fois et leur avais parlé de chacune de mes copines, décidée à ne pas les laisser refouler l’information, mais le cerveau humain est capable de tant d’aveuglement. J’imagine qu’elles espéraient au fond d’elles qu’un jour le droit chemin me reprendrait d’office et que je leur ramènerai un charmant jeune homme. Hector aurait bien fait leur affaire. Bien sûr, elles ne l’avaient pas vu tirer une balle en plein dans la tête de Kyle. A ce compte-là j’ose espérer qu’elles lui auraient quand même préféré une femme. »

Si ce petit résumé vous effraie et bien vous avez tort. «  Cinquante-trois présages » est un roman  fantastique certes mais aussi pas mal polar et surtout très social, très féministe et, ce qui ne gâche rien,  formidablement philosophique et  humaniste. Ben oui rien que ça.

 Notre romancière locale - de Pierre Bénite exactement Cloé Medhi a un sacré cran, elle ose un genre peu courant en France, la fable fantastique, pour parler du monde d’aujourd’hui. Après « Monstres en cavale » et « Rien ne se perd » la romancière confirme un formidable talent dans la construction et l’écriture de son récit et c’est avec bonheur que le lecteur la voit arriver dans la cour des grands, entre Stephen King et Virginie Despentes…Ben oui rien que ça.