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 Présentation du livre par l'éditeur  : 

 La vérité de cette histoire est morcelée, incomplète, inachevée dans le temps et dans l’espace. Elle passe par les colons implantés en Indochine pour y exploiter les terres et les forêts. Par les hévéas transplantés et incisés afin de produire l’indispensable caoutchouc. Par le sang et les larmes versés par les coolies qui saignaient les troncs. Par la guerre appelée «du Vietnam» par les uns et «américaine» par les autres. Par les enfants métis arrachés à Saigon par un aigle volant avant d’être adoptés sur un autre continent. C’est une histoire d’amour qui débute entre deux êtres que tout sépare et se termine entre deux êtres que tout réunit; une histoire de solidarité aussi, qui voit des enfants abandonnés dormir dans des cartons et des salons de manucure fleurir dans le monde entier, tenus par d’anciens boat people.
Avec ce livre, Kim Thúy nous découvre, au-delà des déchirements, l’inoubliable pays en forme de S qu’elle a quitté en 1975 sur un bateau.

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Les citations : 

 « Le mot « em » existe en premier lieu pour désigner le petit frère ou la petite sœur dans une famille ; ou le plus jeune, ou la plus jeune, de deux ami(e)s ; ou la femme dans un couple.J’aime croire que le mot « em » est l’homonyme du verbe « aimer » en français, à l’impératif : aime. Aime. Aimons. Aimez »

 «  Les paysans ne craignent pas les soldats à cause de leurs grenades et de leurs mitraillettes, ils redoutent plutôt leur imprévisibilité. Mais puisque le village est habitué aux patrouilles surprises, les voisins ont continué à prendre  leur petit-déjeuner, l’amie d’enfance de la nourrice est partie au marché, le sage a récité un poème depuis son hamac et les enfants ont couru vers les soldats qui arrivaient à pied, espérant recevoir chocolats, crayons, bonbons. Personne ne s’attendait à ce qu’ils mettent le feu aux huttes en tirant avec la même allégresse sur les poules et les humains. La veille, Tâm s’est couchée enfant ; le lendemain, elle se réveille sans famille. Elle est passée des rires spontanés au silence des adultes aux langues coupées. En quatre heures, ses longues tresses de gamines se sont défaites devant des crânes scalpés. »

VIDEO. "Mes vêtements avaient brûlé sur moi" : on a rencontré la petite fille et l'auteur de la photo qui a fait basculer la guerre du Vietnam

Notre avis : 

Em ou la guerre à hauteur d’innocence, fragments d’enfances détruites.

Poésie brutale, frontale mais nécessaire sur la guerre qui secoua le Vietnam dans la deuxième moitié du XXème siècle.

Tachées de sang et de larme, chaque page porte en elle la gangrène physique et psychique des plaies ouvertes qui mutilent les victimes innocentes de la folie des hommes.

 Collages de malheurs mais aussi  de solidarité, d’amour et de résilience. « em » est un pur concentré poétique, philosophique et réaliste de la géopolitique de cette époque.

Un instantanné simple et cru d’une guerre froide pour l’occident mais qui fut bouillante pour le Vietnam.

 "Em" est un livre très court qui nous emporte très loin, il faut en dire très peu, presque ne rien savoir. C’est une écriture sèche et blanche qui va formidablement bien avec le sujet qu'utilise la romancière Kim Thúy pour son quatrième roman...

En 150 pages on a l’impression de revivre Apocalyspse now, Full metal jacket et Voyage au bout de l’enfer....Une lecture rare qui laisse des traces. Une sacrée expérience littéraire...

Em, par Kim Thúy, éditions Liana Levi, mars 2021