L'art existe évidemment avec mais aussi en dehors des créateurs. Voici trois récentes parutions qui explore les métiers  plus ou moins méconnus qui lui permettent d'exister : producteurs, exploitants et régisseur de salles de spectacles

1/ Le fantôme du cinéma français ;Philippe Durant,la Manufacture de Livres 

9782358877145_1_75

"Toujours avide d'actualités et se souvenant des succès obtenus par Ciné-Gazette, Natan relance Pathé-Journal, le seul journal parlant français qui fournit régulièrement des informations dans les salles. Le nom était déjà mythique, mais les activités étaient en berne depuis plus de deux ans. Bernard Natan va redorer tout cela. Pathé-Journal "contribuera à faire retentir dans le monde entier le chant triomphal du coq français", d'après la publicité."

Producteur et figure du cinéma d'avant-guerre, formidable visionnaire et pilier français du cinéma des années 1920-1930 qui dirigea le groupe Pathé, Bernard Natan fut ce monstre sacré et oublié que nous raconte Philippe Durant dans " Le fantôme du cinéma français, Gloire et chute de Bernard Natan "

Un homme qui contribua à faire du cinéma en France une industrie, prit le parti de la faire résister via une production nationale au puissant cinéma américain, fit construire des studios  à Paris où l'on tourna de grosses productions parmi lesquelles Les Croix de bois, Jeanne d'Arc et Les Misérables, investit dans toutes les innovations comme  dans le cinéma parlant.

Il ressuscita une firme moribonde, révolutionna l'industrie cinématographique française, mais pourquoi dès lors est-il si peu connu voire oublié ? Pourquoi ne parle t-on pas de lui aujourd'hui ? A travers son histoire, c'est tout un portrait de la France qui apparaît, et c'est une France totalement antisémite celle des années 30.  

Le parcours du plus américain des producteurs français, génial visionnaire qui dirigea le groupe Pathé.

Un document formidable sur les évolutions du cinéma de l’entre deux-guerres.

 Philippe Durant, Le Fantôme du cinéma français, gloire et chute de Bernard Natan, janvier 2020, 208 pages, 17,90 eur

 Rytmann L' aventure d' un exploitant de cinémas à Montparnasse( éditions de l'Harmattan)

 

9782343218090r

Il n' y a pas que les films qui ont une histoire, les salles de cinémas aussi ont laissé une empreinte forte dans notre vie de cinéphile.
Qui n'a pas en mémoire la salle de cinéma de sa première grande émotion cinématographique ? Sa lumière, son décor, son odeur. Véritable reflex de Pavlof, pour moi la découverte des "Milles et une nuits" de Pasolini est indissociable du cinéma Le Lux , comme le beau visage d' "Adèle, Adjani H" l' est du cinéma Éden, deux salles de cinéma de mon adolescence à Saint-Étienne.
Les éditions L' Harmattan ont la très bonne idée de publier un beau livre sur les cinémas de Joseph Rytmann, exploitant emblématique du quartier Montparnasse .

https%3A%2F%2Fd3v4jsc54141g1

L' histoire d' un petit juif russe arrivé à Paris à l' âge de trois ans  avec ses parents qui fuient les pogroms d' Europe de l'est. " Rytmann, l' aventure d' un exploitant de cinémas à Montparnasse" est un concentré intime d' émotions universelles.
L' histoire d' une immigration et d' une formidable intégration, mais aussi l' histoire d' une architecture dans l' histoire d' un lieu : le XIV ème arrondissement de Paris, la ville la plus cinéphile du monde.
Mais c' est surtout l' histoire d' une passion qui s' écrit vingt-quatre images par seconde.

RYTMANNL'aventure d'un exploitant de cinémas à Montparnasse

Axel Huyghe, Arnaud Chapuy Préface de Claude Lelouch

3/ « Je les ai tous vus débuter », de Roger Morizot ( L'archipel)

9782809840490ORI


Né en 1930, Roger Morizot, vrai titi parisien, travaille au Cirque d’hiver lorsqu’il est « prêté » par Joseph Bouglione à Bruno Coquatrix pour aider à la réouverture de l’Olympia.

Ensemble, ils remettront à flot cette salle mythique et lui forgeront le destin qu’on lui connaît. « Doudou » Morizot en sera le régisseur jusqu’en 1988.

Roger Morizot, que tout le monde dans le métier appelle Doudou, nous offre ce livre de mémoires que Coquatrix n'aura jamais réalisé et livre ainsi de . nombreuses anecdotes sur un bon panel de  vedettes passées par la scène de l’Olympia,

 Piaf,  Dalida,Brel, Aznavour, Bécaud, Johnny et Sylvie sont des stars appréciées par Doudou Morizot, 

Mais Doudou Morizot a aussi la dent dure avec certains tels que Claude François, Michel Polnareff ou Thierry Le Luron plus brillants sur les planches que derrière les coulisses.

On se plonge avec pas mal de ravissement dans le langage fleuri de   Doudou Moritoz vrai gosse de Paris, un Titi parisien comme on dit, porté sur l’argot et élevé à la dure dans le ventre de la capitale.  et dans ses anecdotes souvent savoureuses !!

« Je les ai tous vus débuter », de Roger Morizot et Emmanuel Bonini, éditions de l'Archipel, 250 pages, 20 euros.